Usage des matières plastiques : Un danger pour l’humanité

Usage des matières plastiques : Un danger pour l’humanité

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(Le Consultant en environnement, Gildas Ekpangbo en parle)
«Récipient par excellence», sac ou emballage, les sachets plastiques sont, au Bénin, utilisés en grande quantité. Pratiques et moins coûteux, ces sachets plastiques, pourtant non biodégradables, ont atteint une utilisation «hors norme». Chaque année, entre 500 et 1000 milliards de sachets plastiques sont utilisés dans le monde, selon une enquête de Greenberry. Selon CREPA (2011) au Bénin, l’importation des sachets plastiques avant les années 2000 a progressé de plus d’un million de kilogrammes en quatre ans. Un peu partout dans les grandes villes du pays notamment Cotonou, ils jonchent les sols, les plages, le long des rivières et même dans les arbres. Si la pollution visuelle est la première conséquence, elle n’est que la partie visible de l’iceberg. Les sachets plastiques, Sujet de grande préoccupation, le Consultant en environnement Gildas Ekpangbo, s’est penché sur la question.

Pour Gildas Ekpangbo, Les matières plastiques, au sens le plus large, sont des matériaux organiques constitués de macromolécules et produits par transformation de substances naturelles, ou par synthèse directe, à partir de substances extraites du pétrole, du gaz naturel, du charbon ou d’autres matières minérales. Les matières plastiques se composent des éléments : carbone (C), hydrogène (H), oxygène (O), azote (N), soufre (S), silicium (Si) et beaucoup d’autres composés chimiques toxiques.Selon l’association anglo-saxonne « Reuse it », la planète consomme un million de sacs de caisse par minute, c’est-à-dire 500 milliards par an au bas mot. Les Français et les Belges en utilisent respectivement 17 milliards et 3 milliards par an. Avant l’interdiction faite en 2001, le Taiwan utilisait 16 millions de sacs plastiques par jour. Les quelques statistiques africaines recueillies donnent pour le Maroc 10 525 tonnes de sacs en plastiques et quant au Nigéria avec ses villes « Pure Water » dont Lagos à elle seule, déverse journellement environ 20 millions de sacs plastiques et 70% finissent leur course dans les caniveaux, ruisseaux et l’Océan Atlantique. Aussi légers qu’ils soient, ces sacs se retrouvent dans tous les milieux de vie de la planète. Rues, cours d’eau, forêts et montagnes ne leur échappent. Au total, l’impact de l’utilisation des sacs plastiques sur l’environnement n’est plus à douter. Cet impact environnemental a un effet direct sur la santé des êtres vivants dans le milieu concerné y compris les hommes. Les sacs plastiques sont en effet, une source de pollution considérable, durant tout leur cycle de vie.

Impacts des sachets plastiques

A en croire Gildas Ekpangbo, plusieurs études ont montré que les sachets plastiques, dont la durée de vie varie entre 100 et 400 ans en fonction des conditions, influencent beaucoup le milieu de vie et leurs conséquences énormes et multiples vont de l’environnement à la santé humaine.

Impacts sur l’environnement

Pollution esthétique ou visuelle : Les sacs plastiques une fois utilisés, se retrouvent par centaines de millions dans la nature, très souvent jetés et/ou transportés par le vent. Ils sont un peu partout, dans les grandes villes surtout, où ils jonchent les sols, les plages, le long des rivières et même dans les arbres, entrainant ainsi une dégradation des paysages et une destruction de la biodiversité.

Pollution atmosphérique : Les populations africaines et en particulier celles du Bénin pour réduire les sachets plastiques dans l’environnement procèdent simplement à leur incinération, faute d’infrastructures de recyclage et de traitement de ces déchets : on parle de relargage ou d’émanation. Cette pratique libère du gaz carbonique et de la vapeur d’eau, renforçant l’effet de serre et contribuant ainsi au phénomène de réchauffement climatique qui constitue l’un des problèmes environnementaux majeurs pour lesquels le monde entier se mobilise. De plus, l’incinération de ces sachets plastiques libère dans l’atmosphère des Composés Organiques Volatils (COV) comme le Monoxyde de Carbone (CO) qui est un gaz très toxique et dans certains cas de produits tels les métaux lourds (plomb, cadmium, …) qui servaient à les stabiliser et/ou à les colorer et les Composés Organochlorés (dioxines et furanes). Selon les pompiers, « dix kilos de plastique qui brûlent, font 25 000 mètres cubes de fumées ».

Modification des écosystèmes aquatiques : Les sachets plastiques, dans le milieu aquatique, provoquent une modification des écosystèmes, notamment ceux meiobenthiques. En effet, ils empêchent la lumière, pourtant nécessaire pour la photosynthèse des organismes végétaux, de pénétrer dans l’eau. Conséquence, le développement des plantes aquatiques prend un coup, la vie des animaux herbivores aussi.

Pollution marine : Dans les années 1980, il a été constaté que des milliards de petits fragments de plastiques étaient présents jusque dans l’océan Austral, bien au sud de la convergence antarctique, en mer de Ross. Il en a été trouvé depuis dans toutes les mers du globe. On ignore quels impacts environnementaux ils peuvent avoir à moyen et long terme, en particulier quand ils se dégradent en petites particules. Sur la rive nord de la Méditerranée, au large des grandes agglomérations, les déchets solides, constitués à 75 % de plastiques, infectent les fonds marins.

Menaces sur les animaux et les végétaux : Les plastiques flottants deviennent des déchets marins qui, même dans des zones éloignées tuent des espèces protégées et menacées. La tortue marine, espèce en danger pour l’UICN, s’étouffe avec des sacs plastiques qu’elle prend pour des méduses. Les cétacés et les thons aussi prennent ces sacs comme des proies et les ingèrent. Un autre exemple est celui de nombreux albatros qui meurent, le gésier et l’estomac pleins de dizaines de jouets et objets en plastique (bouchons, morceaux de stylos, gadgets et autres jouets pour enfants, débris de récipients, etc.), qu’ils ont ingéré en mer ou que leurs parents leur ont apportés au nid. Selon une étude publiée en 2011 par l’Institut océanographique de San Diego (Californie), on trouvait en 2009 des morceaux de plastique ingérés dans 1 poisson sur 10 dans le Pacifique Nord, et les poissons vivant aux profondeurs moyennes en ingéreraient 24 000 t/an environ.

Selon le Ministère des Ressources Animales du Burkina, environ 30% de la mortalité du bétail est attribué aux sachets plastiques suite à leur ingestion par les animaux. Au Togo, il a été constaté que des poulets et moutons élevés meurent d’occlusion stomacale après avoir confondu des bouts de plastiques à des vers de terres et à des feuilles.

Outre cela, chez les végétaux, ces sacs plastiques asphyxient les sols et constituent un frein à la croissance végétale favorisant ainsi la désertification.

Inondations : Des recherches ont montré que la mauvaise gestion des sachets plastiques peut également provoquer des inondations, avec le bouchage des conduites d’eau de ruissellement. Et à Cotonou, la capitale économique, cette situation accroît les risques, du fait de l’occupation des passages naturels de l’eau par les habitations.

Glissement de terrain : Forts de leurs longévités, les sachets plastiques s’accumulent dans le sol pour former des couches successives. Le sol devient donc instable et il en résulte des glissements de terrain comme ce fut le cas dans nombres de pays du tiers monde où on a eu à déplorer des morts.

Pénurie d’eau : Il faut noter en outre que les sachets plastiques sont aussi en partie responsables de la pénurie d’eau. L’explication nous permet d’affirmer que l’assèchement des puits et forages est aussi la conséquence d’une mauvaise gestion des plastiques usagers qui, enfouis sous le sable, empêchent l’eau de s’infiltrer dans le sol pour atteindre les nappes phréatiques.

Impacts sur la santé humaine

Problèmes de reproduction : Des substances chimiques, en particulier présentes dans le plastique, seraient « au premier rang des accusés » de la chute de la qualité des spermatozoïdes (réduite de 50 % depuis 1950) et des maladies liées à l’appareil génital à travers les perturbateurs endocriniens. Les principaux composés incriminés sont les phtalates et le bisphénol A (BPA), deux substances présentes dans certaines matières plastiques. De plus, parmi les additifs les plus controversés figure encore le bisphénol A, très présent dans les plastiques alimentaires et notamment dans 90 % des biberons en 2008. Le BPA est soupçonné d’être un perturbateur endocrinien. Au Canada, tous les biberons contenant du BPA ont été retirés du marché, en application du principe de précaution.

Diabète et maladie cardiovasculaire : L’Association médicale américaine a publié en octobre 2008, une étude concluant qu’une hausse de la concentration de BPA dans l’urine augmentait de 39 % les risques de diabète et de maladie cardiovasculaire.
Cancer et malformation : «La fumée produite par l’incinération des sachets plastiques contient des dioxines cancérigènes», fait remarquer un spécialiste de la santé humaine qui précise que les sachets plastiques provoquent le cancer. En effet, ce gaz toxique s’attaque aux poumons ou aux hormones provoquant ainsi des cancers et des malformations chez les nouveaux nés.

Paludisme : La stagnation des eaux de pluie provoquée par les plastiques jetés au sol crée des gîtes larvaires pour les moustiques d’où la prolifération du paludisme, une maladie tropicale qui tue un enfant tous les jours dans en Afrique.
Maladies diarrhéiques : Le dépôt des sachets plastiques dans les caniveaux est un obstacle à l’écoulement des eaux. Il en résulte une situation d’insalubrité qui est une porte ouverte aux maladies diarrhéiques, notamment le choléra.
Intoxication alimentaire : Nos plats n’échappent pas non plus aux effets néfastes des sacs plastiques. L’utilisation sur diverses formes des sacs plastiques n’est point un secret pour personne pour offrir des mets ‘’plus présentables’’. Les feuilles de teck, de banane et autres ont disparu de nos plats et marmites au profit des sacs plastiques dans la préparation de manioc, du riz, du «Ablo » et également pour l’emballage de nos ‘’plats à emporter ‘’ de divers mets aux abords de nos voies. L’ingestion de tels repas provoque parfois des troubles digestifs dus à la toxicité engendrée par ces sacs plastiques surchauffés. En effet, les éléments toxiques contenus dans les sacs plastiques, ont la capacité de migrer vers les denrées alimentaires, surtout «quand les aliments sont chauds», précise une étude.

Quel comportement adopter face à ce tableau sombre ?
Comportements à adopter
Selon le consultant Gildas Ekpangbo, pour éviter les affres liés à l’utilisation des matières plastiques, il faut limiter la consommation en matières plastiques non biodégradable, Eviter de les jeter aux abords des voies, dans les caniveaux mais plutôt dans des endroits indiqués pour faciliter la collecte et le recyclage, Eviter le contact de la nourriture avec le plastique surtout les sachets plastiques, Utiliser comme alternative, des sacs en tissu naturel (coton, raphia, etc.) ou encore des paniers de vannerie qui sont tous réutilisables et plus économiques, de brûler les sachets plastiques pour faire le feu de cuisine . Le consultant propose également la légifération pour éliminer ou atténuer les impacts des sachets plastiques au Bénin et la promotion des emballages alternatifs.

Matin Libre

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