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[Interview] « Le rejet de l’homosexualité est devenu un fait massif au sein des sociétés civiles africaines » – Fasséry Kamissoko

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Affiche du court-métrage « Dix-sept » de Fasséry Kamissoko

(APN) – « Dix-sept » est un court-métrage de Fasséry Kamissoko abordant le sujet de l’homophobie en Afrique francophone. L’auteur a voulu grâce à ce projet, dénoncer la banalisation de l’homophobie (propos homophobes récurrents, impunité des auteurs des actes homophobes, résignation des victimes, etc).

Parfois mal acceptée dans les sociétés africaines du fait des traditions et de la religion, l’homosexualité est à l’origine de nombreuses violences en Afrique. Fasséry appelle donc à travers son film, à la tolérance envers la différence sexuelle et identitaire de chacun.

Africapostnews : Pouvez-vous vous présenter ?

Fasséry Kamissoko : Je suis Fasséry Kamissoko, auteur-réalisateur. J’ai 19 ans et suis un natif du Mali. Depuis plusieurs années, je travaille sur les questions liées aux droits de l’homme, que ce soit à travers mes publications, des programmes radiophoniques que j’ai eu à présenter ou encore mes approches réflexives et prises de positions publiques.

APN : Pourquoi « Dix-sept » ?

F.K : Dix-sept, c’est avant tout l’âge où j’ai écrit le scénario de ce court-drame. Le titrer ainsi m’était important car il marquait une tournure importante dans mon engagement politique et mes activités de défense des droits des communautés LGBT africaines francophones qui s’affaiblissent chaque jour dans le rejet de leur différence.

APN : L’Afrique souffre de nombreuses injustices (celles faites aux femmes, enfants, albinos, etc.) ; pourquoi le choix de la lutte contre l’homophobie ?

F.K : Dix-sept n’est pas ma première réalisation à caractère politique. Ultérieurement, j’ai eu à effectuer d’autres recherches, travaux et écrits, sur ces questions, qui restent inédites au public. Toutefois, l’amer constat est qu’il le fallait ; le besoin irrésistible de briser l’intolérable silence qui colonise la question des sexualités en Afrique. Ce film est donc un appel au secours, un message qui dit non à la haine, à l’introduction de l’arbitraire dans le contrat social, aux peurs qui fabriquent de toutes pièces, des boucs-émissaires, au triomphe de l’imposture sous le couvert de la religion et d’une culture mal-comprise. Un message de paix et de vie qui prend le contrepied du drame humain qui se déroule sous nos yeux complices.

APN : Quel était l’objectif de ce film ?

F.K : L’objectif de ce film est toujours d’actualité. J’ai souhaité par la réalisation de ce film court-métrage, la mise en place de politiques publiques franches pour parler de l’homophobie en Afrique et surtout la combattre. La condition actuelle des minorités homosexuelles africaines plaide en faveur de l’urgence de tels impératifs.

APN : Depuis la sortie de votre court-métrage avez-vous subi des représailles ? Afficher ce genre de convictions ouvertement au Mali représente-t-il un danger ?

F.K : Le film Dix-sept, a été reçu de manière générale avec réticence, incompréhension, déplaisir et trouble dans cette Afrique qui n’assume pas encore ses mutations. Mais je reçois régulièrement d’heureux témoignages de personnes hors d’Afrique.

APN : Plusieurs années après sa sortie pouvez-vous dire que votre court-métrage a eu l’effet escompté ? Constatez-vous une évolution des mentalités en Afrique ?

F.K : C’est triste à dire mais je ne puis répondre « oui ». Car en dépit des conventions et traités internationaux pour le respect des droits de l’homme ratifiés par la plupart des États Africains, le rejet de l’homosexualité est devenu un fait massif au sein des sociétés civiles africaines.

En deuxième approche, je désapprouve fermement le traitement sensationnaliste du sujet par certains médias. Tout est fait pour attiser la curiosité, émouvoir les lecteurs au lieu d’alerter sur l’état actuel des minorités LGBT. J’ai le souvenir d’avoir effectué une interview radio avec un journaliste qui, non seulement a sorti le sujet de son contexte général, retiré la majeure partie de mes propos et recentré le tout autour de ma personne alors qu’il n’en était rien. Ceci prouve encore qu’il reste un important travail à effectuer tant du côté des législations mais aussi au niveau des médias. Enfin, je dirais que le public africain n’a pu profiter à souhait du film à cause de la censure dans la presse généraliste africaine, en particulier malienne. Beaucoup y ont vu une atteinte aux valeurs traditionnelles africaines.

APN : Quels sont vos objectifs futurs pour faire avancer la lutte contre l’homophobie ?

F.K : Ce sera un travail de rééducation de très longue haleine. Pour sortir une idée reçue d’un esprit, il faut se poser la question de comment cette idée s’est retrouvée dans la tête. Une idée qui n’est pas fille de la pensée (comme c’est le cas avec l’homophobie), qui est entrée par habitude, comme un allant de soi, ne peut pas être changée par argumentation. Ceci est un concept à comprendre pour combattre l’homophobie. Car l’habitude est plus forte que la pensée. Et un choc émotionnel, une déception, la souffrance sont plus forts que l’habitude. Ce sont ces phases qui apportent à l’esprit sa réceptivité. D’où que la peur me gagne que ce changement en Afrique ne soit pas possible, sans heurts.

Cet article a été relayé par un programme informatique depuis le site « Afrique Post News ». Benin Times n’es pas l’auteur de ce dernier.

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