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Cameroun : le président Paul Biya retrouve la sagesse (Et tente de rentrer dans l’histoire)

Cameroun : le président Paul Biya retrouve la sagesse (Et tente de rentrer dans l’histoire) | Benin Times
Cameroun : le président Paul Biya retrouve la sagesse (Et tente de rentrer dans l’histoire)

Libération des leaders de l’opposition légale et tenue d’un dialogue national relatif à une sortie de crise au sujet de la crise relative aux régions anglophones. En moins de 10 jours, voilà les grands faits d’armes à mettre à l’actif de Paul Biya, le président camerounais depuis 37 ans.

«J’ai décidé de l’arrêt des poursuites judiciaires contre certains responsables et militants de partis politiques, notamment du MRC, arrêtés et détenus pour des faits commis dans le cadre de la contestation des résultats de la récente élection présidentielle», avait écrit le vendredi dernier, le chef de l’État camerounais, Paul Biya, dans un court communiqué.

Et 24 heures après cette annonce importante du président Biya, la présidente du tribunal militaire de Yaoundé, a prononcé le lendemain, samedi 5 octobre 2019, l’abandon des charges retenues contre le leader du MRC, ses alliés politiques sans oublier ses militants.

Conséquence Maurice Kamto, le ténor du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), a recouvré la liberté. De même 102 autres personnes arrêtées pour avoir contesté les résultats de la présidentielle de 2018, sont aussi concernées. On peut citer Michèle Ndoki, Alain Fogué, Christian Penda Ekoka, Paul Eric Kingue ou encore Albert Dzongang.

Au moment où Paul Biya, a publié ce communiqué stipulant la libération des figures du MRC, le grand dialogue national sur la crise anglophone qu’il a convoqué s’achevait au Cameroun.

En effet, le grand dialogue national sur la crise anglophone s’est achèvé au Cameroun vendredi dernier. Placé sous l’égide du premier ministre, Joseph Dion Ngute, qui a présidé les échanges au Palais des Congrès de Yaoundé durant une semaine, ce dialogue a pris fin avec des recommandations pour tenter de mettre un terme au conflit dans les deux régions anglophones du pays,

Au nombre de ces recommandations, il y a la réaffirmation du principe de la décentralisation avec l’octroi d’un statut spécial aux deux régions en question. Et dans la droite ligne de ce dialogue, Paul Biya, a aussi décidé d’élargir des prisonniers séparatistes et sécessionnistes. Dans ce cas, le compteur affiche 333 détenus.

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De nombreux lapins sortis du chapeau

Fin des poursuites contre les acteurs de l’opposition qui contestent les résultats du processus électoral de 2018 avec de nombreuses interpellations sans oublier la ‘’Guerre de sécession’’ depuis deux ans. Seul, le conflit avec Boko Haram, n’a pas bénéficié de la mansuétude de Paul Biya. Pourquoi le président camerounais, a-t-il mis tant d’œufs dans le même panier depuis 1984 pour régler deux de ses trois équations majeures depuis 35 ans ?

En effet, depuis la tentative de renversement de son jeune pouvoir en 1984, Paul Biya n’a jamais été si clément. En 1984, son pouvoir a échappé à un putsch. Bilan, des centaines de morts, deux ans seulement après la prise des rênes de l’Etat en 1982, suite au départ du père de l’indépendance, Amadou Ahidjo.

Depuis lors, Paul Biya a géré le Cameroun en développant une dictature à la lisière d’une démocratie verrouillée avec un libéralisme débridé. Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), l’ancienne Union nationale camerounaise de (1960-1984), parti au pouvoir rebaptisé RDPC depuis l’échec de la tentative de coup d’Etat est pour Paul Biya, une très bonne rampe de lancement.

C’est avec ce parti présidentiel que le chef de l’Etat camerounais, a su trouver la formule d’ailleurs mieux que son prédécesseur pour impulser et imposer sa doctrine. C’est une idéologie politique plutôt conservatrice, économiquement parfois libérale, manifestant un certain attachement à l’ordre. Ce système à la Biya est considéré comme un moindre mal, car réprouvant les changements brusques sur les questions de société, d’éthiques et politiques.

Dans ce système atypique, il est seul maitre à bord et il gère avec une main de fer en torpillant les partis de l’opposition, C’est à ce prix que Paul Biya, a réussi à avoir une longévité au pouvoir. A son compteur 37 ans d’un long règne qu’il n’est pas prêt de finir puisqu’il vient d’être réélu pour un septième mandat.

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C’est ce système qu’il a longtemps incarné qui est entrain de faire faillite avec cet antagonisme virulent dans les provinces anglophones avec à l’appui l’intervention de l’armée camerounaise avec la manière forte.

On en était là quand vient s’ajouter le contentieux électoral issu de la dernière présidentielle. Maurice Kamto, le dirigeant du MRC au-delà de la contestation de la victoire de Paul Biya, a démontré sa capacité de contestation aussi bien à l’interne qu’à l’extérieur surtout pour la première fois. L’alternative pour Paul Biya pour mettre fin à cette résistance, c’est d’emprisonner son inspirateur. C’est ainsi que Maurice Kamto a été interpellé et vient de passer neuf mois dans les geôles.

Subitement, Paul Biya sur ces deux dossiers majeurs, a préféré la décrispation en attendant de mettre fin à la crise avec Boko Haram. Mais si le dénouement du contentieux électoral par l’élargissement de Maurice Kamto est de nature à le calmer qu’en serait-il des sécessionnistes ?

Au terme du dialogue national, les recommandations stipulent la décentralisation. Vont-ils se contenter de l’article 6-2 scruté dans la Constitution et qui leur permet d’avoir un statut spécial ?

Pour l’heure, beaucoup d’observateurs avertis pensent que toute cette série de bonnes intentions est due à l’usure du pouvoir. Paul Biya à 86 ans, a-t-il compris qu’il n’a plus les moyens de combattre seul sur trois fronts à la fois ? Sans oublier que la guerre de succession peut toujours s’ouvrir à tout moment avec ou sans sa volonté ?

Par Luc GUIDIBI, Correspondant en Afrique du Sud.

Source: Benin 24

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