Zoom sur la Cybercriminalité au Bénin

Zoom sur la Cybercriminalité au Bénin

6
PARTAGER

Très présente dans le monde et particulièrement en Afrique, la cybercriminalité a pris ces dernières années des proportions inquiétantes au Bénin. Face à la lasciveté du gouvernement qui ne prend pas les mesures adéquates pour débusquer les « gayemans », le phénomène est loin de connaître le moindre recul. Derrière leurs écrans d’ordinateurs dans les cybercafés, à l’abri des poursuites grâce aux réseaux sociaux qui leur permettent d’usurper maintes identités, les « gayemans » font fortune en arnaquant sur la toile des imprudents exclusivement occidentaux. Qui sont-ils ? Comment s’y prennent-ils pour réussir leurs coups ? Quelles sont les différentes méthodes qu’ils emploient ? Nous sommes allés à la rencontre de personnes les côtoyant au quotidien et qui ont souhaité rester anonymes. Décryptage complet de cette activité lucrative à laquelle s’adonnent de nombreux jeunes béninois, à l’appât du gain facile.

Des arnaqueurs professionnels

Le développement de l’internet a favorisé l’accès à de nombreux services en ligne dont se servent les gayemans pour escroquer. Leurs cibles privilégiées sont les pays occidentaux (européens surtout) où les populations sont déjà habituées à employer des prestations en ligne, notamment les achats à distance par carte électronique. Plusieurs techniques sont employées et le réseau est extrêmement bien organisé. Outre les arnaqueurs qui agissent en solitaire, il existe des groupes de gayemans avec, à leur tête, un chef qui assure la fourniture d’internet illimité et répartit les tâches.

Le principe de base est l’usurpation d’identité. Pour commettre leurs méfaits, ils se servent de faux noms (Don Pacha, L’argentier de Bretagne, Vinar del Casa, Steph Smith etc.), de fausses adresses électroniques et faux comptes d’utilisateurs sur les réseaux sociaux. Ils emploient des coordonnées bancaires écran et achètent des proxys (leur permettant de naviguer sur internet sans que leur adresse IP ne puisse être traquée). Des mesures prises pour rester dans l’anonymat et empêcher toute procédure judiciaire de remonter jusqu’à la source.

Les ventes en ligne fictives

La pratique la plus courante chez les gayemans est la proposition de services de vente. Ils postent leurs annonces sur des sites populaires tels que leboncoin.fr ou topannonces.fr, mettant en vente des appartements, terrains immobiliers, voitures d’occasion et véhicules de tout genre (scooter, tracteurs etc.). Bien entendu, ils ne disposent pas de ces articles. Ils se servent de photos trouvées sur internet ou prises sur place pour appâter les potentiels clients. Incrédules, ces derniers répondent aux annonces et engagent le processus d’acquisition. S’entame alors une véritable cour assidue digne des agents commerciaux les plus compétents pour convaincre le client de procéder à l’achat du bien en question. Avec de faux documents montés de toutes pièces et échangés par mail, ils parviennent à obtenir des clients, des frais de procédure, des avances sur paiement et parfois la totalité du coût convenu, avec la promesse de livrer un bien qui ne le sera jamais.

Les feux de l’amour

Pour les gayemans, tous les moyens sont bons pour soutirer de l’argent en ligne. L’une de leurs célèbres astuces consiste à s’inscrire sur les sites de rencontre (Badoo) ou via les réseaux sociaux (notamment Facebook) sous l’identité de jeunes femmes belles et attirantes. Ces dernières sont recrutées pour correspondre de façon régulière avec les potentiels « pigeons » séduits. Ils échangent également par téléphone pour renforcer les liens. Une fois le client suffisamment en confiance, l’extorsion commence à travers l’expression de besoins divers : soigner une mère malade, payer la scolarité, régler son loyer, rembourser des dettes, effectuer un voyage etc. Le client, par compassion et « amitié », parfois par amour, n’hésite pas à envoyer de l’argent pour répondre à ces besoins. Des profils d’hommes sont également utilisés pour atteindre les vieilles dames et les cougars.

De nouvelles stratégies d’arnaque développées

Ces dernières années les gaymans ont développé une nouvelle forme d’arnaque qui consiste à offrir des prestations de prêt. Ils postent en ligne des offres de prêt d’argent à destination de professionnels ayant besoin d’argent pour couvrir des frais. Les personnes intéressées sont invitées à remplir des formulaires renseignant sur leur identité, situation professionnelle, coordonnées bancaires puis le montant qu’ils souhaitent emprunter et la période de remboursement. Un processus huilé et parfaitement dans les règles qui les met tout de suite en confiance. Elles reçoivent un contrat apparemment dûment établi et on leur exige de payer des frais d’avocat et de contrat qui varient en fonction du client et peuvent atteindre plusieurs millions de francs CFA. Les gayemans s’attèlent alors à convaincre enfin leurs « pigeons » de souscrire à une assurance-prêt auprès de la banque supposée leur virer l’argent dont ils ont besoin. Argent qu’ils ne recevront jamais.

Un paiement bien ficelé

Les transactions s’effectuent principalement via le système de transfert d’argent international Western Union, ou par virement bancaire direct pour les sommes importantes. Les gayemans utilisent des comptes localisés en Europe que des complices sur place les aident à créer. Une astuce pour contrer la méfiance des occidentaux qui deviennent suspicieux dès qu’ils se rendent compte que les transactions vont à destination de l’Afrique. Ces acolytes récupèrent l’argent reçu par chèque de poste (mandat cash urgent) puis le renvoient au Bénin via Western Union contre un pourcentage (autour de 10%).

Une couche sociale très jeune

Ils ont en majorité dans la vingtaine d’âge et ont, pour la plupart, abandonné leurs études pour se lancer dans la cyber-arnaque. Souvent issus de familles pauvres et n’excellant pas à l’école, ils choisissent cette facilité qu’offre internet. Le web permet plus que jamais de connecter le monde sur une seule plateforme. Et n’importe qui peut y accéder sans difficultés. C’est la prolifération des cybercafés, il y a quelques années, proposant la navigation à des prix dérisoires (300 francs CFA l’heure en moyenne) qui a encouragé beaucoup de jeunes à investir la toile et les réseaux sociaux. Un véritable terreau pour le développement et la pérennisation des activités des gayemans. Ce qui explique les descentes de police, organisées par les autorités béninoises, dans les cybercafés afin de débusquer ces cybercriminels. De nos jours, ils disposent pratiquement tous d’ordinateurs personnels et profitent des nombreuses offres de connexion internet via les modems et clés de connexion.

Une activité de plus en plus « saturée »

Devenir gayeman aujourd’hui à Cotonou est à portée de tous. Il suffit juste d’avoir un laptop et une connexion internet. De plus, les cybercafés proposent généralement un débit acceptable et à faible coût. Certains gayemans à Cotonou par exemple sont ouvriers maçons dans la journée et se connectent le soir pour mettre en place leurs tactiques d’extorsion en ligne. Beaucoup d’élèves s’y mettent également, toujours dans la quête de l’argent facile. Une situation qui sature le « business » et qui est aggravée par le fait que le phénomène est déjà connu et de nombreuses mesures sont prises pour l’endiguer. Les occidentaux sont de moins en moins dupes, les arnaquer est plus difficile de nos jours. C’est la raison pour laquelle les gayemans se tournent vers des pratiques plus drastiques.

Des moyens extrêmes

Puisqu’ils ont désormais du mal à convaincre et à séduire, ils se sont tournés vers les forces mystiques. L’objectif ? Transformer les clients qui tombent dans leur filet en « béni-oui-oui » qui acquiescent automatiquement à leurs exigences financières. Pour mettre toutes les chances de leur côté, d’aucuns utilisent des bagues spéciales ou installent dans leur chambre des fétiches particuliers. Des pratiques qui nécessitent parfois des sacrifices humains. Selon certaines indiscrétions, beaucoup de gayemans « vendraient leur âme au diable » toujours pour plus de résultats.

Le train de vie des gayemans

L’arnaque en ligne est extrêmement lucrative avec des revenus évalués à plusieurs millions de francs CFA. Il n’existe pas de statistiques exactes pour estimer le chiffre d’affaires des gayemans mais des approximations peuvent se faire en fonction de leur train de vie et des réalisations dont ils sont à l’origine. Ils sont généralement reconnaissables à leur style vestimentaire très flashy et ghetto. Grandes marques, pantalons taille basse, chaussures reluisantes, accessoires et coiffures extravagants, ils ne lésinent pas sur leur apparence. Certains se pavanent dans de grands véhicules luxueux ou des voitures de sport, mais afin de ne pas attirer l’attention, la plupart se contentent de motos flambant neuves « Djènana » (de marque Honda). Un trompe-l’œil quand on sait qu’ils brassent des millions, possèdent des propriétés immobilières (terrains, appartements) ou encore des centres de cybercafés, dépôts de boissons, bars etc. Ces arnaqueurs en ligne n’ont rien à envier aux hommes d’affaires les plus drillés.

L’Etat reste passif face au phénomène

Plusieurs mesures ont été envisagées par le gouvernement ces dernières années. Elles restent toutefois très insuffisantes. L’instrument juridique n’est pas adapté, et il n’existe pas un centre de lutte dûment formé avec des spécialistes disposant de la technologie adaptée. En Côte d’Ivoire par exemple, la répression est devenue effective avec l’adoption d’une loi anti-cybercriminalité, la mise en place de structures spécialisées dont la Plateforme de Lutte Contre la Cybercriminalité (PLCC) et des campagnes de sensibilisation.

Les gayemans, chaque jour innovent dans leurs techniques d’arnaque et élaborent de nouvelles stratégies pour contrer toute forme de répression. Ils bénéficient parfois de la complicité de certains agents, leur permettant d’exercer en toute quiétude cette activité qui est préjudiciable pour le pays en termes de développement économique.

Bonjour Cotonou

Commentaires

commentaires

Commentaires

commentaires

6 COMMENTAIRES

  1. Tout ce que vous avez écrit peut être vrai mais cessez d’incliminer les cybers car les vrais gaymens aujourd’hui ont leur propre connexion chez eux à la maison et ne viennent plus au cyber. une connexion mtn ou moov ou kanakou de Bénin Télécom suffit largement pour rester chez sois à la maison

  2. je suis fier moi pour cette année pour le non rachat des candidats au BAC. le résultat reflète le niveau réel des apprenants et expose les insuffisances du niveau intéllectuel des enseignants

LAISSER UN COMMENTAIRE