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Fred Houénou adresse une lettre à Patrice Talon



Impasse politique: Fred Houénou adresse une lettre à Patrice Talon
Impasse politique: Fred Houénou adresse une lettre à Patrice Talon

Dans une lettre adressée au chef de l’Etat, Fred Houénou, président du UJPB, candidat sur la liste FCDB s’est intéressé au débat politique actuel au Bénin. Il souligne l’importance d’avoir des élections législatives apaisées et inclusives. Il n’a pas manqué de rappeler les dangers qui guettent la démocratie béninoise si l’opposition est exclue de cette échéance nationale.

Lettre ouverte au président de la République

Monsieur le président,
Me permettrez- vous , dans ma profonde gratitude en souvenir du bienveillant accueil que vous m’aviez fait un après midi d’été dans la capitale française ; Paris , d’avoir aujourd’hui le juste souci de votre glorieux parcours et de vous dire que votre mandat se trouve à présent menacé de la plus honteuse des taches.

Monsieur le président, le 1er août 2015 , nous avons échangé longuement sur le devenir de notre pays. Vous aviez bien voulu partager avec moi vos nobles ambitions pour notre peuple. Et j’en ai été légitimement très honoré. A cette époque, vous étiez encore en exil et même si déjà en ce moment, beaucoup de tractations étaient menées ça et là pour votre retour sur la terre de vos aïeux, rien, absolument rien ne pouvait indiquer le destin peu commun qui serait le votre quelques mois plus tard. Je dis rien bien sûr, mais exception faite du Grand Maître des temps et des circonstances , lui qui assis dans la majesté céleste , déploie ses ailes pour renverser les superbes et élève les humbles. Lui qui renvoie les riches les mains vides et comble de biens les affamés avait certainement un plan des plus exceptionnels sur vous. Vous voilà donc triomphant de toutes les péripéties endurées et conquérant les cœurs de milliers de vos compatriotes, vous êtes devenu président. Président de la république. Je parie que cinquante années plus tôt, dans vos rêves plus fous , entre être pilote d’avion ou homme d’affaires prospère que vous êtes devenu, mécène de plusieurs acteurs politiques de par le continent , vous n’auriez pas vous même parié sur cela. En témoigne l’homme très effacé que vous fûtes.

Depuis trois ans, vous voici à la tête du Bénin où vous avez opté pour une gouvernance axée sur les réformes, c’est bien courageux de votre part. Même si , l’on pourrait bien être amené à vous reprocher vos méthodes dans la mise en oeuvre de ces réformes ( ce que je vous reproche d’ailleurs ) l’on ne peut ignorer les forces de résistance au changement qui sont nombreuses et déterminées à telle enseigne que d’aucuns pensent qu’il faudrait une révolution pour réussir des réformes. Ce n’est pas mon sentiment. Je crois qu’un pays démocratique est celui où la majorité doit avoir la prépondérance peut réaliser pacifiquement et dans l’ordre ce qui est de l’intérêt du plus grand nombre, dans l’intérêt de la nation. Les béninois sont aptes et prêts à faire du Bénin une nation prospère. Nos compatriotes ne craignent pas l’effort si celui ci est équitablement reparti. Ils ne redoutent pas les sacrifices si tout le monde y consent et s’y soumet. Ceci étant… ce n’est point l’objet de ma lettre . C’est plutôt l’indélébile tache qui guette votre joli costume présidentiel qui me préoccupe. Celle de penser organiser les élections législatives sans les forces vives de l’opposition. Voyez-vous monsieur le président, cette opposition là, je ne l’apprécie beaucoup, je pense qu’elle manque de noblesse et d’élégance dans ses actions. Et c’est bien là toute la vulnérabilité de notre démocratie, toujours incapable d’offrir à nos compatriotes de réelles possibilités de choix. Quoiqu’il en soit, aller aux élections sans un seul de ces partis déclarés d’opposition serait la plus grande et la plus grave trahison que vous auriez commise envers vous même. Ce que vous incarnez aux yeux de certains sur ce continent , qui face à la longue marche qui vous aura conduit de l’exil à la présidence de la république ne peuvent s’empêcher de penser que l’on est en présence d’un personnage messianique. Mais un messie n’a pas vocation à perdre mais plutôt à sauver.
Monsieur le président, jamais en vingt neuf années d’expérience démocratique, nous avions été dans une situation aussi menaçante. Aujourd’hui plus que jamais, nous avons contre la paix des chances terribles. Et dans une heure aussi grave, aussi pleine de périls pour nous tous , la rigueur de la loi doit être substituée à la sagesse de la grâce. Voilà pourquoi je vous écris, quand la nuée de l’orage est déjà sur nous , parce que je veux espérer encore que le crime ne sera pas consommé.

Monsieur le président, j’ai encore en mémoire le souvenir de cet effroyable épisode de la chute de Troie rendue célèbre par un admirable tableau de Virgile. C’est la nuit, la cité surprise est envahie par le fer et le feu, par le meurtre, l’incendie et le désespoir. Le palais de Priam est forcé et les portes abattues laissent apparaître la longue suite des appartements et des galeries. De chambre en chambre, les torches et les glaives poursuivent les vaincus ; enfants, femmes, vieillards se réfugient en vain auprès de l’autel domestique que le laurier sacré ne protège plus contre la mort et contre l’outrage, le sang coule à flot et toutes les bouches crient de terreur, de douleur, d’insulte et de haine. Mais par dessus la demeure bouleversée et hurlante, les cours intérieures, les toits effondrés laissent apercevoir le grand ciel serein et paisible. Comprenons donc qu’aucun ange n’est jamais venu du ciel sauver les hommes. Ils se sauvent eux mêmes. Aujourd’hui, vous et vous seul êtes responsable du bien commun de tous.
Merci monsieur le président.

Fred Adriano Houénou

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