Entretien avec l’entraîneur national de taekwondo du Bénin : «L’évaluation d‘une équipe...

Entretien avec l’entraîneur national de taekwondo du Bénin : «L’évaluation d‘une équipe nationale est par rapport à leur participation aux échéances internationales», dixit Eric Houngan

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Dans une interview exclusive qu’il nous a accordée, Eric Houngan, ceinture noire, 5e dan, et sélectionneur national de l’équipe nationale du Bénin a donné son avis sur le niveau du taekwondo béninois. Il a par ailleurs fait des propositions pour que le niveau soit relevé.  Lisez-plutôt !

Comment se porte l’équipe nationale de taekwondo du Bénin ?

Notre équipe nationale se porte tel que notre environnement l’exige. Parce que, une équipe nationale, ce sont des athlètes qui travaillent et qui participent aux échéances surtout internationales. C’est vrai qu’on a un calendrier permanent et nous travaillons bien qu’actuellement, il y ait un problème de lieu. Ils sont en jambes. Je peux le dire par rapport à ce que nous faisons ici. Mais l’évaluation d‘une équipe nationale, c’est par rapport à leur participation aux échéances internationales. En 2015, on n’a pas pu participer aux échéances. Je veux surtout parler des athlètes qui sont à l’intérieur du pays. En 2016, jusque-là, on n’a non plus participé à aucune activité internationale. C’est dommage mais on n’y est vraiment pas.

Quel est actuellement le niveau du taekwondo béninois ?

La comparaison, c’est forcément par rapport à quelque chose. Au niveau national, ce sont les meilleurs pratiquants du Bénin qui forment l’équipe nationale. Donc, si on doit les comparer aux pratiquants béninois, ils sont les meilleurs. Au niveau de la sous-région, je ne donnerai pas un classement direct mais si je m’en tiens aux dernières sorties individuelles des athlètes, il y a Judiel Kiki qui s’en est tiré avec une médaille d’argent et il a rencontré en finale, un champion africain en titre. Ce qui veut dire forcément que, pris individuellement, nous avons des talents. Mais, le classement général se fait par rapport à la participation du pays. Et là, le niveau n’est pas mal. Mais, il nous faut vraiment de nouvelles échéances pour mieux évaluer.

Que faire pour relever le niveau du Bénin ?

C’est une question scientifique. Dans le domaine sportif, elle a une réponse précise qui ne varie pas. Des approches par auteurs peuvent faire la différence l’une des autres. Mais dans tous les cas, je m’en tiens souvent à une approche, celle du professeur Keren Bergman qui dit que: «la performance, c’est la trilogie compétence-motivation- moyens». Ce qui veut dire que, lorsqu’il y a un maillon dans cette chaîne qui n’hexite pas, le jeu n’est pas joué. Et qu’est-ce qu’il faut faire ? C’est d’agir sur chaque levier de ce maillon. Nous avons fait un travail en Suisse dans ce sens pendant que nous étions en formation d’entraîneur de sport d’élite et le thème était : « optimisation des performances des jeunes talents du Bénin ». Et comme je l’ai dit, il suffit d’agir sur chaque levier. Vous voyez, sur la question de financement ou de moyens, on peut faire par exemple le système de parrainage. Les politiciens (ils gaspillent de l’argent), ce n’est pas trop décent mais honnêtement, je le pense. On peut orienter ces ressources dans des activités sportives qu’ils vont parrainer. Mais il faut étendre le taekwondo... Pour que cela soit une activité un peu libre, qu’on peut mettre sous la coupelle d’institutions politiques et autres. La motivation, elle est intrinsèque et extrinsèque. Si nous n’avons rien dedans, entre griffe aujourd’hui, c’est parce que nous gagnons intérieurement. Mais par rapport à notre expression extérieure, si nous sommes bloqués, c’est tout de même parce que nous avons une motivation intrinsèque que nous continuons. Ce qu’il faut relever donc, c’est la motivation extérieure qui revient à forcément nous trouver des moyens pour y arriver. Nous faire participer aux compétitions et nous financer. Ça paraît quelques choses qu’on ressasse mais on n’y peut rien. Sans les moyens, on ne pourra pas. La dernière branche, ce sont les compétences. Je dis souvent que tout le monde est une compétence en potentiel. Parce que, ceux qui excellent des autres côtés, ce ne sont pas des gens qui ont deux cerveaux. Mais en général, c’est leur condition  de travail qui change. Qui dit condition de travail, dit la nature de la formation. Je pense que, s’il y a possibilité, c’est déjà que nous maintenions le travail que nous faisons. Mais aux entraîneurs et entraînés, qu’on puisse nous mettre dans les circuits où on renforce les capacités par l’acquisition des nouvelles techniques d’entraînement et de compétition.

Comment faire pour assurer une relève de qualité ?

Il faut qu’on trouve des moyens et il y a déjà une approche. Celle de faire participer les athlètes aux compétitions, de ne plus se dire qu’on n’a pas les moyens et ne pas faire. Nous avons les compétitions, vous payez et vous venez faire. Si les gens sont motivés à venir en équipe nationale, ils vont travailler et s’ils sont bons, ils vont y arriver. C’est déjà une approche. La deuxième approche, c’est de ne pas continuer à mettre les entraînements nationaux dans le croisons de l’équipe nationale. C’est d’aller vers une audition libre où les gens vont être entraînés et on va les détecter par le biais de ce qu’ils ont comme talent.          

Votre mot de la fin pour clore cet entretien

C’est d’abord vous remercier pour l’opportunité. Mais vous êtes d’accord avec moi que ce n’est pas les interviews qui manquent dans ce pays ni les propositions ni les belles analyses des journalistes. C’est la mise en œuvre des choses. Je voudrais interpeller tous les acteurs pour qu’ils rêvent de nouvelles propositions par rapport à la résolution des choses. Qu’on sorte un peu du couloir des critiques, des analyses de routine. Les problèmes sont connus. D’où, je suppose que ceux qui s’y intéressent, s’approprient les problèmes. C’est une invite à tous les acteurs de prendre  désormais la résolution de toutes les questions de développement du sport à la base. Je vous remercie.

Propos recueillis par : Abdul Fataï SANNI


Matin Libre

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