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« Pas d’élections sans l’Opposition »: 3 fois Yayi persiste et signe

« Pas d’élections sans l’Opposition »: 3 fois Yayi persiste et signe | Benin Times
« Pas d’élections sans l’Opposition »: 3 fois Yayi persiste et signe

(Un message fort lancé à Talon)

 Boni Yayi se prononce enfin sur la crise préélectorale au Bénin. Face à la presse nationale et internationale à son domicile de Cadjèhoun à Cotonou, hier jeudi 18 avril 2019, l’ancien Président de la république soutenu par des députés et caciques des forces politiques de l’opposition à travers une déclaration, a été clair dans sa position.  Pour lui, il n’y a pas d’élections législatives qui vaillent le 28 avril prochain, sans les partis politiques d’opposition et appelle toutes les forces vives de la nation à prendre leur responsabilité, en cas d’entêtement  du pouvoir en place.

Intégralité de sa déclaration

Béninoises et Béninois,

Mes chers compatriotes,

Après les événements de 2012 et 2013, j’ai pardonné. J’ai réellement pardonné et mon pardon est définitif et irréversible. Je le jure.

J’ai assumé le pouvoir d’Etat. Je l’ai exécuté et j’en connais les rouages et les difficultés qui y sont liées. On ne peut pas les surmonter en s’éloignant de Dieu le Père Céleste, Créateur du ciel et de la terre.

C’est pour prouver à toutes et à tous que mon pardon est sincère et pour donner une chance au président Patrice TALON de gouverner pour le bien du peuple, qu’au matin du 6 avril 2016, je lui ai offert la Bible, l’un des plus grands livres saints qui organisent la meilleure gouvernance dans la société.

J’espérais sincèrement qu’il en ferait un bon usage tout au long de son mandat.

Le Roi ne saurait s’installer indéfiniment dans les œuvres de la chair,  ni s’offrir indéfiniment des droits et ignorer indéfiniment ses devoirs à  l’endroit de la cité.  La justice divine  est implacable.

Béninoises et Béninois,

Mes chers compatriotes,

Trois années durant, je me suis gardé de me prononcer solennellement sur la gouvernance du pays, espérant que le sursaut patriotique l’emporte sur la gestion clanique du pouvoir qui considère certains citoyens comme des citoyens de seconde zone. Ce silence est l’expression de mon choix de ne point interférer dans la gestion de mon successeur mais d’observer.

Aujourd’hui, au regard de la gouvernance imposée à notre peuple, des nuisances de tout genre qu’elle induit et singulièrement la crise politique que subit actuellement le pays, c’est un devoir patriotique et de salubrité nationale de rompre la réserve dans laquelle j’avais choisi de me murer en dépit des provocations et humiliations dont ma famille biologique, politique et moi-même continuons de faire l’objet.

Cette gouvernance permanente de musellement et de provocation instaurée depuis trois années, est montée crescendo avec le vote de la loi sur la Charte des partis politiques et le Code électoral. Nonobstant la désapprobation par la majorité d’entre vous de ces lois exclusives, et génératrices de conflits, le pouvoir en place n’a eu cure de vos protestations et a poursuivi allègrement l’escalade.

Nous voilà aujourd’hui dans une situation inédite dans notre pays où une bonne frange de la population est privée de son droit de libre choix, étant entendu que les candidats qu’ils soutiennent sont purement et simplement exclus de la compétition électorale par le Chef de l’Etat.  Cette crise que traverse notre commune patrie, est une première depuis la fin de notre historique Conférence des Forces Vives de la Nation de février 1990. Pour la première fois, sous le renouveau démocratique, sont qualifiés à prendre part aux élections législatives, deux listes de la même obédience politique et créées par le Chef de l’Etat.

 Cette situation inédite dans l’histoire politique de notre pays et même en Afrique, a ému la communauté internationale qui a successivement dépêché une délégation de la Commission de la CEDEAO, le Représentant du Secrétaire Général des Nations Unies et une délégation de l’Organisation Internationale de la Francophonie, au chevet de notre démocratie menacée, sans oublier les émissaires spéciaux de son Excellence Muhammadu BUHARI, Président de la République Fédérale du Nigéria et Président en exercice de la Conférence des Chefs d’Etats et de Gouvernements de la CEDEAO. J’ai eu l’insigne honneur de rencontrer et d’échanger avec toutes ces délégations. A ces différentes occasions, je leur ai toujours réaffirmé, l’attachement du peuple béninois à l’Etat de droit et à sa démocratie, et leur ai réitéré sa volonté d’aboutir à des élections législatives inclusives, crédibles, équitables et transparentes.

Je renouvelle mes vœux à l’endroit de la Communauté internationale de continuer de s’investir dans la résolution de cette crise. Je resterai reconnaissant des efforts en cours  de son Excellence Muhammad BUHARI Président de la République Fédérale du Nigéria et Président en exercice de la Conférence des Chefs d’Etats et de Gouvernements de la CEDEAO en relation  avec les autres Etats Membres,  pour une issue heureuse de cette crise en vue de la préservation de la stabilité dans la sous région. J’associe à ce  cri de cœur SOS en particulier l’Union Africaine, l’Union Européenne, les Nation Unies et toute la Communauté Internationale.

Mes Chers Compatriotes

Beaucoup d’entre vous se sont prononcés de diverses manières par rapport à cette crise. Je salue au passage mon aîné, le Président Nicéphore Dieudonné SOGLO et la Présidente Fondatrice du Parti de la Renaissance du Benin l’Honorable Rosine VIERA SOGLO qui ne cesse de s’investir en dépit du poids de l’âge. Je n’oublie pas les efforts fournis par les intellectuels, la société civile, le clergé, les têtes couronnées, les personnalités politiques, les sages, les jeunes, les femmes et nos frères et sœurs de la diaspora, dans la  résolution de cette crise politique. Je ne saurais ignorer non plus  le précieux appui de la communauté internationale.

Béninoises et Béninois

Mes chers compatriotes,

J’ai espéré que tous les gémissements et cri de cœur poussés dans le pays feraient entendre raison au Président de la République. J’ai cru que tous les efforts fournis par la communauté internationale allaient convaincre le Chef de l’Etat du risque encouru en optant pour des élections législatives sans la participation de tous les partis politiques qui le désirent et qui au demeurant ont accompli les diligences nécessaires. J’ai espéré enfin que la profession de foi du Président Patrice TALON de vouloir faire participer tous les partis politiques et l’assurance qu’il a donnée aux différentes délégations ayant séjourné dans notre pays dans le cadre de ces élections, étaient sincères.

Hélas ! Il n’en a pas été ainsi.

Contre toute attente et au mépris de ses professions de foi répétées face aux délégations étrangères et aux Béninois, le Président de la République s’est inscrit dans la poursuite de ce processus électoral qui exclut tous les partis politiques de l’opposition et qui n’autorise uniquement que son seul parti Politique divisé en  deux pour la circonstance , à savoir l’Union Progressiste et le Bloc Républicain.

Béninoises et Béninois,

Mes chers compatriotes,

On gouverne pour le peuple. Toutes les difficultés rencontrées tout au long de ce processus devraient pouvoir dissuader le Président de la République de continuer sur sa lancée et sa propre logique préméditée. Tout Parlement qui découlerait de ces élections, ne peut aboutir qu’à une instabilité institutionnelle dans notre pays. Les intimidations, les arrestations, les menaces d’arrestation, les emprisonnements, les interdictions arbitraires de réunions ou de manifestations des opposants, le déploiement dans nos villes et campagnes des chars d’assaut, les mandats d’arrêt non justifiés, la contrainte des opposants à la clandestinité, ou à l’exil, ne sont pas des solutions à la situation qui prévaut dans notre cher pays, le Bénin.

En tant qu’ainé, ancien Président de la République et citoyen de ce pays, il me plait de dire au Président Patrice TALON qu’il n’est pas dans la bonne direction. J’en suis profondément convaincu. S’entêter, c’est tourner dos aux idéaux de la Conférence des Forces Vives de la Nations. C’est détruire notre héritage démocratique, c’est décrédibiliser et isoler notre pays au plan international, c’est remettre en cause la légitimité, la paix et la stabilité dans notre pays. C’est inaugurer un cycle de violences inutiles, c’est enfin, mettre en péril la sécurité et la stabilité dans la sous-région. Plaise à Dieu, Le Père Céleste, de nous préserver du pire.

En conséquence, j’en appelle au sens élevé de l’Etat et de responsabilité du Président de la République, Monsieur Patrice TALON. Je l’invite à prendre toute la mesure de la gravité de la présente situation qui ne nous honore guère, et à arrêter le processus électoral en cours. Qu’il puise la bonne formule dans le riche arsenal juridique à sa disposition, pour juguler la crise. Ce faisant, il aura contribué au renforcement de la démocratie, à la préservation de la paix et à éviter des lendemains douloureux à notre peuple.

Toutes réformes et ajustements sont nécessaires et j’en conviens pour tenir compte des mutations qui affectent notre pays, la sous-région et le monde. Leurs réussites passent par une gestion participative et leur capacité à  profiter à  tout le monde et non à  un clan. L’autorité de l’état Chargée de la mise en œuvre de ces réformes pour être audible passe par l’exemplarité au sommet de l’Etat.

La Bonne gouvernance participative et permanente ne peut qu’impulser la transformation politique, économique, sociale et structurelle de toute société.

Mes Chers Compatriotes

J’en appelle également au professionnalisme des forces de défense et de sécurité, dans toutes leurs composantes, qui ont fait le serment de défendre à tout prix la démocratie et l’Etat de droit, de mettre fin aux exactions, aux persécutions, aux arrestations arbitraires, intimidations et menaces sur les populations. Ces dernières ne défendent que leur droit constitutionnel. Ne nous trompons donc pas de cible. Je formule les mêmes souhaits à  l’endroit  de notre justice et sollicite son impartialité.

Béninois et Béninoises

Au cas où le Président Patrice TALON s’obstinerait à conduire le pays dans le monolithisme politique, toute chose contraire à notre Constitution du 11 décembre 1990, j’invite tous les Béninois de tous bords, les institutions de la République, les acteurs politiques, les magistrats, les acteurs des médias et de la presse, les syndicalistes, les agents de sécurité et de défense, les femmes de nos villes et campagnes, les jeunes, les confessions religieuses, les enseignants et autres travailleurs de tous les secteurs, les artisans, les commerçants, les ouvriers, les producteurs agricoles, la société civile etc., à user du pouvoir que nous donne notre loi fondamentale, pour faire arrêter le processus électoral périlleux en cours, afin de rechercher et de trouver sans délai les solutions idoines pour organiser des élections législatives inclusives, crédibles, équitables et transparentes. En effet la légitimité excède toujours la légalité. Il ne saurait y avoir d’élections législatives au pays de GBEHANZIN,  KABA, BIO GUERA sans l’opposition. Ensemble  dans la cohésion nationale et dans un  sursaut patriotique,  gagnons le pari d’un parlement inclusif pour garantir la Stabilité,  la Paix et l’avenir radieux de notre Patrie commune, le Benin.

Vive le Bénin !

Vive la démocratie béninoise !

Que Dieu bénisse le Bénin.

Cet article a été relayé par un programme informatique depuis le site « Matin Libre ». Benin Times n’est pas l’auteur de ce dernier.

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