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Marcelin Ahonoukoun de l’Union Progressiste revient sur la question de la révision de la constitution : « C’est impérieux qu’on révise la Constitution »

Marcelin Ahonoukoun de l'Union Progressiste revient sur la question de la révision de la constitution : « C’est impérieux qu’on révise  la Constitution » | Benin Times
Le président du groupe parlementaire « Union progressiste », He Marcellin AHONOUKOUN « SOUS L’ARBRE À PALABRES » à L’EVENEMENT PRECIS: « C’est impérieux qu’on révise la Constitution »

Le député Marcellin Tossou AHONOUKOUN, président du groupe parlementaire « Union progressiste » est l’invité N°131 de la rubrique « sous l’arbre à palabres » du journal l’Evénement Précis. Pendant environ une heure et demie, l’élu de la cinquième circonscription électorale s’est prononcé sans langue de bois sur la 8ème législature, la gouvernance du Président Patrice Talon et l’épineuse question de la révision de la constitution. Le Président du plus grand groupe parlementaire à l’assemblée nationale n’est pas non plus allé du dos de la cuillère pour présenter la vraie raison de la fermeture des frontières bénino-nigérianes. « Sous l’arbre à palabres », l’invité a passé au peigne fin la plupart des sujets touchant à l’actualité politique nationale.

Et si on en parlait

Quel résultat peut-on mettre aujourd’hui à l’actif de la 8ème législature ?
A notre arrivée, il y avait juste une session qui finissait. C’est-à-dire qu’au moment où on nous installait, c’était la fin d’une session et actuellement, nous sommes en congé. Donc, la session qui finissait a eu le privilège d’accueillir les députés de la 8ème législature qui se sont installés, donc, ce que nous avons fait pratiquement, c’est la mise en place du bureau, les commissions la désignation des représentants des parlements régionaux…En matière de loi, nous n’en avons pas réellement encore voté. Cela, parce que les textes, il faut les étudier, les travailler et les commissions sont à l’œuvre et c’est après ça qu’on les amène à la plénière pour que vous soyez au courant. C’est ce qui se passe réellement et les textes sont en train d’être travaillés, d’être toilettés. Les commissions travaillent sérieusement avec l’administration parlementaire avant que cela ne puisse être porté sur la place publique. C’est à ce niveau que les députés vont valider par leur approbation. On peut rejeter, on peut valider. Donc, ce qui s’est réellement passé dans les cent jours, c’est tout ce qu’on a fait dernièrement. C’est-à-dire la prise de trois lois de ratification d’accord de prêts pour le bitumage d’un grand tronçon de 209 km dans la Donga et l’Atacora. C’est la route Djougou, Wassa Péhunco, Kérou, Banikoara. C’est un grand projet et si on arrive à la réaliser, ce serait une prouesse du gouvernement.
Cela étant, il y a quelque chose que moi je veux noter à l’actif de ce nouveau parlement. Il s’agit de l’arrivée dans ce parlement du président indien. Vous n’êtes pas sans savoir que c’est un grand événement. Avant lui, il y a eu l’ambassadeur de Russie qui était arrivé. Donc, c’est un symbole fort. Ça veut dire que c’est la deuxième institution de l’Etat qui n’est pas laissée du reste et qui a eu le privilège d’accueillir le chef d’Etat indien. Vous n’êtes pas sans savoir aujourd’hui que l’Inde fait partie du G20. C’est l’un des pays émergents. C’est des pays qui font peur parce qu’ils sont en train de bousculer la hiérarchie dans le monde. Donc, si un pays arrive comme ça, la coopération avec l’Inde n’est pas une mince affaire. Pour vous dire que le parlement travaille. Je le dis pour que les Béninois aient une image de ce qu’a été le parlement jusque-là.

Quelles sont les grandes réformes au sein de ce parlement ?
Une question que je nous pose : est-ce que le parlement est décrié comme il l’était il y a un an, deux ans ? La réponse est non. Il n’y en a pas. Achat de conscience, etc… nous on le sent quand on entre dans le peuple.

Donc, vous ne sentez pas qu’il y a un problème de légitimité comme l’a soulevé le député Arifari Bako ?
Je ne parle pas de légitimité. Je demande si le parlement est décrié aujourd’hui comme il y a quatre ans en matière d’achat de conscience, de transhumance, changement de veste comme vous le dites, des gens qui abandonnent leur parti, vous voyez encore tout ça ? Non. Aujourd’hui, je crois que le parlement est géré avec des députés qui sont épris de paix, de justice et de respect pour l’institution.

Donc, pour voter les lois, vous ne percevez pas quelque chose ?
Je n’ai jamais parlé de percevoir quelque chose, j’ai parlé d’achat de conscience. Quand je parle, il faut bien m’écouter. N’interprétez pas mal ce qu’on dit, c’est toi qui penses comme cela, c’est des vues d’esprit. Si non, nous sommes une institution responsable. Pourquoi voter des lois et prendre de l’argent ? On ne va pas en politique pour avoir de l’argent. Venez nous observer. Ce n’est pas l’argent. C’est pourquoi quand les demandes arrivent disant : « député, j’ai mon enfant malade, député, mon enfant doit aller à l’école », je dis : « mais avec quel argent ? Pour me retrouver demain en prison ? Je vais prendre quel argent ? Mais c’est grave. » Dieu fera, ça ne se passera plus. L’argent du pays doit servir tout le monde. Nous ne sommes pas allés à l’Assemblée pour nous enrichir. Nous sommes partis à l’Assemblée pour aider au développement de ce pays, pour voter des lois bien. C’est pourquoi par rapport aux lois, je me suis évertué à expliquer des lois qui sont contestées au niveau de la 5ème circonscription électorale à laquelle j’appartiens. On a parlé de la loi du travail, je dis oui, vous pouvez quereller, j’accepte. Mais on a besoin d’améliorer les textes pour attirer les investisseurs. Si non, celui qui amène son argent et voit notre code du travail, il se dit « mais, quand c’est comme ça, je ne peux pas investir. C’est trop rigide, vous faites trop la part belle aux travailleurs. » Assouplissons les choses pour permettre aux investisseurs de s’installer. C’est de ça qu’il s’agit. Mais ce qui se passait dans ce pays, qui n’a pas déploré le fait que nous avons trop de partis ? Dans ce pays de 10 millions d’habitants, on a de partis à tous les coins de carrefour. Là on est en train de corriger cela, mais on dit non, vous ne pouvez pas corriger, pourquoi on a fait ci…Comme si ceux qui sont là ne sont pas des Béninois.
On va y revenir certainement au cours de l’entretien !
Moi, tout ce que j’ai fait au parlement, j’ai le cœur libre, la main sur le cœur et je sais que j’ai fait du bon travail que j’explique à tous mes enfants, à tous ceux qui veulent m’écouter. J’ai fait du beau travail, je n’ai pas besoin d’avoir de l’argent avant de voter. Quand nous lisons le texte et que c’est bon pour le pays, nous votons. Et, ça, un parlement digne doit le faire. Avec la nouvelle charte, ce que nous avons amorcé au parlement, vous allez prendre le temps de comprendre. Aujourd’hui, nous avons des députés de type nouveau. Il faut qu’ils sachent qu’il faut corriger les tares.

Quelles sont ces tares que l’Assemblée doit corriger, selon vous ?
C’est d’abord la transhumance. Qui n’a pas déploré cette pratique dans ce pays ? C’est corrigé non ? Aujourd’hui, en notre sein, il y a la discipline. Avant, vous allez voir on forme des groupes, demain ça change et les gens basculent selon leurs intérêts. Aujourd’hui, il n’y a plus ça. Il faut bien observer, c’est la discipline du parti. Ainsi, tous les textes qui arriveront, seront analysés de fond en comble. Les gens pensent que le parlement est à la solde d’un régime. Pourquoi ? Ce que vous oubliez souvent au Bénin, c’est la manière dont on a conduit la démocratie jusque-là. Quel péché l’exécutif a-t-il commis en aidant à la bonne gouvernance ? En disant, je suis de la mouvance, quel péché les députés ont-ils commis ? Supposons que tous les députés changent de camp et deviennent des opposants contre le régime, dites-mois, vous allez accepter ? Vous serez d’accord que ça s’agite, que le gouvernement tombe ? Il y a des gens, quand vous lisez leur position, le gouvernement ne peut même pas empêcher le parlement d’exister. Le gouvernement ne peut pas révoquer ou ne peut pas dissoudre le parlement. De même, le député ne peut pas empêcher le gouvernement d’exercer ses prérogatives. Si vous refusez de voter, le gouvernement peut aller par ordonnance. Donc, si on vous dit que c’est conçu comme cela, dans ces conditions, quand les deux institutions s’entendent, ça gêne qui ? Moi je me le demande. Regardez l’Afrique du Sud, c’est l’ANC qui gère l’Etat. Ou bien vous ne voyez pas ? C’est le parti qui dirige. Quand le président fait mal on lui dit : « dépose nous ta démission. On exige de toi ta démission. » Quand est-ce qu’on va en arriver là. Si non, le président se présente comme un épouvantail, il gère tout ou il donne des directives aux députés. C’est ce qu’on pense. Alors que si vous êtes de la mouvance, vous devez aider à la bonne gouvernance. Vous devez aider à ce que ça gicle tout en contrôlant. Je vais vous demander une chose : La législature écoulée, c’est une législature qui a péché par le contrôle de l’action gouvernementale. Nous sommes d’accord ? On n’a pas pu contrôler le volet action gouvernementale. On n’a pas fait beaucoup de contrôle et le peuple l’a déploré.

Vous assumez tout ce que vous dites là, honorable ?
J’assume et je vais vous le dire. Pendant la gestion de Talon, c’est-à-dire, les trois premières années, nous on était là à l’Assemblée. Dites-moi, est-ce qu’il y a eu des affaires ? Est-ce qu’il y a eu des scandales ? Non, dites-moi ! Comparez les trois premières années de Boni Yayi aux trois premières années de Talon et dites-moi. Sous Boni Yayi, il y a eu beaucoup d’affaires. L’affaire Cen-Sad, l’affaire ci- l’affaire-ça. Dites-moi aujourd’hui, quelle affaire il y a eu et le parlement a été obligé de dépêcher une enquête ? Ça veut dire que ce n’est même pas le contrôle de l’action gouvernementale par les députés qui freine la gabegie au sommet de l’Etat. Le contrôle de l’action gouvernementale ne l’empêche pas. Moi j’ai remarqué que ça ne l’empêche pas. Parce que au moment où on contrôlait bien et le peuple applaudissait, il y a eu des scandales financiers. Maria-Gléta, pourquoi ils n’ont pas empêché cela ? Pourtant, ils contrôlaient bien en ce moment. Il y avait l’Union fait la Nation qui faisait tout ce qu’il pouvait mais ça n’a pas empêché les scandales. Mais avec le président Talon, il n’y a rien de tout ça. La gouvernance est meilleure. Donc nous devons chercher encore dans le contrôle de l’action gouvernementale, les moyens, la faisabilité de la chose. Je suis revenu à un résumé qui est que, tout est affaire de conscience. Si non, les contrôles répressifs n’empêchent pas le gouvernement. Il y a eu contrôle, il y a eu des déballages à l’Assemblée sur le gouvernement et pourtant, on a connu les affaires ICC, Cen-Sad, Maria Gléta. Pour vous dire que c’est des vues d’esprit de penser que le parlement est à la solde d’un régime et que lorsque le président de la république et les députés s’entendent, c’est un complot etc. Mais parce qu’on est en démocratie, on commence par crier, s’égosiller, non. Pour une bonne gestion, une bonne gouvernance, c’est la veille citoyenne. Le vrai contrôle c’est quoi ? Si on dit qu’on veut faire un puits dans un village, l’argent est là. Si le puits n’a pas été bien fait et que vous ne l’avez pas dénoncé, c’est la faute à qui ? Regardez la voie Cotonou Pahou, c’est fini comme ça ? Pas de trottoirs, les bas-côtés, il n’y en a pas. Dites-moi, qui parmi la société civilea levé le petit doigt pour dénoncer ça ? Personne. Ce qui veut dire que chacun de nous est coupable. C’est nous-mêmes. Si non, tous ceux qui viennent demander de l’argent aux députés, contribuent à ça.
Je vous donne un exemple simple. J’étais avec quelqu’un qui se plaignait de la voie Akassato-Bohicon. Je lui ai dit que c’est de sa faute. Il dit, c’est moi ? Comment ? Je lui ai dit mais « quand Boni Yayi était sur le terrain, tu n’as pas mangé sandwich ? » Il a dit oui qu’il a mangé. Je lui ai demandé mais quel argent a servi à faire le sandwich. Ce n’est pas l’argent de Boni Yayi, c’est l’argent qui devrait servir à construire la route. On envoie sandwich de 1000F à 1000 personnes. Ça fait combien ? C’est comme ça le pays. C’est comme ça que nous nous ruinons nous-mêmes. Demandez de l’argent à un député, il va trouver ça où ? Dites-moi. C’est les deux millions qu’on nous donne là que nous allons distribuer ? Mais si vous devez en avoir plus, vous êtes en conflit avec votre conscience. Si vous devez puiser dans les caisses de l’Etat pour vos propres plaisirs, ça ne va pas. C’est le moment avec ses textes de loi, de voir les politiciens qui travaillent réellement et qui sont prêts à se sacrifier pour ce pays. C’est de ça qu’il est question pour que le Bénin puisse sortir de la pauvreté. C’est la seule condition. Corriger le désordre et faire avancer le pays.

Vous êtes à la tête du plus grand groupe au parlement, quelles sont les contraintes liées à cette responsabilité ?
Je ne gère pas un groupe pour la première fois. Pour la petite histoire, j’ai été inspecteur des douanes. J’ai été pendant trois ans, le secrétaire général du syndicat des travailleurs de l’administration des douanes. En 2008, j’étais secrétaire général et c’est nous qui avions organisé le mouvement contre Boni Yayi quand il a fait nommer un directeur général qui était déjà à la retraite. Il ne s’y attendait pas. Dans le temps, j’avais un ami qui me demandait : « Marcellin, tu n’es plus avec nous ? » Je lui ai dit : « Oui, je suis avec vous. » Et à son tour, il me demande : « mais pourquoi tu fais ça ? » Je lui ai dit : « cher ami, je vais vous demander une chose. Vous vous êtes colonel. Si on nomme demain le général à la retraite, Martin Dohou Azonyiho, chef d’État-major général des armées, dites-moi, vous allez accepter ? » Il dit non. Je dis « voilà. C’est la même chose dans notre cas. Alors, je suis bien avec vous mais je ne vais pas permettre ça. Donc, je gère. » Je sais que gérer un groupe demande à répondre et à satisfaire à des exigences. Il faut essayer de comprendre ses paires. C’est une tâche difficile mais exaltante. Quand vous avez des responsabilités comme ça, c’est que vous êtes un manager et par surcroit, vous devez manager chacun des membres afin que chacun obtienne ce qu’il veut au mérite. Il faut gérer le groupe avec rigueur, la transparence, ça s’impose et si vous ne le faites, pas, tant pis pour vous. Vous serez rejeté, et à mon niveau je sais que j’ai la facilité de le faire. Parce que, s’il y a quelque chose, vous savez, à l’Assemblée, qu’est ce qui peut diviser ? C’est le partage des rôles. Chaque député veut jouer un rôle au parlement pour se faire une place au soleil, pour se faire connaître. Quand vous êtes, par exemple, un parlementaire de la CEDEAO, vous irez représenter le Bénin à la CEDEAO. Vous avez ainsi de l’avance sur celui qui n’a pas été choisi. Vous avez des contacts. Tout le monde veut avoir de petites choses à gérer et dans ces conditions, il y a plus d’appels que d’offres. Nous essayons de jouer notre rôle. C’est difficile mais c’est des hommes, des gens compréhensifs, des gens responsables avec qui on peut travailler.

Vous êtes à la tête d’un groupe de 47 députés
C’est un ensemble de députés unis par une idéologie, conscients du travail à faire au parlement. Ils savent pertinemment qu’ils appartiennent à un groupe politique et de surcroit, géré par un bureau. Avant, pour être député et se positionner, il suffisait d’avoir un peu d’argent et de mobiliser des voix. Mais arrivé à l’hémicycle, on ne reconnait plus le parti. Est-ce que c’est le cas aujourd’hui ? On a mis de l’ordre et la discipline dans la chose au point où le nombre est si important. Mais, tout converge et se transcende dans ce creuset. D’abord, c’est un bureau que je gère. Après le bureau, il y a l’ensemble des 40 composés des députés de 5 membres.

Les deux partis politiques présents au parlement étant des soutiens inconditionnels du Chef de l’Etat, d’aucuns estiment que vous votez sans réfléchir et même que l’actuel Président de l’Assemblée nationale n’aurait pas les coudées franches pour diriger. Qu’en dites-vous ?
Aucune loi n’a été votée. Il n’y a eu que des ratifications. Il n’était même pas au pays quand on faisait les élections législatives. Rassembler le nombre de députés pour diriger un pays est très facile pour un président. On sera en train de détruire jusqu’à ce que les 5 ans passent sans qu’il n’ait rien fait. Que ceux qui disent qu’on nous appelle pour voter les lois sans réfléchir viennent le faire à notre place. Pour moi, la révision peut passer par là.

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Est-ce au programme ?
C’est le gouvernement qui pourrait répondre de ça. Si c’est bien, on le fera. Ne pensez-vous pas qu’il faut réviser le texte fondamental du Bénin ? On a voulu ça mais on n’a pas eu l’adhésion des autres députés. Moi, je serais à la place de mon président que je marquerai l’histoire. Je serais Patrice Talon, je réviserais la constitution. C’est le moment propice pour le faire. Vous décriez tous ou, de quoi avez-vous peur ? Vous ne voulez pas avancer ? L’Afrique pourrait être développée si nous avions pris conscience très tôt. Si vous prenez votre loi fondamentale comme le fétiche, vous n’allez jamais avancer. C’est grave.

Certains disent que la constitution du Bénin est l’une des meilleures d’Afrique et du monde
C’est vrai mais, ce qui est meilleur ne peut pas être amélioré ? Le monde évolue. Pour nous, fondamentalement, c’est qu’il va revenir s’il révise. C’est pour cela qu’on a peur. Mais c’est absurde. Vous allez vouloir que quelqu’un révise votre constitution pour rester ? Avez-vous jamais vu un Béninois s’accrocher au pouvoir ? Le Béninois n’aime pas cela. Quand quelqu’un vient, il fait son temps et s’en va. La vie continue. Les Apithy, Maga et Ahomadégbé ne sont plus ici. Soglo est là mais il a fait son temps. C’est ça un bon pays. Avoir peur jusqu’au point de ne pas réviser la constitution, quand allez-vous le faire ? Il faut être dans la modernité. C’est impérieux qu’on révise la constitution. Je vous le dis sincèrement, personne ne peut réviser notre constitution pour s’accrocher au pouvoir. Il révise, il s’en va.

En quoi se résument vos activités politiques sur le terrain depuis votre élection au sein de la 8ème législature ?
Nous sommes toujours avec la population. Même si nous ne sommes pas en session, nous continuons toujours de travailler. J’ai même une réunion tout à l’heure avec la direction exécutive du parti. Nous préparons déjà les échéances à venir. Nous travaillons beaucoup, au sein du parti. Les prochaines élections communales sont à préparer et nous travaillons avec nos populations. Actuellement, nous sommes en train de procéder aux enregistrements au sein de l’Union Progressiste. Nous rêvons déjà grand au sein de ce parti et nous voulons déjà avoir le poste de maire. Moi, avec l’Union pour le Bénin (UB), nous avions pu conquérir dans la 5ème circonscription la mairie de Toffo et d’Allada. Nous voulons donc rééditer l’exploit au sein de l’Union progressiste. J’ai mes éléments avec moi et nous travaillons ardemment. Le politicien n’a pas de repos. Quand bien même nous ne sommes pas en session, nous travaillons dur sur le terrain

Vous n’allez-pas laisser un peu au Bloc Républicain ?
Je ne peux pas tout prendre. C’est de l’utopie. Ce n’est pas un héritage. C’est peut-être une vue d’esprit qui vous caractérise. Qui vous parle de frère à qui on peut laisser une place en politique ? On négocie. C’est une question de rapport de forces. Moi je n’ai pas de frère en politique, plutôt des rivaux et des adversaires. Je soutiens le président et je ne peux pas t’empêcher de faire pareil.

Quelle lecture faites-vous de la crise qui secoue les Fcbe alors qu’ils ont pu obtenir leur certificat de conformité ?
Tous les grands partis ont toujours traversé ces crises. La RB en a eu, pareil pour le Prd.

Ils ne sont pas contents des conditions dans lesquelles le certificat leur a été délivré.
C’est à eux d’en répondre. J’observe comme tout le monde. Les grands partis ont toujours eu de difficultés.

Il semble que le gouvernement est à la base de cette division
C’est une vue d’esprit. C’est comme ça que vous le voyez. Ceux qui ont obtenu le quitus ne sont-ils pas Fcbe ? J’étais à leur place, je ferais taire les rivalités et nous allons nous armer pour aller à la conquête du pouvoir. Ils peuvent aller au congrès et changer les textes qu’ils veulent. Il faudrait leur conseiller de se discipliner et aller à la conquête des populations. S’ils sont divisés, ils n’auront rien. Il faut leur donner de bons conseils.

Comment ferez-vous pour qu’ils soient de la compétition ?
Etre parti politique, c’est le respect des textes, c’est des conditions à remplir. Ont-ils pu remplir les conditions pour pouvoir obtenir leur accord de création ? Au lendemain du constat fait sur les partis politiques qui n’ont pas rempli les conditions, le chef de l’Etat a eu l’honnêteté de convoquer le président Houngbédji avec pour mission d’essayer que tous les partis participent aux élections. Ils sont partis en conclave et ont pu produire un document signé de tous. Au lendemain de la signature, les Fcbe sont revenus à la charge pour s’opposer à ce qui a été retenu. C’était clair. On prorogeait le délai le temps de leur permettre d’aller chercher les pièces pour être à jour. Pour cette affaire, j’ai mis 48h pour régulariser deux situations à Toffo pour avoir parrainé la liste pour la création de parti à Toffo. Il y avait un certain Ayitondji Modeste qui s’appelle Ayitondji Comlan Modeste. Son certificat de nationalité portait Ayitondji Comlan et sur son acte de naissance, Coomlan. Il a dû refaire le certificat de nationalité parce qu’il manquait un O. Avec l’arrondissement d’Allada, ils ont délivré un certificat d’individualité pour dire que Ayitondji Comlan Modeste et Ayitondji Coomlan Modeste désignent la même et unique personne. Le deuxième problème était Bèlogoun Roland Maximilien Cossi, sur son acte de naissance. Sur son casier judiciaire, il était marqué Bèlogoun Roland Maximilien C. C. qui ne désignait pas Cossi, son casier judiciaire a été rejeté. On a tout fait pour régler ce problème. Nous avons tous été confrontés à des difficultés dans la préparation des documents pour être reconnus comme parti. Ce n’est pas seulement les Fcbe. Ils savaient qu’ils planifiaient quelque chose. Quand on leur donnait un délai supplémentaire, ils pouvaient s’arranger et corriger les choses. Ils ont posé le problème de ceux qui sont en exil. Ils savaient qu’en aucun cas, on n’irait jamais aux élections sans eux et il fallait tout faire pour qu’ils rentrent. Ils l’ont ainsi mis dans la balance sans savoir qu’ils ont à faire aux institutions de la république, à qui on ne peut pas dicter des lois et des conduites à tenir. Si par hasard, on n’arrivait pas à organiser les élections législatives de mai dernier, que serait le pays ? Ingouvernable. Les institutions seraient dans un vide juridique et ces messieurs iraient jusqu’à réclamer le départ du président. Le gouvernement a pu prendre ses responsabilités. Les institutions de la république ont su prendre les leurs. S’ils viennent aujourd’hui, ils pourront aller aux élections demain. Où est le problème ? C’est la fin du monde ? Non, calmons-nous.

Comment le parti Union Progressiste prépare-t-il son congrès qui se tiendra en décembre 2019 ?
Je viens de vous dire que nous avons une réunion tout à l’heure. Hier on a fait une réunion. Pour aller au congrès, il faut se préparer, il faut toiletter les textes. Donc je crois que nous sommes à l’étape du toilettage des textes, du règlement intérieur, du statut du parti même. Toutes ces équipes sont déjà désignées et sont à la tâche pour organiser les élections.

Avez-vous des ambitions personnelles ?
Pour être quoi ? Moi je suis un fonctionnaire à la retraite. J’ai été fonctionnaire à la douane. J’ai gravi tous les échelons. Je suis allé à la retraite A1 12, Colonel des douanes, Inspecteur hors-classe. Le 1er mars prochain, ça fera 10 ans que je suis admis à la retraite. Mais je me suis dit qu’il y a quelque part où on peut faire quelque chose pour être utile et c’est comme ça que je me suis retrouvé ici par la force des choses. Qu’est-ce que je peux demander encore ? Etre président du parti ou quoi ? Non non non. Ça va, je suis bien là où je suis et je vais travailler pour le parti et pour la population. Je suis à l’aise et même au niveau du parlement, je suis à la conférence des présidents. Je crois que j’ai du boulot déjà. Au congrès, s’il y a des gens mieux que moi, on va les porter. On va aider les jeunes à grandir, on n’est pas là pour s’éterniser. On va former les jeunes, parce que c’est eux les leaders de demain.

Le Nigéria a fermé ses frontières avec le Bénin depuis plus d’un mois. Comment appréciez-vous cette mesure ?
Moi, j’ai été douanier. Donc j’en sais quelque chose. C’est vrai qu’ils ont fermé la frontière, mais vous êtes au moins d’accord que c’est récurrent. J’ai commencé la douane en 1980. Je suis allé à la retraite en 2010. Je ne peux pas compter le nombre de fois où les frontières ont été fermées. Je sais qu’à l’ère de la démocratie sous le Président Soglo, les frontières ont été fermées pendant 6 mois. A l’époque c’est le Président Abacha qui était au pouvoir. Ça, on pouvait dire que c’était politique. Mais après ça les fermetures qui se sont succédé, c’était purement et simplement économique. Vous n’êtes pas sans savoir que quand le Président Obasanjo était au pouvoir, il y a eu le Mémorandum de Badagri. Le Président Obasanjo disait en ces termes : « le Nigéria est prêt à accueillir tout ce que le Bénin produit, mais le Nigéria n’acceptera jamais que le Bénin importe pour déverser au Nigéria ». C’est ce que je vois jusqu’aujourd’hui. Notre importation du riz de l’Asie déversé sur le sol nigérian, le Nigéria ne l’accepte pas. Ce que j’ai déploré dans cette affaire, on a fermé la frontière au même moment à nos tomates, à notre gari, à nos ignames, à nos ananas et autres. C’est grave.

Et c’est justement pour ça que beaucoup évoquent plusieurs raisons. Quelle est la vraie raison selon vous ?
C’est une pression que le Nigéria est en train de faire pour que le Bénin puisse empêcher l’importation du riz. Vous vous êtes Béninois, vous êtes opérateur économique, vous importez du riz de la Thaïlande au Bénin. Moi je suis gouvernant, quel pouvoir j’ai pour vous empêcher d’importer du riz au Bénin ? Si l’importateur a son marché, où est mon problème ? Attention ! Qu’on demande de ne plus importer du riz au Bénin, parce que le riz importé est déversé au Nigéria ? Ils oublient quelque chose. Moi j’ai servi dans ces frontières. Quand vous avez ici le Bénin, ici le Nigéria. Celui qui est ici parle la même langue que l’autre qui est au Nigeria. C’est le même peuple de part et d’autre de la frontière. Moi je vais apporter du riz à mon cousin qui est au Nigéria et vice-versa. Vous n’y pouvez rien. C’est un faux problème. On peut canaliser les choses pour dire : « le riz peut aller mais nous allons taxer. » Parce que c’est déjà dédouané au Bénin. Est-ce qu’on aurait besoin de si tant de riz pour importer chez eux ? Les populations ne changent pas d’habitude du jour au lendemain en matière de nourriture. Je ne comprends pas, pourtant nous avons de grands économistes au Nigéria. Je pense que fermer les frontières n’est pas la solution. C’est eux qui en souffrent déjà. Moi je demanderais aux populations de résister et que demain sera meilleur. Ça ne tuera personne, parce que c’est un défi que le Nigéria nous lance. Nous sommes petits mais attention !

Vous êtes ancien douanier et député, mais depuis vous avez croisé les bras sans interpeler le Gouvernement à ce sujet ?
Cette fermeture de frontières ne concerne pas le Bénin seul. Ça concerne aussi avec le Niger, le Cameroun, le Tchad, etc. Donc quand c’est ça, nous devons comprendre que ce n’est pas seulement une affaire du Bénin. Vous savez, le Nigéria et le Bénin se trouvent dans une même zone économique. Nous sommes dans un même espace économique, la CEDEAO. Et dans cet espace, il y a des directives, des protocoles d’accords. Nous avons des parlementaires qui sont à la Cedeao. La semaine dernière au Libéria, nos parlementaires ont rencontré 32 parlementaires nigérians et ils ont évoqué cette question, et les autres ont promis quelque chose. Donc, nous nous rencontrons et entre parlementaires, nous travaillons.

Mais le Président Houngbédji vous accuse de n’avoir pas réagi !
Houngbédji politique a parlé. Il a dit ce qu’un politicien pourrait dire. Il est dans son rôle. Ça suffit pour qu’on commence par jaser pour dire « on a fait ci, on a fait ça » ? Non, calmons-nous. A l’heure où je vous parle, nous sommes en train d’étudier s’il faut interpeler le gouvernement sur ce problème. Mais il faut savoir tous les contours avant de poser le problème. Quand nous aurons posé le problème, le peuple serait à l’écoute. Le Gouvernement est-il différent du peuple ? Les députés sont-ils différents du peuple ? Ne souffrons-nous pas au même titre que le peuple ? Nous sommes un même peuple dans une même zone économique et dans ces conditions, ce n’est pas un sujet sur lequel il faut aller se hasarder, à jeter le discrédit, à dire ce qu’on ne doit pas dire. Il faut un dossier bien étudié, bien conçu, réfléchi, élaboré, travaillé et posé.

Quelle analyse faites-vous du dernier remaniement du gouvernement avec une forte présence des membres des partis Br et Up ?
C’est les partis qui gouvernent le pays. Quand vous créez votre parti, c’est pour prendre le pouvoir d’Etat. C’est justement ce qui se passe et rien que ça. Donc est-ce que le Président Talon peut aller chercher des gens en dehors des partis pour gérer le pays ? Il ne peut pas, puisque c’est eux qui jouent le rôle-là. On crée un parti pour gérer le pouvoir d’Etat. Donc si vous acceptez gouverner le pays avec moi, exercez le pouvoir d’Etat avec moi. Les partis sont dans leur rôle et je ne vois rien de mauvais là. Puisque en dehors de ça, il doit y avoir encore des techniciens. Si un technicien est nommé ministre et s’il voit qu’il peut adhérer à un parti, c’est son affaire.

Honorable, le Président Talon fait une lutte sélective contre la corruption. Qu’en dites-vous ?
C’est faux ! J’ai réagi à ça depuis longtemps. Ça ne date pas d’aujourd’hui. Vous n’avez pas vu des gens qui ont fait campagne avec lui qui sont jetés en prison ? Vous n’avez pas vu Dayori ? Quand Dassigli a été relevé du gouvernement, vous n’avez rien dit. Il était avec le Président Talon et il a fait campagne avec lui. Quand quelqu’un fait quelque chose de bien, il faut le dire.

Mais c’est ce que l’opposition dit !
Si vous voyez un opposant dire ça, dites-lui que c’est faux, parce que Dassigli, pour une affaire de parcelle, il l’a éjecté du gouvernement. Si l’ancien préfet Toboula a été éjecté comme ça et vous ne dites pas qu’il n’aime pas ça, c’est grave. Pourtant ce sont ses partisans proches. Ça veut dire que c’est un signal fort. On va dire pourquoi tel est encore là, alors que le dossier est déjà devant la justice, qu’est-ce qu’il va dire là encore ? Si la justice interpelle aujourd’hui un ministre du gouvernement et que le Président n’a pas lâché, là vous pouvez parler. Mais tel n’est pas le cas.

De plus en plus le taux de croissance économique grimpe, mais sans incidence sur le panier de la ménagère ?
Si le trou était si béant, pour que le bas peuple puisse sentir, il faut beaucoup d’efforts. Les économistes sont mieux placés pour vous le dire. Peut-être que ce mandat serait fini et un autre mandat arrivera. Si on a le même rythme, c’est en ce moment qu’on va commencer par le sentir. Quand le peuple a été trop affamé, c’est normal. Notre souffrance ne date pas d’aujourd’hui. Vous n’êtes pas sans savoir qu’on injecte maintenant de l’argent dans les grandes réalisations, les grands travaux. Puisque quand on commence les grands travaux, c’est des milliards qui seront consommés par les Béninois. Le menuisier va trouver son compte, la vendeuse de haricot va trouver son compte et tout le monde, parce que c’est réparti. Sans ces grands travaux, quel argent pourrait être injecté dans le pays pour que les gens participent au pays pour gagner ?

Et depuis bientôt quatre ans les populations ne font que se plaindre !
La plainte des populations, c’est toute notre vie. Aujourd’hui sera meilleur que demain, demain sera meilleur qu’après demain. C’est comme ça la vie. On se plaint toujours. Même si je vous donne du pain tous les jours, vous allez vous plaindre. Même si on dit tout le monde s’asseye et mange, on va se plaindre toujours. Et cela n’existe nulle part, les grands pays qui ont le pétrole, le Venezuela, la Lybie où on distribuait les camions pour aller donner à manger. Donc ce n’est même pas une bonne chose. Levons-nous et travaillons.

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Qu’est-ce que la 5ème circonscription électorale a gagné en termes de réalisations depuis 2016 ?
Beaucoup de choses. Notre ancien Président Boni Yayi, j’ai demandé à voter pour lui toutes les fois, il nous a promis l’hôpital de zone d’Allada-Zê-Toffo. Il est allé lancer les travaux deux fois, on n’a rien eu. Talon est arrivé en deux ans, ça a été construit. Si les gens sont en bonne santé, ils iront au champ pour produire. Quant à la route Houègbo-Toffo, Yayi Boni avait effectivement amené les camions, une nuit seulement, tout a disparu. Talon est arrivé, il a fait ça. Maintenant la promesse, lors de ma bataille pour aller au parlement, c’était l’ouverture de Toffo sur les deux autres départements à savoir le Zou et le Couffo. Aujourd’hui, c’est une réalité. Toffo va désormais s’ouvrir sur Lalo, Agbangnizoun, et vous allez constater que Toffo, c’est un grand carrefour. Vous allez venir acheter des terres à Toffo. Le trop-plein de Cotonou, ça se déverse à Toffo. Il y aura l’eau et l’électricité. En 45 minutes, vous êtes à l’Université. Allada aura son université. Pour les jeunes, le stade de Toffo est en construction à l’heure où je vous parle. Le marché de Toffo, le dossier est fin prêt et les travaux vont démarrer très prochainement. Quand vous allez dans le marché, vous allez constater que c’est délabré. Maintenant Talon veut reconstruire le marché de Toffo. Dans son programme de construction de 30 marchés modernes, Toffo figure avec la construction du marché de Houègbo.

Mais là, ce n’est pas l’avis de certains de vos anciens collègues qui disent que Talon n’a rien fait
Moi je n’ai plus rien à ajouter, parce que les aveugles voient. Je viens d’énumérer des choses. Regardez, le pont de Womey, Yayi Boni est allé lancer ça trois fois. Talon est resté dans quatre murs, il ne s’est jamais déplacé et c’est fait. Maintenant l’électrification dans les zones, attendez pour voir tout ça là. Sinon regardez Cotonou. En quatre ans, cinq ans vous allez voir.

Nous ne voyons pas
Oh là-là. Vous ne voyez pas l’asphaltage à Cotonou ? Vous passez dans les rues de Cotonou, vous aurez le temps de le constater. Allez à la Haie-Vive voir. Contournez derrière l’aéroport, vous allez voir. Mais c’est splendide, c’est merveilleux. Cotonou présente un caractère de ville moderne grâce aux efforts du gouvernement. Je ne suis pas là pour défendre un gouvernement, mais quand quelqu’un fait bien, il faut le dire.

C’est ça que nous allons manger ?
Si on ne fait pas ça, qu’est-ce que vous allez manger ? Qu’on distribue de l’argent aux gens ? Dans quel argent, il faut distribuer ? Je vais vous rappeler la crise économique de 1928. Qu’est-ce que Roosevelt a fait ? Le Président américain avait lancé les grands travaux duNew deal. Et c’est ça qui a permis aux Américains de surmonter la crise. Vous savez que l’économie a un problème, mais c’est dans les grands travaux qu’on dépense l’argent. Ce qu’on est en train de faire à Cotonou, on injecte de l’argent. Celle qui vend du haricot le matin avec du riz préparé, elle va vendre. Parce que le soudeur qui est venu travailler, le menuisier qui est venu travailler, ils auront de l’argent et ils iront payer des choses au marché. Mais c’est cela les agents économiques. Sans cela, si tout était plat, quel argent on aurait injecté ? Et quand on aura fini ça, il faut l’entretenir. C’est cela du travail. Et on dit qu’est-ce qu’on a fait. Non si quelqu’un dit ça, vous êtes des journalistes, vous êtes des formateurs, vous éduquez la population. Vous jouez de grands rôles. Je ne sais pas si vous-même vous ne le savez pas. Vous êtes là pour former, pour éduquer. Donc, sachez leur servir ce qu’il faut servir pour dire ne cassez pas la nation (Mimangbato ooh), non. Ils peuvent tout dire, mais quand tu as ton ennemi qui s’habille bien, dites-lui :« oui, ton pagne est beau ».

Le Président Talon a commencé le dialogue politique qu’il s’était engagé à faire avec la classe politique. Pensez-vous que ce dialogue parviendra à juguler toute la crise qui a régné depuis les dernières élections législatives ?
Pourquoi pas ? Cela dépend de la volonté des hommes. Talon aura beau faire, il va jeter les bases, il va créer les conditions, si les gens le veulent bien. Regardez, pour les élections législatives, il a demandé aux parlementaires d’aller s’entendre et de remplir les conditions. On a mis de n’importe quoi pour dire que nous voulons ceci, nous voulons cela. C’est des arguments qui ne tiennent pas. Si on rassemble tout le monde, ce qui est sûr, on aura des dirigeants de partis responsables qui vont s’asseoir pour réfléchir sur l’avenir de la politique au Bénin. Cela veut dire quoi ? C’est des textes à corriger. La charte des partis, le code électoral, les textes qui ont été problématiques. Maintenant dans quelle mesure on peut voir comment faire ceci et cela pour ne pas dépouiller tout le texte même de sa substance. Parce que cela a été fait pour cause. Ou bien, nous jetons tout pour reprendre. Là on aura péché.

Quels sont les éléments à revoir ?
Les éléments querellés. Je ne peux rien dire maintenant. Je ne vais pas devancer les choses. Je ne suis pas délégué. Donc vous savez, les choses qui ont été querellés dans le temps. Si on met ça dans un plateau et on réfléchit pour apporter des solutions. C’est sûr que le moment venu, vous aurez peut-être à déplorer ou à accepter certains. Vous aurez vos mots à placer.

Les douaniers se plaignent suffisamment aujourd’hui. Ils n’ont plus les entrées comme avant.
C’est bon non ? Vous avez apprécié non. Au moins, ils seront moins décriés. Mon garçon dit : « je vais à la douane » et j’ai dit : « Non. Tu n’iras pas. Le douanier n’a pas bonne presse. J’ai été douanier pendant trente ans. C’est pour cela que j’ai dit à mon fils « je te préfère homme d’affaires. Tu te mets dans l’entrepreneuriat. » Aujourd’hui, il est au Canada. L’autre a voulu, il a tenté, je dis non. Aujourd’hui, il a fait transport et logistique. Aujourd’hui, je suis encore vivant je suis là. Sinon c’est grave hein ? Vous croyez que le douanier est le plus riche, le plus nanti ? Ils se trompent. C’est qu’ils ne savent pas se comporter et tout le monde croit qu’ils sont heureux. Dans le quartier c’est eux qui se montrent et tout le monde croit que ça va, c’est grave. Il faut vivre caché. Il est vrai, le douanier est à l’abri au moins de ce qu’il faut pour manger et cela s’arrête là. Moi en 2008, j’étais le secrétaire général de la douane et j’ai dit : « Rien ne sera plus comme avant et nul n’a le droit d’être heureux tout seul. » J’ai donné deux phrases. Quand je rentre aujourd’hui à la douane, c’est tout le monde qui m’accepte. J’ai été un bon douanier. Je n’ai jamais travaillé avec de remords dans le cœur. Je vais vous donner un exemple, quand vous dites que les douaniers sont riches. Je donne l’exemple de Djougou. J’ai fait Djougou de 1992 à 1994. Quand je suis arrivé, les six premiers mois, j’ai fait beaucoup de saisies. Quand tu loues chez quelqu’un, il vient taper à ta porte le soir : « Chef, c’est nous qui sommes là, c’est nous qui faisons pour vous, il faut nous connaître. » Demain, il dit : « Je vais encore aller hein, il faut nous comprendre. » Si vous étiez à ma place, qu’est-ce que vous allez faire ? Vous pouvez arrêter la même personne quatre fois ? Mais il va vous tuer. Vous l’avez arrêté une première fois. Il est un trafiquant d’essence kpayo. Il a payé cinq millions. Trois mois plus tard, vous l’arrêtez encore. Voilà que lui ne cesse de faire ses activités. Il vous supplie en disant : « C’est ce que nous faisons ici, il n’y a pas d’autres choses à faire. » Tu le prends encore. Il paie trois millions. Trois mois encore, tu le prends, il perd cinq millions. Mais il va te tuer. Tu es venu à Djougou, tu as loué peut-être la maison du fraudeur. C’est lui qui t’a loué sa maison et tu es là, tu dors là. Ta femme va dans le même marché que la femme du fraudeur. Ton enfant va à la même école que l’enfant du fraudeur. Toi-même, tu vas boire à la même buvette que le fraudeur. Dis-moi qu’est-ce que tu peux ? Qui est fou ? Il dit : « chef, tiens ! C’est ce qu’on a l’habitude de faire. Ah c’est ce qu’on fait. » Il te donne de l’argent. Dis-moi, tu ne vas pas prendre ? Non, c’est une réalité. C’est comme ça que le douanier a de l’argent. Dis-moi si tu ne vas pas prendre. D’accord, reste là comme tu es arrivé et ordonne chaque fois de passer, tout le monde passe et c’est fini. Ou bien tu dis : « personne ne passe » et tu seras tué. C’est comme ça, le douanier. Mais aujourd’hui, on est en train de verrouiller les choses pour que l’Etat seul ait droit à la richesse. Qui peut être riche dans les pays développés ? C’est des gens qui ont des inventions. Un fonctionnaire ne peut pas être riche dans les pays développés. Ce que tu gagnes, on connait. Qui va travailler et dire : « je suis riche » ? Est-ce que le douanier peut être riche ? Moi je l’ai dit, si j’arrive à construire une maison au village, ça veut dire que j’ai volé. C’est l’argent que nous avons volé à l’Etat. Parce qu’on a interdit de prendre et nous avons pris. Moi je les invite à la retenue et à bien travailler pour l’Etat et c’est tout.

Hier ardent défenseur de Yayi, aujourd’hui ardent défenseur de Talon. Si on vous disait que vous avez changé de veste, vous répondez quoi ?
Je n’ai pas changé de veste. J’ai aidé Yayi, aujourd’hui j’aide Talon. Que je supporte Yayi aujourd’hui contre Talon apporterait quoi ? Nous allons faire la comptabilité demain à Talon et non à Yayi. Yayi est fini. J’irai chercher quoi avec lui ?

Que mettez-vous dans « Yayi est fini » ?
Yayi est fini. C’est Yayi qui veut créer de difficulté à celui qui est là. Il est conjugué au passé. Il doit être sage, prêt à être consulté demain pour faire avancer le pays. Quand lui se lève et prend parti dans la gestion des affaires de l’Etat en tant qu’ancien président dans un pays où la sagesse est de mise, ce n’est pas bien. Il doit être à l’écart et attendre qu’on aille le voir. Nous allons nous entretuer pour gérer le pays avec qui demain ? N’est-ce pas des Béninois qui sont en train de gérer le pays ? Yayi veut quoi encore ? Moi je veux voir demain ce que Talon a pu faire. Mais si on l’empêche et qu’il n’arrive pas à faire quelque chose, c’est bon pour le pays ?Toi tu viens tu fais pour toi. L’autre vient et fait pour lui, ainsi de suite. C’est comme ça que le pays va avancer. Est-ce qu’une seule personne peut construire un pays ? Pendant cent ans, il n’y arriverait pas. Donc ne gêner personne. Quand vous respectez celui qui est élu président, vous respectez Dieu. Il va répondre devant Dieu s’il gère mal. C’est écrit. Donc inutile d’empêcher l’autre. Yayi empêche Talon vous ne voyez pas ?Moi j’ai soutenu Yayi. Le pays est tellement pauvre que, quand quelqu’un vient nous n’allons pas faire comme les grandes puissances où ce sont des schémas tactiques où tout est tracé pour être opposant. On n’est pas opposant pour opposant. Tu dois dire ce qu’il faut dire. Ici tout le monde veut être opposant et on s’oppose parce que lui ne doit pas être là.

S’il fallait conclure cet entretien, que diriez-vous ?

Ma conclusion s’adressera à la jeunesse surtout. Notre population est jeune. Si notre jeunesse n’est pas mise au travail, c’est un danger pour le pays. Qu’est-ce qu’il faut faire pour que notre jeunesse soit au travail ? Nous le savons tous. Si l’argent de ce pays doit servir ce pays, la jeunesse sera au travail. Ce qui a caractérisé ce pays pendant longtemps, c’est la gabegie, le détournement, la corruption. Si cela cesse, chacun trouvera son travail. Et on aura une répartition judicieuse des biens de ce pays. Donc les jeunes vont gagner de ce pays au mérite.

Carte d’identité: Un sac au dos

Marcellin Ahonoukoun est un battant. Pour avoir perdu son père très tôt, il a appris à se prendre en charge sans demander de l’aide à quelqu’un. Né en 1955 à Toffo, il commence l’école à l’âge de neuf ans et décide d’aller aussi loin que possible. Seulement, à 15 ans, son père Tossou Ahonounkoun meurt. Riche propriétaire terrien et commerçant, il faisait partie à l’époque de ceux qui avaient pu s’acheter de voitures dans la région de Toffo-Allada : il avait les fameux T45 et T23. Quand il meurt alors qu’il était géniteur de 42 enfants, Marcellin son fils décide pourtant de ne jamais aller au champ. Ecole primaire à Colli Ahito à Toffo, Collège à Houègbo en 1971, dans la même commune de Toffo, BEPC à Abomey, il se retrouve au Lycée Béhanzin à Porto-Novo où il passe son Bac. Problème, il échoue et doit retenter. Entre-temps, en 1979, un concours de recrutement a été lancé à la douane, niveau CEP. Il postule et réussit. Le Bac, il ne l’aura jamais. Mais il passera plutôt sa Capacité en droit en 1985, équivalent du Bac, une fois déjà dans le corps de la douane. « Cela m’a permis d’obtenir un stage de contrôleur en douane. Ce que j’ai fait avec un retard de 8 ans », dit-il. Avec son statut de contrôleur, il pouvait passer des tests. Il obtient alors en 1999 une bourse marocaine qui lui a permis de faire un stage d’inspecteur de douane à l’Université Hassan II. Nommé inspecteur des douanes (rang de colonel), il finit au sommet du tableau de la fonction publique, A1-12, deux ans avant sa retraite, en 2010. Il est donc parti du bas de l’échelle, préposé, pour atteindre le sommet de la hiérarchie. « J’ai été un vrai sac au dos », confirme le douanier. Mais pour y parvenir, il a fallu se soumettre à une certaine discipline, comme quand il a fallu solliciter un professeur de français pour préparer son stage d’inspecteur en 1997. « Donc je demande aux jeunes de savoir qu’il faut commencer petit pour grandir au lieu de chercher à commencer tout grand », dit-il. Syndicaliste à la douane, il était habitué à la gestion des hommes avant de commencer à s’intéresser à la chose politique en bonne et due forme une fois à la retraite. Candidat aux législatives de 2011, il ne passe pas. Il a fallu 2015 pour que, sous la bannière UB (Union pour le Bénin) de l’honorable Lucien Houngnibo, il puisse enlever un siège. Quand on lui demande les raisons de son engagement politique, il affirme sans détour : c’est Toffo. La localité, il est vrai, est bien enclavé, alors que le député estime qu’elle a de réelles potentialités agricoles. « Alors, confesse-t-il, j’ai pensé qu’il faut ouvrir Toffo. Qu’il faut que je sois quelque part où je puisse porter le problème. Et c’est ce que j’ai fait au parlement. Aujourd’hui Toffo est pris en compte par le PAG et sera désenclavé et j’en suis vraiment fier. »

Intimité: Il faut épargner

L’honorable Marcellin Ahonoukoun est marié, père de six enfants. A table, il préfère la pâte de maïs avec la sauce légume. Mais ce n’est pas un fin gourmet. Opéré par deux fois au niveau de la cage thoracique, il préfère rester très sobre. Il en a tiré une leçon de vie : il vaut mieux épargner pour les périodes de coup dur. Pour garder sa forme, il fréquente régulièrement les cours de tennis. Musique ? Alèkpéhanhou, naturellement, et du matin au soir, comme tout bon connaisseur.

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