Valorisation économique et gouvernance locale de l’eau des forages artésiens : Les...

Valorisation économique et gouvernance locale de l’eau des forages artésiens : Les acquis et leçons d’une expérience innovante

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La valorisation économique et la gouvernance locale de l’eau des forages artésiens constitue une grande première dans notre pays. Démarrée depuis 2004 par le consortium Protos-Partenariat National de l’Eau du Bénin(PNE-Bénin), cette expérience innovante a connu plusieurs phases d’intervention avant de prendre son envol en2015 grâce au développement de l’approche recherche-action. Une approche qui permet aujourd’hui grâce àl’appui du consortium,de compter quelques acquis. Mais pour l’avenir, les interventions devront tenir compte des éléments de faiblesses et défis identifiés pour plus de résultats afin de faire de la valorisation économique et de la gouvernance locale de l’eau, un instrument de lutte contre l’insécurité alimentaire et la pauvreté.  

Les habitants du hameau de Houéganmè dans le village de Dèkandji (Commune deDogbo) vivaient dans l’angoisse de la soif depuis plusieurs années. La réalisation d’un forage pour permettre aux communautés de ce village de rompre avec la consommation de l’eau impropre était attendue de tous les vœux. Ce rêve d’avoir à proximité une source d’eau potable  devint  une réalité lorsqu’en 2009,  Protos réalisa le forage dans le cadre de la mise en œuvre du Projet d’Appui à la Gestion Intégrée des Ressources en Eau Locales (PAGIREL). Mais, depuis que l’eau a jailli, elle n’a plus jamais cessé de couler. Devenu artésien, le point d’eau réalisé initialement pour l’eau de boisson est devenu un cauchemar pour ces communautés désormais envahies par l’eau du forage. Cinq ans plus tard, le forage artésien abénéficié, au cours de la période 2010-2013, d’un appui financier du Programme MYP II pour la réalisation des travaux d’aménagement de la tête de forage artésien, d’aménagement  hydro agricole et de réalisation d’un mini réseau d’eau potable. Une fois les travaux réalisés, un système d’eau alimenté par le forage artésien composé de deuxbornes fontaines (BF), d’une canalisation secondaire et de trois bassins de stockage pour le maraichage de contre saison a été installé. Désormais, les communautés, utilisent gratuitement l’eau du forage pour les usages domestiques, mais aussi pour la production agricole et la transformation agro-alimentaire (fabricationdu gari et de tapioca). Au cours de l’année 2015, les deux hectares aménagés ont été emblavés pour la production des légumes et du maïs frais en contre saison par environ dix exploitants. Unetrentaine de femmes travaillent à la transformation du manioc en gari et tapioca avec des équipements artisanaux. Cette dynamique de production agricole améliore sans doute le revenu des ménages qui sont à dominance agricole. Grâce à ce site, le village de Dékandji est reconnu comme un site de démonstration à haut potentiel agricole parmi les initiatives locales de gestion concertée de l’eau développées dans la Commune de Dogbo.      

Pour une gestion concertée, durable et la protection de l’eau du forage de ce site, un comité composé de cinq membres a été mis en place et regroupe les représentants de chaque usage inventorié sur le site. Si la cohésion sociale entre les membres reste encore un défi à relever, les exploitants ne manquent pas d’intérêt. Une extension de la superficie sur leur demande leur a été accordée dans le cadre du projet MYPIII/CASCADE.

A l’instar du site de DékandjiàHoueganmè, plusieurs autres sites ont bénéficié d’un appui pourla valorisation économique et la gouvernance locale de l’eau des forages artésiens en tenant compte de l’état de l’aménagement et du niveau d'engagement des autorités locales et des usagers. C’est le cas des sites aménagés de Hessa dans la Commune de Lalo, Vocanmè dans la Commune de Dogbo etOuèdèmè dans la Commune de Lokossa.

Se fondant sur les résultats des évaluations interne et externe et du diagnostic approfondi de l’environnement socio-économique et culturel de gestion des ressources en eau et associée de chaque site, le processus a permis de mieux cerner les composantes du système de valorisation et de gouvernance locale de l’eau du forage artésien de chaque site. Mais aussi, ces résultats ont facilité l’identification des facteurs endogènes et anthropiques qui influencent la gestion des ressources du site (terre, eau, humaine, etc.), et enfin conduit àla définition des mesures pratiques au niveau local pour une participation plus active des usagers àla gestion des eaux artésiennes. Chaque comité de gestion regroupe en son sein, les représentants des différents usagers et usagères de l’eau autour des sites, que sont les maraîchers, les riziculteurs, les consommateurs d’eau potable, etc. Enfin, grâce aux évaluations, on comprend qu’avant de passer à l’aménagement proprement dit, une grande priorité doit être donnée à la sécurisation foncière àtravers l'utilisation des outils et la formalisation des actes.

Entre amélioration de la gouvernance et effectivité de la valorisation économique de l’eau

Au terme de ce processus, les actions entreprises portent déjà des fruits. Méconnue autrefois, la gouvernance des sites de valorisation de l’eau des forages artésiensest de plus en plus une réalité dans les communes. En effet, la mise en place des comités de gestion (en août 2015) a été un tremplin pour amorcer véritablement la valorisation. Avec une composition variant en fonction des usages identifiés, les comités de gestion sont dirigés par un bureau composé de 3 personnes (président, rapporteur et organisateur). Avec un mandat clair, les comités sont chargés de la mise en œuvre des plans d’action comprenant le développement d’activités liées à la délimitation des domaines à aménager, le recensement des propriétaires terriens, à la mise en place d’outils pour la sécurisation foncière des domaines à aménager, la facilitation des travaux d’étude de faisabilité, etc.

L’engagement des communautés et la facilitation des comités de gestion ont permis de rendre effective la valorisation économique de l’eau au niveau de certains sites. Ce processus a surtout pris de l’envol avec les réponses apportées progressivement aux limites et blocages identifiés par les rapports d’évaluation et de diagnostic.

Avec un tel processus engagé par le PNE-Bénin depuis novembre 2015 devant conduire à la réalisation des aménagements hydrauliques et hydroagricoles sur les sites de Houéganmè, Hessa, Zounhomè, Adamè et Dandévèhounhoué (excepté le site de Toviklin), l’eau des forages de ces différents sites n’est plus seulement destiné à l’eau de boisson. Elle est utilisée pour d’autres usages par les communautés :au total 30,97 hectares(Adandévèhounhoué : 5,9ha ; Adamè : 8,9ha ; Hessa : 8,37ha ; Houéganmè : 2,6ha ; Zounhomè : 5,2ha) ont été mis à la disposition des exploitants par les propriétaires terriens pour un appui à l’aménagement partiel d’un système d’eau pour les différents usages. Toutes ces superficies sont mises en valeur directement par plus d’une centaine de producteurs maraîchers via descultures vivrières de contre saison.

Dorénavant, dans les sites aménagés et mis en valeur, l’intérêt manifeste des communautés se traduit par un besoin d’extension des sites. Même avec le processus d’extension en cours, les communautés se montrent insatisfaites parce que les besoins pris en compte sont insuffisants. C’est le cas du site de Hessa où sur 25 hectares d’extension espérés, seulement 8 hectares ont été pris en compte dans les études de faisabilité. La valorisation économique est une réalité pour ces communautés qui en voient les avantages et bienfaits. Malgré tout, elles devront encore prouver leur engagement au niveau des anciens sites où l’entretien des ouvrages fait encore défaut.

En revanche, au niveau des nouveaux sites où l’aménagement n’est pas encore réalisé (Adamè dans la Commune de Athiémé), les acteurs montrent leur intérêt et pour eux, l’attente se fait longue.

En matière de gestion de conflits fonciers, l’expérience fait tache d’huile. Car, dans un contexte national marqué par les problèmes fonciers, une telle intervention portait en elle, des risques patents de conflits. Mais, en basant son intervention sur la valorisation des pratiques endogènes de cession des terres qui ont cours dans les villages, l’appui a contourné les conflits récurrents. Avec l’implication des mairies, des contrats de mise à disposition ont été signés entre despropriétaires terriens et la mairie pour une durée de dix (10) ans en moyenne et des contrats d’exploitation entre les propriétaires terriens et les exploitants.

« A chaque saison, on divise la récolte en trois parties, une partie revient au propriétaire terrien et les deux parties à l’exploitant. Cela fonctionne bien », Samuel Donouvo, Président du Comité de gestion du site de Hessa (Commune de Lalo).Une belle expérience de gestion des terres qui permet ainsi au processus de produire des effets et acquis importants.
Des effets et acquis indéniables

Les différentes interventions autour des forages ont été bénéfiques pour les communautés. Au nombre des effets observés, on peut retenir entre autres, l’apprentissage communautaire.

En effet, avec les séances de sensibilisation et de renforcement de capacités, l’appui a contribué à donner plus de savoir aux communautés, notamment dans les domaines de production. Il a permis d’apporter plus de connaissances sur la valorisation de l’eau. « On nous a appris comment on peut utiliser l’eau du forage pour faire plusieurs activités. En plus, on a bénéficié des formations sur le maraîchage, la production du riz », Samuel Amoussou, Président du Comité de gestion du site d’Adamè (Commune d’Athiémé). Ces nouvelles connaissances sont désormais partagées entre les communautés, représentant ainsi un important facteur de progrès pour les producteurs.

Mais, l’un des effets majeurs de l’appui reste la mise en place des comités de gestion. Ayant pour vocation d’être des cadres de concertation des différents acteurs intervenant autour des forages, les comités de gestion ont pour mandat de veiller à la bonne gouvernance de l’eau du forage par tous les utilisateurs. Ils regroupent les représentants de tous les acteurs des filièrespromues sur chaque site et les propriétaires terriens. Au total, 5 comités ont été mis en place autour des forages artésiens aménagés dans le Mono et le Couffo. Depuis leur installation, les membres de ces comités ont bénéficié des formations sur le foncier et les modes de cession des terres selon le code en vigueuret jouent un rôle de mobilisation des acteurs et de facilitation des interventions sur les sites. Ces comités de gestion qui succèdent aux ComitésLocaux de l’Eau (CLE) dont l’expérience n’a pas étéconcluante sur le site de TinouHounsa à Lokossa, se révèlent comme des creusets de partage de connaissances et d’expériences entre membres. Dans certains cas, les personnes ont été élues à la tête des comités sur la base de leurs expériences et de leur savoir-faire. « Tout le monde m’a choisi parce que j’avais dirigé un groupe de personnes faisant le jardin », Jean Metinho, Président du Comité de gestion à Dandévèhounhoué (Commune de Bopa). Si pour le moment, il est difficile d’apprécier leur fonctionnement parce qu’ils sont encore des structures jeunes, il convient de saluer les efforts de représentation des femmes au sein de ces comités. Car, dans presque tous les comités, les femmes sont représentées et on estime à 35% leur taux de représentation. Malheureusement, elles n’occupent pas les premiers rôles et ne sont pas présidentes de Comité bien qu’elles soient très actives sur les sites. Une situation qui s’explique par les pesanteurs socio-culturelles encore tenaces empêchant les femmes de participer activement à la prise de décision autant que les hommes. « L’homme est la tête, la femme est la queue », soutient Samuel Amoussou, Président du Comité à Adamè (Commune d’Athiémé). L’équité genre est loin d’être une réalité et reste un champ d’action dans la poursuite des interventions.

En dehors des effets observés, on note des acquis dus aux résultats des différentes approches d’intervention mais surtout à la nouvelle approche de Recherche-Action. Il s’agit essentiellement, de la capacitation des communautés et acteurs communaux et de la prise en compte de la valorisation de l’eau des forages artésiens dans les documents de planification des communes.

L’un des acquis importants est que l’appropriation locale des outils de sécurisation foncière des domaines à aménager par les usagers et usagères des sites est une réalité. Fruit des activités de renforcement de capacitéset des séances de sensibilisation des propriétaires terriens sur les modes de cession des terres au regard du code foncier en vigueur, la capacitation des acteurs communaux et locaux est effective. Elle s’est traduite par l’absence de conflits fonciers au niveau des nouveaux sites contrairement aux anciens dont le processus a été plombé en grande partie à cause des problèmes de terre entre propriétaires terriens et exploitants. Plus encore, l’appui a permis l’inscription de la valorisation des forages dans les priorités des communes. Une véritable avancée au niveau des collectivités locales qui, depuis leur mise en place en 2002, n’en avaient pas fait une priorité.  Désormais, la valorisation des forages artésiens figure dans les documents de planification (Plan de développement communal, Plan annuel d’investissement). Dans la commune de Lalo par exemple, dans le document de plan annuel des activités pour l’année 2016, il est prévu des aménagements autour de certains sites. De plus, l’accompagnement des producteurs devient une réalité avec l’achat sur fonds propres de la mairie à leur profit, de motoculteurs pour la culture du riz. « Chaque année, puisque je connais l’importance de la valorisation pour les communautés, je fais tout pour que la valorisation des sites figure dans les documents et les autorités acceptent », MouftaouFagbehy, Chef Service Développement Local et Planification à la mairie de Lalo.

Si les interventions ont permis d’obtenir des résultats et des acquis, il est important de rappeler que plusieurs facteurs y ont contribué. Il s’agit notamment de la sensibilisation et du renforcement de capacités des acteurs qui ont favoriséla prise de conscience collective et l’acquisition de connaissances des usagers et usagères. On note également la mise en place des Comités de gestion de l’eau, la facilitation/accompagnement des communes et leur implication dans le processus. Malgré tout, pour la poursuite des interventions, l’appui devra faire face à plusieurs défis et surtout répondre aux faiblesses pour de meilleurs résultats.

Faire face aux faiblesses et défis

S’il faut reconnaitre que les actions de valorisation de l’eau autour des forages artésiens sont en cohérence avec la politique nationale de l’eau et le Plan d’Actions National de Gestion Intégrée des Ressources en Eau (PANGIRE), l’absence d’une orientation nationale par rapport à la valorisation de l’eau des forages artésiens (décret, arrêté, etc.) constitue une grande faiblesse. De même, la perception que l’eau du forage artésien est un don de Dieu pour les usagers et non un bien public devant être gérée par la commune, fragilise les efforts de valorisation et surtout de gouvernance. Car, dans presque toutes les localités où les aménagements des têtes de forages ont été faits, les communautés refusent de payer l’eau au niveau des bornes fontaines pour les usages domestiques.  

Au niveau de certains sites où la motivation des usagers est encore faible, il est urgent de trouver les moyens de les mobiliser. « Sur les sites, les gens s’engagent mais ne travaillent pas », signale le chef d’antenne Protos de Lokossa, Guillaume Houinato. « Sur les sites, les usagers tirent des bénéfices mais n’investissent pas dans l’entretien du réseau. En effet, ce sont des ouvrages publics/communautaires pour lesquels il faut des mécanismes de gestion simples et transparentes », ajoute-t-il. Cette motivation des usagers peut être déclenchée grâce à des visites d’échanges entre usagers de sites à succès et d’échecs.

Par ailleurs, pour le choix de nouveaux sites, les uns comme les autres recommandent que la sécurité foncière, l’engagement des populations et l’action des personnes influentes de la localité soient une garantie avant toute intervention. De plus, l’implication des mairies est indispensable pour la réussite de l’opération.

Sur l’approche de recherche-action elle-même, Guillaume Houinato,qui analyse les échecs au niveau des anciens sites, indique qu’il faut davantage utiliser les outils de diagnostic et établir des protocoles de recherche sur les problèmes clés qui constituent encore des blocages. Un point de vue que soutient la chargée de projet, EudoxieTella, qui souligne qu’il faut aussi s’adapter au contexte et non intervenir de la même façon sur tous les sites.

Pour l’heure, malgré tous les avantages que les exploitants tirent des aménagements, ceux-ci peinent à entretenir les sites, compromettant la durabilité des investissements. Pourtant, un mécanisme pourrait être mis en place par les Comités de gestion pour amener les exploitants à payer en nature une contribution pour l’entretien du site. Par exemple, chaque exploitant peut réserver une cantine à la fin de chaque récolte pour alimenter une caisse locale gérée par le bureau du comité. Mais, ce mécanisme doit prendre corps avec la supervision et le contrôle de la mairie pour éviter une gestion catastrophique à l’instar de celle des points d’eau par les communautés. Egalement, une tarification par bassine pour les ménages et par m3 pour les usagers exploitant les forages maîtrisés totalementest envisageable pour alimenter une caisse destinée aux frais d’entretien des ouvrages. Dans ce cas, le coût du m3 serait défini en fonction du rendement prévisionnel payé chaque trois mois ou par saison d’exploitation en sachant que l'eau agricole génère plus de revenus.

Au total, à mi-parcours des interventions, on retient comme leçons, qu’en matière de gouvernance, la réussite des interventions nécessite des préalables en termes d’appropriation de toutes les étapes du processus par les autorités locales, les services déconcentrés de l’Etat, les ONG d’accompagnement et les usagers organisés. Si la reconnaissance des comités de gestion de l’eaupar les mairiesviades arrêtés, est importante, l’implication des gouvernements locaux est indispensable en termesde durabilité. De même, l’implication des services déconcentrés et du ministère de l’agriculture est aussi nécessaire pour rester en phase avec la législation et les dispositions réglementaires en vigueur.

Au niveau des partenaires, les interventions auront montré que la recherche de synergie avec les autres projets et Partenaires Techniques et Financiers (PTF) est importante pour enrichir le processus et mieux bénéficier de leurs apports et contributions.

SUGGESTIONS ET RECOMMANDATIONS

L’analyse de l’appui a débouché sur des recommandations qui pourront être utiles pour la planification et la mise en œuvre d’une intervention similaire.

1.1.    RECOMMANDATIONS POUR  L’APPROCHE  D’INTERVENTION

Les recommandations pour  l’appui  peuvent être résumées comme suit :
-    promouvoir l’approche par la demande venant des communautés vers les partenaires à travers le renforcement de la société civile à la base (CLE, ou autre organisation, etc.);
-    au-delà des outils mis en place, faciliter le respect des mesures disciplinaires en cas de non-respect des clauses contractuelles de mise à disposition des terres ;
-    renforcer l’engagement des autorités locales dans la gouvernance et la gestion des sites aménagés et des points d’eau ;  
-    redéfinir clairement les paramètres à tester sur la base de la catégorisation et des axes de capitalisation, pour justifier le modèle reproductible à la fin du processus ;
-    mettre en place un mécanisme participatif de tarification de l’eau agricole sous le contrôle de la mairie et gérée par les Comités de gestion pour l’entretien des sites.

1.2.    Recommandations pour les PTFs

Il importe aux Partenaires Techniques et Financiers (PTF) d’accorder une attention particulière aux points suivants dans le montage et l’accompagnement d’un tel appui :
•    Il est important d’impliquer au niveau national, le ministère de l’eau et de l’agriculture pour être en accord avec les orientations nationales et les techniques culturales.
•    Le renforcement de capacités doit être un processus continu selon les besoins exprimés des acteurs au niveau local.
•    L’accompagnement doit aussi se faire au niveau de la commune sous la forme d’un appui technique auprès des techniciens de la commune pour l’inscription effective de la valorisation de l’eau des forages artésiens dans les documents de planification avec  une budgétisation.
•    Intervenant dans le cadre d’un consortium, les rôles de chaque partenaire doivent être clarifiés.

L’approche de Recherche-Action, un gage de réussite du processus

Marquée par trois temps forts, l’approche d’intervention autour des forages artésiens dans le cadre de l’appui du PNE-Bénin et de Protos aux communes des départements du Mono et du Couffo a démarré en 2004. Avec l’objectif de maitriser les têtes de forages pour éviter le gaspillage de l’eau, cette première approche a aussi permis de conduire des activités d’Information, d’Education et de Communication (IEC) pour un changement de comportement des communautés par rapport à l’utilisation de l’eau. Plusieurs outils ont été utilisés pour faciliter la compréhension de la notion de GIRE auprès des communautés mais aussi de la couche juvénile notamment dans les établissements scolaires. Il s’agit comme outils, de la bande dessinée « Les Aventures de Houéfa », du manuel scolaire « l’eau, l’hygiène, la santé » édité en plusieurs exemplaires dans le cadre de l’expérimentation du manuel dans les programmes scolaires du CM1 et CM2. Au niveau des communautés, des actions de reconstruction des berges de cours d’eau et des périmètres de protection des forages et champ de captage, ont été entreprises pour renforcer le plaidoyer sur la prise en compte progressive de la GIRE dans la gestion de l’eau au niveau communal. Dans le même temps, des études et recherches ont été entreprises pour l’identification de sites pilotes en 2008.

Mais, cette approche va connaître une évolution dans la deuxième phase. Ainsi, sur la période 2010-2013, on est passé de la sensibilisation auxpremières actions spécifiques de démonstrationde la GIRE au niveau local avec cette fois-ci, l’objectif de développer des modèles reproductibles de la gestion concertée de l’eau autour des ressources en eau. Deux initiatives de démonstration autour des forages artésiens ont été lancées au niveau des localités de TinouHounsa dans la commune de Lokossa et de TchiAhomadégbé dans la commune de Lalo. Si cette approche a permis d’expérimenter les mécanismes de paiement du service de l’eau pour les usages domestiques, elle a malheureusement été confrontée aux problèmes de mauvaise gouvernance et le faible engagement des acteurs communaux et des usagers. Cette expérience a connu un échec ouvrant ainsi la porte au développement d’une nouvelle stratégie d’intervention orientée vers la recherche-action.

Développée depuis 2014, cette approche est utilisée pour faciliter la mise en place d’un modèle reproductible de gestion concertée de l’eau autour des forages artésiens. En tant que processus itératif et participatif dont la mise en œuvre nécessite une remise en cause continue pour affiner le produit de la recherche, elle est appliquée autour des forages artésiens avec l’implication de tous les acteurs intervenant autour de ces ouvrages. Suivant les produits intermédiaires, plusieurs questions de recherche ont été mises en relief conduisant ainsi à la mise en route de trois grandes activités afin de recadrer les interventions :Il s’agit i) de l’évaluation interne des acquis des actions développées autour des forages artésiensii) de l’évaluation externe de la démarche et la stratégie de conduite des actions autour des forages artésiens et iii) des diagnostics approfondis des facteurs d’échec et de succès sur chaque site.

Grâce aux outils de « fiches synthèses » pour la revue documentaire, des enquêtes sur le terrain ont été menées permettant l’élaboration d’une feuille de route pour l’appui aux communautés à une meilleure valorisation de l’eau des forages artésiens. Cette feuille de route testée sur le terrain a permis de catégoriser les sites en trois types en tenant compte de l’état de l’aménagement et duniveau d'engagement des autorités locales et des usagers à la base pour la valorisation des sites :1) les sites aménagés et mis en valeur2) les sites non aménagés mais mis en valeur3) les sites aménagés mais non mis en valeur. Une fois la catégorisation faite, un plan d’actions a étéélaboré et mis en œuvre pour tester les solutions aux problèmesidentifiés. Une auto-évaluation de ces plans d’action a été faite en novembre 2015 pour apprécier le niveau d’exécution et donner des orientations pour le compte de l’année 2016. Le taux de réalisation calculé sur la base du nombre d'activités prévues et réalisées est d’environ 24% en moyenne (max Houéganmè avec 38% et min Adamè avec 19%). Ce taux relativement faible s’explique par le retard accusé dans le démarrage des travaux de réalisation et de réhabilitation des sites ainsi que dans la contractualisation de la prestation du CARDER. A cela, il faut ajouter l’indisponibilité des autorités communales au cours des élections législatives et communales.

En revanche, sur les anciens sites, les actions antérieures développées ne sont pas suivies par les mairies et les usagers semblent être abandonnés à leur sort pour la gestion des aménagements. La conséquence directe est le faible taux d’entretien des systèmes d’eau alimentés par les forages artésiens. Néanmoins, les nouveaux élus surtout ceux de la commune de Lokossa semblent désormais accorder une attention particulière, mais dans les faits, aucune action n’a encoreété développée.

Au total, l’adoption de l’approche recherche-action a permis non seulement de mieux identifier les problèmes et surtout de mieux conduire le processus. Aujourd’hui, elle permet d’obtenir les résultats et des effets. Seulement, il faudra rester fidèle à l’approche et suivre rigoureusement les différentes étapes pour plus d’acquis.

Alain TOSSOUNON


Matin Libre

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