Vindicte populaire endémique au Bénin : C’est si facile de mourir torturé...

Vindicte populaire endémique au Bénin : C’est si facile de mourir torturé et brûlé vif dans ce pays !

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Des bourreaux poussant des ébats folâtres autour d’individus embrasés qui se débattent dans un combat inégal contre la mort, initié par ses pairs qui ont décidé unilatéralement de lui ôter la vie.Ailleurs, le «Olé !!» d’un quidam déclenche une avalanche de coups de points, de toutes sortes projectiles contondants sur un même individu qui sera bientôt en sang et pire, aspergé d’essence et brûlé vif.Quel délit ou crime a-t-il commis ? Adultère ! Sorcellerie, Vol….? Les motifs n’en manquent pas. Même l’intention est sanctionnée de torture et de mort violente infligée par de justiciers spontanés, de délinquants patentés, qui, dopés par l’impunité ambiante évacuent à travers cette barbarie d’un autre siècle leurs propres frustrations et mal être. Et comble d’absurdité, il arrive que certains des bourreaux n’aient aucune idée de ce qu’on reproche véritablement à la personne qu’ils exécutent. C’est de l’anarchie de rue qui s’impose depuis 1990 au simulacre d’Etat de Droit qu’est le Bénin ; ce pays dont les autorités politiques méprisent la VIE des contribuables qui les ont portées au pouvoir. Les dignitaires spirituels et les représentants de la société civile n’en font pas mieux ! Ils gardent tous un silence coupable face aux massacres.

L’Homme est le seul animal, capable de soumettre son prochain à une torture des plus atroces,de le tuer, juste par pur plaisir».
Sa capacité de nuisance est décuplée dans un environnement où il n’y a de lois que de volontés individuelles et l’Etat défaillant. Le Béninois étant très porté sur la violence gratuite, la torture populaire se pratiquait déjà sous le régime de la révolution marxiste mais personne n’avait jamais osé aller plus loin.
«La personne humaine est sacrée et inviolable  et nul n’a le droit de la soumettre à quelle que forme de torture que ce soit et/ou attenter à sa vie…..et l’Etat se doit de mettre en place des mesures et institutions pour lui garantir la sécurité et la jouissance de ses droits »
. C’est en substance ce que prescrivent la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ; la Charte Africaine des Droits de l’Homme et bien d’autres conventions internationales que le Bénin a ratifiées et réceptionnées dans son droit positif à commencer par sa loi fondamentale qu’est la constitution du 11 décembre 1990. Pourtant, d’horribles images de corps calcinés alimentent fréquemment les colonnes des journaux et ceci dans une indifférence quasi-totale quand ce n’est pas avec une certaine délectation de «respectables» béninois dénués d’humanité, satisfaits qu’un malfrat de plus ait été ainsi «effacé» de la société.
«Effacé !» Tout un chacun de nous, habitant de ce pays pourrait subir d’un jour à l’autre ce même sort sans avoir volé quoi que ce soit ou nuire à autrui. Le 21 novembre 2001, moi, ma mère, quatre de mes frères, deux cousins et trois collaborateurs avions faillir mourir, lapidés et calcinés dans notre propre maison parce que de vils individus, des meurtriers avides de sang et de chairs brûlées en avaient spontanément décidé ainsi, agitant le prétexte que l’un de mes cousins aurait volé le sexe d’un apprenti menuisier à quelques 50 m de là. «Livrez-le nous ou vous mourrez tous» scandait une foule hystérique. Des heures durant, toutes sortes de projectiles et de cocktails Molotov avaient plu sous nous. Deux policiers, arrivés sur les lieux après qu’on a fait le mur pour aller les chercher ; les appels au secours au commissariat central étant restés infructueux, le premier a détalé à la vue de la foule compacte, menaçante. Celui qui a réussit à accéder à la maison a aussi pris la fuite au bout de quelques minutes. Mes deux jeunes frères restés bloqués dehors ont failli être brûlés vifs.Véhicules, supérette, centre informatique et une bonne partie de la résidence avaient été vandalisés et détruits mais ces horribles criminels n’ont pas réussi à incendier la maison, ni tuer qui que ce soit. Dieu étant là, au Contrôle!Ce n’est qu’après plus de trois heures d’effroyables angoisses que les forces de l’ordre sont intervenues. Pourtant la scène du crime est au bord d’une grande voie, à l’angle d’un carrefourdans ce quartier bouillant de l’Etoile Rouge.Quel satané crime avions-nous commis !
En dix jours, cette déferlante de violence gratuite, d’exécutions sommaires sous prétexte de vol de sexe a fait de nombreux blessés graves et envoyé une quinzaine d’innocents à la mort, tuées dans d’atroces souffrances sans que les auteurs aient répondu de leurs crimes. Une septuagénaire avait été traitée de sorcière, battue à mort et brûlée vive pour avoir voulu aider un enfant à traverser la voie. Elle lui aurait passé la main sur sa tête.Quelle ignominie ! Le Chef menuisier et son apprenti dont le sexe n’a jamais bougé de sa place, instigateurs de la tentative d’homicide volontairesur ma famille n’ont passé que deux années en prison en préventive. Personne ne nous a dédommagé ne serait-ce que pour nos biens spoliés et vandalisés. Et on appelle ça démocratie ! Etat de droit ! Où est le droit ! Où est l’Etat ! C’est de l’anarchie,une dictature de la rue, une jungle où n’importe qui, peut à tout moment, prétexter d’un quelconque motif fallacieux et vous faire tuer impunément sous les clameurs et ébats de centaines de bourreaux et de spectateurs indélicats. C’est un Etat de Non Droit. Cela n’arrive pas qu’aux autres. Il y a de cela trois (03) ans, un jeune artiste a été brûlé vif à Abomey par méprise et un autre bien célèbre a faillit mourir ici à Cotonou sous les coups d’une foule hystérique qui, ne l’ayant pas reconnu, l’avait pris pour le voleur de sa propre moto. On lui avait même déjà renversé de l’essence sur le corps, prêt à le flamber.

C’est dire comme c’est si facile de mourir torturé et brûlé vif au Bénin !
Sur la route, le Béninois lambda n’hésitera pas à donner des coups de poing ou de lanière à un autre usagé parce qu’il aurait mal conduit ou mal traversé la voie selon lui. Nous sommes très portés sur la violence faite à autrui, les voies de faits gratuites parce qu’on pense être dans son droit «d’éduquer» l’autre de force.La semaine dernière, une scène insolite m’a horrifiée à la gare routière improvisée sur la station Saint-Michel. Un homme donnait des coups de lanières à un adolescent agenouillé devant lui. Le jeune aurait tenté de dérober le portable d’un usager de la gare et ce monsieur avait décidé de le «corriger» lui-même,là en public, pour ne pas avoir à le livrer à la vindicte populaire. Face à mon courroux et menaces d’appeler la police s’il ne relâchait pas l’infortuné, il m’opposa son droit de corriger le voleur et de m’infliger le même sort si le cœur lui en dit. Il a finit par céder devant mon insistance. Ces situations sont légions dans notre pays.

Laisser perpétuer ces violations flagrantes et impunies des droits humains, c’est faire le lit à un Etat de non droit où les individus font la loi.
On assiste encore aujourd’hui à la recrudescence de la Vindicte Populaire. Chaque jour, des personnes humaines sont arrachées à la vie selon la loi 375 FCFA (350 F pour 1 l d’essence et 25 Fpour la boîte d’allumettes) de la rue et comme d’habitude, on laisse faire jusqu’à ce qu’on brûle l’enfant ou le proche d’une personne influente ou d’une autorité et là, la justice réagira et retournera ensuite dans son inaction, laissant des vies humaines à la merci de voyous et de criminels. Ainsi va le Bénin, Etat de Droit !

Il faudra se décider à dire le droit et à sévir. Le cadre juridique existe bel et bien pour cela. Il revient à l’Exécutifde mettre en place des mesures spécifiques et hardies pour éradiquer une fois pour de bon ce phénomène barbare.

Quelqu’un qui, de son propre chef, fracasse la tête de son prochain, l’asperge d’essence et le brûle ne peut pas être irresponsable devant la loi sous prétexte qu’il agissait dans une foule ! Ce n’est tout simplement pas ACCEPTABLE ! Même dans une foule, on doit pouvoir identifier les meneurs, pour peu que les Officiers de Police Judiciaire veillent faire véritablement leur travail pour faire traduire ces criminels devant la loi.

Il faut que les organisations de défense des droits de l’Homme, les dignitaires traditionnels, religieux et les personnalités de la société civile rompent ce mutisme consentant, coupable et jouent leur rôle de catalyseur dans la société. La presse, les artistes doivent sensibiliser et éduquer la société et les autorités locales, protéger la personne humaine.Il y va de notre sécurité à nous tous ! Souvenez-vous, ça n’arrive pas qu’aux autres ! Tout le monde a droit à une justice équitable, même le criminel le plus abject.
 
Paula AGBEMAVO
Présidente de l’ONG «Terre de Dignité»


Matin Libre

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