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Napoléon Agbossaga au sujet de l’insertion d’une langue locale dans le système éducatif : « Il faut une décision politique pour trancher définitivement sur une seule langue locale… »

Napoléon Agbossaga au sujet de l’insertion d’une langue locale dans le système éducatif : « Il faut une décision politique pour trancher définitivement sur une seule langue locale… » | Benin Times
Napoléon Agbossaga au sujet de l’insertion d’une langue locale dans le système éducatif : « Il faut une décision politique pour trancher définitivement sur une seule langue locale… »

À l’instar de la communauté internationale, le Bénin a célébré la journée internationale de l’alphabétisation. À cette occasion, Napoléon Agbossaga, maître alphabétiseur attaché à l’Alliance biblique du Bénin parle de l’insertion d’une langue locale dans le système éducatif pour accélérer le développement du Bénin.

Qu’est-ce que l’alphabétisation ?

C’est le fait d’apprendre à lire, à écrire et à parler correctement une langue locale à quelqu’un. C’est la définition formelle du mot. Mais aujourd’hui, cette définition a un peu évolué et à part ces trois domaines qui sont la lecture, l’écriture et le parler, l’alphabétisation prend en compte le développement de l’alphabétisé. On enseigne à cette personne qui a suivi le cours d’alphabétisation, les autres disciplines telles que l’éducation sociale, l’éducation scientifique et technique, la santé et même l’environnement pour que la personne prenne conscience de son milieu de vie, qu’elle sache comment son organisme fonctionne et aussi la comptabilité pour que les alphabétisés puissent mettre sur pieds des activités génératrices de revenus afin de distinguer le chiffre d’affaires, le capital et les bénéfices à travers les classes d’alphabétisation. De la même manière, on parle sur l’environnement de la personne notamment de la source de certaines maladies comme le paludisme. Si je prends la langue locale fon par exemple, le paludisme est associé à une maladie liée au soleil puisque la personne qui souffre de cette maladie chauffe. Le soleil étant la principale source de la chaleur, on attribue cette maladie au soleil ou peut-être que la personne s’est trop exposée au soleil…Non ! On doit enseigner à cette personne qui suit les cours d’alphabétisation que le paludisme n’est transmis uniquement que par le moustique et lui dire comment faire pour éviter cette maladie. On lui explique dans sa langue les termes liés au paludisme et désormais il saura qu’il s’agit d’une maladie transmise par le moustique et non une maladie transmise par le soleil.

Peut-on arriver à insérer l’alphabétisation dans le système éducatif ?

C’est bien possible d’insérer l’alphabétisation dans le système éducatif mais il y a beaucoup de travail à faire pour que cela réussisse. D’abord, il faut une volonté politique pour le faire. Aujourd’hui au Bénin, nous avons plus de cinquante-deux (52) langues. Les études ont montré que nous pouvons prendre trois à six langues pour l’insérer dans le cursus scolaire. Mais avec ma petite réflexion, je crois que introduire trois langues dans le cursus scolaire, ne permettra pas au Béninois de s’identifier au travers d’une langue un peu comme le français de la France, le chinois de la Chine. Si nous voulons faire cela au Bénin, il faudrait qu’on sente une telle volonté politique et qu’on tranche en choisissant une langue sur laquelle nous pouvons accentuer l’alphabétisation. Ce qui va même changer le terme alphabétisation et on peut dire comme la langue française, on dira « le béninois ». Et cette langue ne va plus garder son nom local mais elle va devenir l’identité du Bénin. Tous les béninois peuvent se reconnaître au travers. Pour y arriver, il faudrait que l’Etat s’organise sur comment le faire, ceux qui doivent l’enseigner puisque c’est là que se trouve un autre souci.

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Qui sont ceux qui doivent alors l’enseigner ?

Une petite expérience avait été faite et nous avons confié aux instituteurs, aux enseignants des thématiques données mais cela n’avait pas marché. Ceci parce qu’ils n’avaient pas appris cette langue et ne pouvaient donc pas l’enseigner.

Il faudrait que ce soit les maîtres alphabétiseurs instruits ou non mais qui sont instruits parce qu’ils parlent et écrivent correctement une langue et ils la lisent. A ceux-ci, l’Etat fera un recrutement tout comme il l’a fait à ceux qui ont la vocation et qui désirent enseigner. Il fait donc le recrutement de tous ceux qui veulent enseigner  » le béninois », c’est-à-dire la langue locale qui aurait été retenue. Au moment opportun, si la langue qui aura été choisie est connue, on dira son nom et ceux qui ont le diplôme en alphabétisation bien sûr, vont s’inscrire et même ceux qui l’ont apprise il y a longtemps, vont se recycler eux-mêmes sur leurs propres frais juste parce qu’ils vont à un recrutement. Après le test, l’Etat peut choisir les former dans l’enseignement primaire, secondaire ou supérieur pour rattraper le temps. Il y a plusieurs livres qui ont été écrits qui permettent d’enseigner ceux qui sont déjà instruits ou qui ont été à l’école et d’autres qui permettent aussi d’enseigner ceux qui n’ont pas mis pieds à l’école également. A cette étape, l’Etat peut choisir ceux qui enseigneront au niveau du primaire, du secondaire et du supérieur. Mais il ne faudrait pas que le critère scolaire soit un obstacle pour recruter les maîtres alphabétiseurs pour enseigner une langue dans les classes. C’est donc l’insertion d’une seule langue « le béninois » qui aura d’impact ailleurs et lorsqu’on verra un document dans cette langue facilement on pourra l’identifier à travers le Bénin.

Comment peut-on amener le béninois à s’intéresser davantage à l’alphabétisation ?

Lorsque l’Etat va recruter ceux qui sont déjà alphabétisés, cela va motiver à se faire former. Et dans les maisons, les gens ne vont plus mettre l’accent sur le français comme étant la langue maternelle puisque aujourd’hui, le français tend à s’imposer comme leur langue maternelle. Souvent l’enfant ne comprend et ne parle que la langue française surtout que la maman ne lui parle que cette langue en l’allaitant. Lorsque l’Etat va promouvoir la langue locale sur le plan scolaire, cela va motiver ces parents aussi à aider leurs enfants à parler la langue locale retenue avant de commencer l’école un peu comme dans d’autres pays voisins où la langue locale est enseignée. Ce qui fera que tout le monde va s’intéresser à la langue. Je crois que si l’Etat prend la mesure de la situation et s’y intéresse de près au lieu de le confier aux Ong qui vont former les maîtres, la langue nationale choisie va bien évoluer. Il faudra donc formaliser les documents qui existent pour que cela soit unique. Ceux qui sont instruits peuvent commencer par faire des réflexions en commençant par traduire les livres scientifiques dans la langue choisie d’autant plus qu’ils connaissent déjà la langue et ses rouages. On pourra donc introduire cette langue à côté du français comme une filière à laquelle les gens peuvent s’adonner. Et plus tard, pourquoi ne pas mettre le français au second rang comme les pays comme la Chine, le Japon l’ont fait et ceci pour le développement de toute la Nation béninoise.

Mais je suis souvent mal à l’aise lorsque je vois les journalistes sentent à l’aise en écrivant mal nos langues à l’écran et cela ne leur dit rien. Ils écrivent le fongbé en français. Dans leur débat, en langue, ils choisissent de transcrire en français certains mots en se disant que les gens ne savent pas lire en fon. Selon moi, il faut écrire le mot comme cela se doit. Et si la personne a de difficultés, elle doit savoir qu’elle doit se cultiver. Si on lui permet de comprendre, elle n’aura plus besoin d’aller se cultiver. Avant d’écrire un texte, on doit faire des recherches afin de bien l’écrire. Et ça pose le problème de formation des journalistes, en somme un problème d’alphabétisation. Un journaliste qui veut faire la langue doit avoir un diplôme dans cette langue. Ce qui me tient à cœur est qu’on doit bien écrire nos langues de la manière dont il le faut surtout quand on est à la télévision. Quelqu’un qui n’est pas alphabétisé et qui suit aux Etats-Unis par exemple le journal avec ses camarades, dès qu’on va lui demander de lire une phrase en langue locale et il sera incapable de le faire, au retour au pays, il va chercher à se cultiver afin de pouvoir le faire prochainement. Ainsi, beaucoup d’intellectuels vont commencer à s’intéresser à la chose. Il faut donc que les médias nous aident et surtout l’audio-visuel, à imposer nos langues aux téléspectateurs. Le colon ne nous a pas fait comprendre sa langue mais plutôt nous l’a enseignée. S’il nous l’avait fait comprendre, on ne va pas chercher à bien parler le français au point d’avoir été appelés dans un passé récent ‘’Quartier latin de l’Afrique’’. C’est vrai qu’on est intellectuels, mais il faut se faire former avant de pouvoir lire dans nos langues nationales.

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Votre mot de la fin

Je voudrais exhorter le Chef de l’Etat à trancher comme il a su le faire pour la désignation des préfectures et chefs-lieux de département du Bénin. Il faut donc qu’il choisisse une langue que la plupart des béninois comprennent ou qu’ils peuvent comprendre ou qu’ils peuvent parler même si ce n’est pas couramment du nord au sud et de l’ouest à l’est. Il faut donc une décision politique pour trancher définitivement sur une seule langue qui va perdre son nom local à celui de « le béninois » ou choisir un autre nom et désormais, tout le monde va s’identifier à cette langue.

Propos recueillis par Christian ATCHADE (Coll.)

Source: Fraternité

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