Entretien avec Luc René Comlan Mensah : «Le Bénin est en retard...

Entretien avec Luc René Comlan Mensah : «Le Bénin est en retard surtout dans l'organisation… »

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Dans un entretien qu’il nous a accordé depuis les îles Maurice, l’ancien sélectionneur de Dadja ou de Mambas Noirs Luc René Mensah est revenu sur son parcours d’entraîneur avant d’établir une comparaison entre le football béninois et celui des pays où il a été entraîneur. Lisez plutôt !

Vous êtes entraîneur de football. Et vous avez parcouru des clubs au Bénin et un peu partout en Afrique. Relatez-nous votre parcours.

Il faut retenir que je suis titulaire du Brevet d'état, d'éducateur sportif 2 option football avec la licence B de la Caf. J'ai fait les centres de Taneka, Dimension Foot au Bénin. J’ai été à la tête des clubs béninois comme Mambas noirs, Dadje Fc, Energie de la Sbee. Sur le continent, j’ai entrainé Elect Sports Ndjaména au Tchad, Junior International de la Guinée-équatoriale, Entente sportive du Bafing (Côte-d'Ivoire), Winners Park de Polokwané (en Afrique du Sud), Chamarel sport club et Curepipe Starlight à l’île Maurice. Mais avant, j’ai connu une brève aventure avec la sélection des U20 de l’île Maurice. Ainsi se résume mon parcours en tant qu’entraîneur.

Qu'est-ce qui vous a amené dans le football et surtout au métier d’entraîneur ?

Je suis né dans une famille de footballeurs. Mon père, mes oncles, mes frères, mes cousins sont footballeurs. Moi-même, j'ai dû écourter ma carrière suite à une blessure. Mais très tôt, j'ai su que j'avais les potentialités et la possibilité de devenir entraîneur. En réalité, toute proportion et modestie gardée, j'ai très tôt saisi ma chance et éclos les germes de ce métier qui dormait en moi. C'est une passion qui est devenue mon métier.

Vous êtes actuellement à l'île Maurice, comment la trouvez-vous?

Le contact se passe très bien en dépit de la différence de culture et des mentalités. De par sa position très excentrée à l'Afrique continentale, le football est en promotion et en expérimentation. En témoigne l’apport du gouvernement qui vient de faire voter au parlement, la poursuite du processus. C'est la deuxième année de la professionnalisation. Le championnat est géré par une structure indépendante, la Mauritius Professional League avec un bras financier, le géant groupe bancaire Barclays.

Qui vous a orienté vers le pays quand on sait qu'il reste une toute petite nation où le football est loin d'être une priorité?

Déjà en Afrique du Sud, je connaissais l'île Maurice pour avoir été avec mon club en stage de pré-saison puis mon agent a travaillé sur le projet avec un club ici pour un projet à long terme. Attention, le football est devenu une priorité en témoigne l'implication des autorités étatiques.

Vous aviez fait le Bénin et actuellement vous êtes hors du territoire. Quelle différence notez-vous?

Une nette différence quant à l'approche et la méthodologie de faire du football. Somme toute, les dirigeants des pays que j'ai connus viennent au football par passion et s'investissent pour son développement et sa promotion.

Donc selon vous, le Bénin est en retard sous tous les plans ?

Oui ! Le Bénin est bien en retard surtout dans l'organisation et la structuration des entités ainsi que dans les composantes des secteurs du football des jeunes et du football de masse. Les clubs ne sont pas de véritables références indemnitaires. Un club de football n'appartient pas à une personne. Elle peut en être actionnaire majoritaire. Tout un organigramme devrait lui permette d'atteindre ses objectifs.

De tous les pays parcourus, lequel vous a le plus marqué?

L'Afrique du Sud et île Maurice de par leur organisation des clubs et des championnats. Les Ligues sont dotées d'une autonomie administrative et financière. L'organisation est la base de toute société. Un club, c'est un bureau directeur, un conseil d'administration, un siège, des infrastructures, des catégories d'âges. Des fans club et des élections régulières et transparentes pour élire ses membres ou ses actionnaires.

De Bénin à l'île Maurice en passant par l'Afrique du Sud. Quel est votre meilleur palmarès ?

C'est au Tchad avec le Tout Puissant Elect-sport de Ndjaména où j'ai gagné la Ligue et la Coupe nationale. J'ai joué une compétition africaine. Mais je garde aussi des souvenirs avec Dadjè Fc où j'avais une belle génération de joueurs. Etant en D2 à l'époque, nous fûmes finalistes de la coupe du Bénin en 2009.

Depuis mars 2016, vous êtes le nouvel entraîneur du Curepipe Starlight. Que retenir de ce club ?

Le CSSC est le club le plus structuré sur île Maurice. Doté d'infrastructures de qualité, le club a été champion à quatre reprises. C'est vrai que depuis trois ans, le club a perdu de son lustre et je me dois de redorer son blason. J'en suis bien conscient. J'aime les défis et les challenges sur un plan directeur élaboré sur trois ans. J'espère être à la hauteur de l'attente des Curepipiens et en cela, il faut de la patience pour reconstruire le club.

Quel bilan peut-on retenir depuis votre arrivée au club Curepipe ?

J'ai rejoint le club à l'inter-saison. En neuf sorties, c'est quatre victoires,deux nuls et trois défaites en championnat. La saison est longue ici avec 36 journées. Encore cinq matches. Nous sommes en 1/4 de finale de la Mfa Cup.

Comment vous gérez la vie familiale avec votre métier d’entraîneur ?

La vie familiale est stressante, quand la famille est restée au pays dans ce métier où tout dépend de vos résultats. Autre chose que cela vous dégage pour ne pas perturber la scolarité des enfants ainsi que leur stabilité. Je vis seul tout en ayant une vue et un cœur à Cotonou.

Votre mot de la fin pour clore cet entretien

Je suis peiné, attristé, outré, de la situation et de la tournure que prennent les événements du football au pays (Bénin). J'aurai aimé faire carrière chez moi mais peine perdue. C'est affreux ! Sans un minimum de concession et d'oubli de soi, le lendemain ne sera pas bon. Je vous remercie.

Abdul Fataï SANNI


Matin Libre

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