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Enquête : Voici ce que pensent les béninois du dialogue de Talon

Enquête :  Voici ce que pensent les béninois du dialogue de Talon | Benin Times
Enquête : Voici ce que pensent les béninois du dialogue de Talon

Freddy AGNIDOZAN

Les partis politiques dûment constitués au Bénin prendront part les 10, 11 et 12 octobre 2019, au dialogue politique initié pour régler les brouilles nées de l’application de la charte des partis politiques. Mais sur le sentier des échanges annoncés, des forces de l’opposition posent un certain nombre de préalables dont ils souhaitent discuter avec le Chef de l’État.

Si une partie de la population juge opportunes ces assises, une autre partie voit de la poudre jetée aux yeux. Le dialogue politique annoncé par le Président Patrice Talon fait couler beaucoup d’encre et de salive. À moins de 24 heures des échanges, le citoyen lambda s’invite au débat.
« Ce dialogue permettra aux acteurs politiques de converger vers un même point dans leurs divergences. Les sujets qui fâchent doivent être débattus au dialogue et non outre mesure. », a affirmé Kuami FIODENDJI, promoteur d’une ONG. Pour ce dernier, la participation du clergé ne pose aucun problème. « Sauf que je ne vois aucun membre du clergé impartial et crédible pour jouer convenablement ce rôle ». Toutefois, il proposera que le dialogue politique soit conduit par un médiateur.
De son coté, Bertrand GUIDI, juriste de formation, a mis un accent particulier sur la nécessité pour la classe politique de prendre part aux assises. «Actuellement, un dialogue politique s’impose, afin de permettre à la classe politique de s’asseoir et discuter des sujets qui créent de vives tensions. Ce dialogue permettra, surtout à l’opposition d’exprimer ce qu’elle reproche au Gouvernement actuel mais également d’apporter sa contribution à l’apaisement des tensions politiques, en proposant des approches de solution ».
En ce qui concerne les préalables de l’opposition, le juriste estime que les forces cauris ont des dents qui rayent le parquet. « Rien qu’à voir leurs exigences, je dirai que c’est une manière déguisée pour ne pas aller au dialogue. Le retour des “exilés” et la libération des “prisonniers politiques” sont une farce, une échappatoire pour ne pas répondre favorablement à l’invitation du Gouvernement », a-t-il martelé.
« Il faut dire que ce dialogue n’est pas une conférence des forces vives de la Nation, il s’agit sans doute pour la classe politique de se pencher sur des questions liées notamment à l’application de la charte des partis politiques », a souligné Emmanuel SONOU, socio-anthropologue et professeur de philosophie.
Pour cet enseignant des lycées et collèges, demander le retour de ceux que l’opposition appelle “exilés politiques”, ne répond à rien, car au Bénin actuellement, il n’existe aucun exilé politique.
« Si vous avez des contentieux avec le ministère public, sinon avec la justice et que très rapidement vous défiez votre patrie pour se réfugier dans un autre pays, vous êtes simplement celui qui ne respecte pas les institutions de votre pays », a-t-il clarifié.
Cependant, en dépit de l’intérêt qu’accordent certains citoyens au dialogue, des doutes subsistent quant à la bonne foi du Gouvernement. On apprend de certaines lèvres que ces pourparlers s’apparentent à une farce.
« Le dialogue auquel appelle patrice Talon, ce n’est pas quelque chose à laquelle il faut croire », a affirmé William KLIKAN, étudiant en sciences politiques. En effet très sceptique quant à la bonne foi du Gouvernement, le politiste en formation estime que l’histoire est têtue et que les faits risquent de se répéter. « Les propositions issues du séminaire parlementaire organisé dans le cadre de l’élaboration du code électoral avant les législatives n’ont pas été prises en compte dans le document final selon des députés de l’opposition ». Une première expérience qui à en croire M. KLIKAN confirme que le Gouvernement n’est pas disposé à prendre en compte les avis des autres.
À cela, s’ajoute la concertation du président de la République avec l’opposition lors des tensions préélectorales. En réalité, explique-t-il l’opposition avait souhaité que le défaut du certificat de conformité, qui selon eux n’est pas un document légal ne constitue pas une condition limitative aux élections. Malheureusement des partis de l’opposition ont été juste écartés. Toute chose qui fait croire à l’étudiant en sciences politiques que l’invitation de Patrice Talon est de « la pure théâtralisation ». Pour lui, un vrai dialogue, ne devrait pas avoir de conditions. «Tout le monde, librement, viendrait avec ses arguments. Mais lorsqu’on marginalise les partis comme USL, et Restaurer l’Espoir estimant qu’ils n’ont pas d’existence légale, on ne fait pas du dialogue, mais on frustre d’autres et cela crée encore une scission », a conclu M.KLIKAN
Comme son prédécesseur, Mama ISSIFOU, administrateur civil soutient que le dialogue politique annoncé par le président de la République exclut une partie de la classe politique. Ce dernier déclare : « Le dialogue politique annoncé n’est pas encore possible pendant qu’il y a des exilés politiques. Ce dialogue exclut certains partis de l’opposition que le ministère de l’Intérieur a décidé délibérément de ne pas reconnaître. Pour la réussite de ces pourparlers, il faut convoquer un dialogue à l’image de la conférence des forces vives de la nation. Des assises auxquelles prendront part tous les partis politiques sans exception ».
Même son de cloche avec Nestor ASSIGNON, journaliste. À en croire ce professionnel des médias, l’invitation à ce dialogue telle que formulée par le Gouvernement est sélective. À coup sûr ça faussera l’issue des débats. Un véritable dialogue, poursuit-il, doit intégrer toutes les forces politiques en place. Opinant sur les exigences de l’opposition, Nestor ASSIGNON, soutient que l’opposition s’inscrit dans une dynamique qui consiste à bloquer le dialogue. « Ces points ne doivent pas constituer un préalable mais plutôt faire objet de débats lors des assises », a conclu Nestor ASSIGNON.

Source: Pharaons

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