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Opinion de Marc-Laurent Hazoumè : Le Bénin n’est pas sous-tutelle

Opinion de Marc-Laurent Hazoumè : Le Bénin n’est pas sous-tutelle | Benin Times

Opinion de Marc-Laurent Hazoumè : Le Bénin n’est pas sous-tutelle

La crise postélectorale a révélé que le Bénin est un pays suivi sur le plan international. D’aucuns en ont profité pour appeler l’intervention des puissances extérieures dans une crise interne. Dans cette opinion, un citoyen révèle et tire la sornette contre les éventuelles conséquences d’une telle imposture. Lire son analyse.

L’on se demandait depuis quelques jours ce que voulait l’homme d’affaires nigérian Aliko Dangoté lorsqu’il proféra contre l’Etat béninois des menaces à peine voilées. On eut l’impression en l’écoutant qu’il s’agissait du Président Buhari lui-même, ce que ce dernier ne prendrait même pas la liberté de faire. Par respect pour son rang et pour le peuple béninois. Mais voilà que ledit homme, le plus riche d’Afrique, veut mettre fin au commerce illicite entre le Nigéria et notre pays, comme si notre pays fondait son budget sur de la contrebande. Il ne s’agit là, en fait, que d’un euphémisme parce que notre crésus nigérian se lamente du fait que son ciment n’inonde plus notre pays. Il serait plutôt prêt à faire du dumping si on ne l’arrêtait pas. Voilà, nous sommes certains des rai-sons de ses plaintes. On se croirait dans une république bananière : mais le Bénin n’en est pas une.

La cause de tous ces grognements qui ne sont que lamentations de désespoir, est la politique économique volontariste et salutaire de Patrice Ta-lon, dont les résultats positifs étonnent et fascinent tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Bénin. A preuve, les nombreuses reconnaissances, dont la dernière, est la désignation du jeune ministre béninois comme le meilleur ministre des Finances de l’Afrique. Il n’y a donc pas de doute que cela peut gêner et attiser convoitises et jalousie. Chacun doit être, malgré lui, dans l’obligation morale de le reconnaître, que l’on soit pour ou contre Talon.

Mais là n’est pas la raison fondamentale de son attitude agressive envers nous. Car, il ne saurait ainsi bomber le torse et monter sur ses ergots s’il n’avait une bonne raison de le faire. En effet, la France, précisément le Président Macron vient de mettre en place une nouvelle structure dénommée : « Africa 2020 » dont le Comité consultatif est présidé par l’ancien premier ministre du Bénin, Lionel Zinsou, toujours lui. Mais la réalité est que « pour financer le projet, des entreprises françaises et afri-caines, explique-t-on, se sont réunies au sein d’un comité de mécènes. Du côté des entreprises françaises, l’actuel Pdg d’Orange, Stéphane Richard conduira ce comité de mécènes. L’homme le plus riche d’Afrique, le magnat nigérian, Aliko Dangoté le conduira du côté des entreprises africaines ».

Voilà, chers compatriotes, les raisons de tout cet agissement qui veut, à terme, livrer notre cher continent à la domination étrangère et à ces magnats. Et cela passe, comme toujours, par les Africains eux-mêmes. Plus paradoxal, et ironie du sort, c’est un anglophone qui constitue aujourd’hui le facilitateur du passage à cette honteuse machination contre l’Afrique. Bien sûr, monsieur Dangoté y trouvera nécessairement son compte. Et comme on le dit sous d’autres cieux : « qui est fou ? » La politique économique du Président Talon serait donc pour eux une entrave à la réussite de cette nouvelle politique française en Afrique. Au regard de tout cela, l’élection du Président Talon a constitué un frein à la mise en œuvre plus rapide du fameux rapport économique français dont Zinsou a été un des rédacteurs. Mais nous aurions simplement aimé le voir mettre sa science au profit de nos populations et de la jeunesse béniose qui sont ainsi livrées à la finance internationale.

Il n’y a pas de doute, la hargne des anciens Présidents Obasanjo et Kufuor contre le président Patrice Talon participe de cette honte faite à l’Afrique surtout qu’il s’agisse de personnalités anglophones. L’Osagyefo Kwame Nhrumah l’avait déjà prédit dans son discours mémorable du 24 Mai 1963 à Addis-Abeba à l’occasion de la création de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA). Il disait en l’occurrence ceci : « Sur notre continent, il ne nous a pas fallu longtemps pour découvrir que la lutte contre le colo-nialisme ne prend pas fin lorsqu’on a réalisé l’indépendance nationale. Cette indépendance n’est que le prélude d’un combat nouveau et plus complexe pour la con-quête du droit de diriger nous-mêmes nos questions économiques et sociales, en dehors des entraves écrasantes et humiliantes de la domination et de l’intervention néocolonialiste ». Une actualité étonnante, cela va sans dire. Nos anciens Présidents devraient y réfléchir, surtout le Président John Kufuor, et faire leur cette belle et grande leçon de Nkrumah.

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Aujourd’hui, le Ghana se trouve confronté aux agissements déstabilisateurs d’un mouvement dénommé « Togoland occidental », qui appelle à la sécession. Du 5 au 8 mai dernier, la Police et l’Armée ont procédé à l’arrestation de 80 individus. Puisque les élections béninoises sont devenues l’alibi majeur de toutes ces intrusions, rappelons humblement que l’Union Européenne vient de rendre son rapport sur les dernières élections au Nigéria. Selon RFI, « la cheffe des observateurs de l’Union européenne insiste sur l’urgence de réformes électorales au Nigéria». Elle préconise que ces réformes puissent être applicables bien en amont des prochaines élections de 2023 ». Tout cela parce que le rapport de la mission pointe des dysfonctionnements opérationnels graves ». Comme quoi, les grands pays comme le Nigéria, peuvent aussi se tromper et mal faire. Outre ces épisodes, le Président Buhari mène une lutte implacable contre la corruption. Des personnalités de haut rang dont des ministres sont et continuent d’être poursuivis. La grande Bretagne elle-meme a été obligée d’accepter le rapatriement de certains fonds spoliés par des Nigérians.

Faut-il envahir le Ghana et le Nigéria pour ces actions menées par la Police, l’Armée et la Justice, ou brûler le Bureau de l’UE pour avoir mis à nu des dysfonctionnements graves au Nigéria? Le Sénégal aussi vient de connaître les mêmes critiques de la part de l’UE. Au Bénin, le président Talon agit-il autrement en appliquant de nouvelles lois électorales et en menant une politique draconienne contre la corruption ? Des casseurs ont saccagé des biens publics après les dernières élections législatives. Ils ont été appréhendés et seront jugés. Quelle est alors la différence entre l’arrestation des membres du mouvement sécessionniste ghanéen, le jugement et l’emprisonnement des fonctionnaires corrompus au Nigéria et l’arrestation des casseurs arrêtés au Bénin ? Voudrait-on demander à Talon de laisser se poursuivre au Bénin ce qui n’est toléré ni au Ghana ni au Nigéria ? Même le président Macron qui vient de mettre sur pied sa structure n’en demande pas tant. Trêve de zèle donc.

Pour nos deux éminents justiciers, ce qui est démocratique au Ghana et au Nigéria ne doit pas l’être au Bénin. Il constitue un crime contre l’humanité et le président Talon doit impérativement être traduit devant la Cpi. Pauvre démocratie, que ne dit-on pas en ton nom ? Cessez, chers Présidents, de faire du Bénin un jouet à votre disposition en oubliant tous les grands problèmes qui sont ceux de toute l’Afrique en ce moment. Nos jeunes se tuent en Méditerranée, cherchant un sens à leur vie. Et que rencontrent–ils ? La souffrance, la haine et la mort. L’eldorado rêvé se transforme en enfer parce qu’un nationalisme sauvage a pris corps chez ceux dont vous voulez introduire l’idéologie chez nous. Vous n’avez pas le droit, messieurs les présidents d’oublier tout cela. Quoiqu’il en soit, que l’on ne nous trompe pas. Les vraies raisons de tout cet agissement, contre un homme pragmatique qui veut développer son pays, sont ailleurs. Et pour cela, le Bénin ne sera pas un hub pour une nouvelle forme d’une quelconque domination vers les autres pays du continent. Il serait plus sage pour tout ce beau monde de s’abstenir de participer à cet organe dont l’Afrique ne tirera rien y compris sa jeunesse qui demande à être aidée, mais pas de cette manière.

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Les anglophones qui deviennent aujourd’hui les têtes de pont de ce fameux regroupement, comble de tout, devraient penser à ces générations futures africaines et surtout francophones qui, en matière de formation pratique, sont bien endeça de leurs frères et sœurs anglophones. Alors, que messieurs Obasanjo et Kufuor y pensent et organisent plutôt la coopération interafricaine et interuniversitaire, la meilleure qui soit entre les deux groupes linguistiques africains. Que cela soit aujourd’hui leur préoccupation majeure, pour que demain nos jeunes puissent rivaliser avec les start-ups françaises dont le seul désir aujourd’hui, en pénétrant sur le continent, est de dominer et faire des profits. Loin de nous l’idée de pousser vers une certaine autarcie. Ce monde doit être un monde d’échanges et de partage, bien entendu, mais pas de domination et d’arriération de l’autre. Voilà ce à quoi devraient penser notre sage du Nigéria et monsieur kufuor du Ghana. Il ne nous appartient pas de leur rappeler cette vérité.

De façon sibylline mais persistante, ces donneurs de leçons voudraient se lancer dans des actions dont ils évaluent très mal les conséquences. Chaque pays africain a ses propres problèmes. Le Nigéria et le Ghana ont les leurs aussi. Nous en avons cité quelques-uns. Ils sont trop graves pour ne pas permettre à certains de nous distraire. Talon continuera son travail avec le sérieux et l’abnégation qui le caractérisent dans la justice et la droiture. De cela, il en est conscient, nous en sommes convaincus. Si ce n’était le cas, nous croyons que les Béninois sont assez intelligents et matures pour s’en occuper eux-mêmes. L’histoire politique de notre pays l’a toujours montré. La seule chose que nous pouvons dire à nos amis sauveurs est un merci, un grand merci pour l’aide proposée.

Mais au-delà, les Béninois ainsi que tous les partis politiques et notamment ceux de gauche, s’il en existe encore, et ceux pour qui la lutte contre la Françafrique est devenue vitale, doivent réagir à ces incursions venant de toutes parts. Interdit d’accès à la tête de l’Etat béninois en 2016, notre ancien Premier ministre tient à faire son retour sur la scène politique béninoise par une autre issue, et rendre effective la politique surannée de ses amis. Qu’une certaine partie de notre intelligentsia cautionne la dangerosité d’une telle entreprise, c’est le déclin Alors, évoquer la bravoure et la résistance de nos rois à tout moment et à contretemps quelquefois, sans répondre à ces gens qui se font passer pour les meilleurs démocrates africains, ne serait alors que tromperie et snobisme. Nous espérons alors que la conscience politique renaîtra à nouveau pour le plus grand bien de nos populations en grande partie analphabètes.

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Cet article a été relayé par un programme informatique depuis le site « Le matinal ». Benin Times n’est pas l’auteur de ce dernier.

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