Respect strict du calendrier scolaire au Bénin : De la nivaquine dans...

Respect strict du calendrier scolaire au Bénin : De la nivaquine dans la bouche des enseignants et enseignés

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(Déjà les vacances au secondaire, le primaire tente péniblement de s’y conformer)
C’est à travers une lettre circulaire que le Ministre des enseignements maternel et primaire (Memp) a appelé les chefs d’établissements scolaires au respect strict du calendrier scolaire. Ceci, conformément à l’arrêté interministériel N°Mesftprij/memp/Dc/Sgm/Igpm/Desg/Det/Dep/Dem/Ddemp/Sa du 15 décembre 2015 qui stipule que l’année scolaire 2015-2016 couvre la période du 05 octobre 2015 au 29 juillet 2016 inclus. Mais l’applicabilité de cette décision est-elle effective ? Etant déjà habituées à fermer les portes pour les grandes vacances juste après l’examen du Certificat d’études primaires (Cep), les écoles ont du mal à se conformer à cette décision de l’autorité ministérielle.

Des écoliers se pourchassant dans la cour de l’école, d’autres allongés sous des arbres se racontant des histoires, certains, sous la houlette de leur maitre, apprennent encore à faire la lecture ou des exercices de mathématiques, les instituteurs absents dans leur majorité, les portes de plusieurs directions et de salles de classes hermétiquement fermées… C’est le visage que présentent actuellement les écoles primaires publiques dans notre pays. Si dans quelques écoles, les activités pédagogiques se poursuivent encore quelques jours après l’examen du Cep, elles prennent généralement fin bien avant. Un phénomène récurrent qui, selon l’autorité ministérielle, relève de la mauvaise gestion du temps scolaire, créant des manque-à-gagner pour les apprenants. En tout cas, cette injonction relative au respect strict  du calendrier scolaire est perçue comme de la nivaquine dans la bouche des enseignants et enseignés. Elle est simplement difficile à avaler mais on tente péniblement de s’y conformer.« Nous ne pouvons pas dire que nous n’y trouvions pas de contraintes du moment que nous ne sommes pas habitués », a laissé entendre Nicolas Godonou, Directeur du Groupe D/Epp Agbalilamè, une école située dans la commune de Sèmè-Podji. Ici, tout semble être désert ! La plupart des salles de classes sont fermées et une seule direction sur les  quatre dont dispose l’école est ouverte. Les instituteurs semblent bien décidés à braver la décision de l’autorité qui, visiblement, serait venue bouleverser les habitudes dans le monde éducatif. Dans une salle un peu en retrait, un instituteur apprend aux écoliers à faire des exercices de conversion. La salle est bien pleine. « Il y a des élèves de la classe de CM2, de CE2 et de CE1 dans la classe. Je les garde ensemble car leurs maitres ne sont pas là et je ne peux les laisser dans la cour »,nous a expliqué le jeune instituteur. Un peu plus loin, c’est une projection de film qui préoccupe instituteurs et écoliers. Ils accourent de gauche à droite, balayant la salle et déplaçant les bancs et tables. Approchée, l’institutrice en charge des enfants du Cours d’initiation nous confie ceci : « Les membres du Centre de promotion sociale veulent nous montrer un film qui va intéresser et éduquer nos enfants. Vous avez vu comment les enfants sont en joie dedans ! ». Voilà donc une autre façon d’occuper les enfants surtout que la plupart des programmes est achevée bien avant l’examen du Cep. « On a entamé des révisions pour voir si les enfants avaient bien assimilé entre temps les leçons », affirme Hounkpatin Mireille, Directrice de l’Epp Davatin/C, suite à notre question de savoir ce que viennent faire désormais les enfants à l’école. Selon ses dires, les enfants ont cessé de venir juste après les résultats du Cep.

Epp Dandji 2, Epp Tanto, Epp Suru-léré, Eppsikè 3/B : Plus rien !!!

Dans ces écoles, les enfants ainsi que la plupart des instituteurs sont bel et bien déjà en vacances. Ces derniers jours, les portes sont restées fermées et les apprenants ne songent même plus à aller à l’école. Comme leurs camarades des écoles privées, ils passent déjà, dans les rues, de très bons moments de vacances ! La décision de l’autorité ministérielle est simplement encore loin d’être suivie.

Au secondaire, place est faite déjà aux cours de renforcement et de vacances…

Il y a longtemps que les élèves du cours secondaire ont déposé cahier et bic pour jouir de bons moments de vacances. Le constat fait, après notre descente dans plusieurs collèges d’enseignement général, est surprenant voire stupéfiant. En effet, les portails sont fermés excepté les établissements qui accueillent déjà les élèves pour les cours de vacances et de renforcement. Ici, encore, on a préféré défier le gouvernement en se passant de ces injonctions faites. Même si l’échec de la décision était prévisible pour des raisons diverses, on s’attendait tout de même à un effort de respect du calendrier scolaire.

Qui pour s’assurer du respect de la décision ?

La question reste toute posée et a tout son sens au regard des dispositions annoncées par le ministre pour veiller au respect strict du calendrier scolaire dans les écoles. En référence à la lettre circulaire, il aurait été notifié au Ddemp, Réseau d’animations pédagogiques, les inspecteurs pédagogiques et aux directeurs d’écoles à veiller au respect strict du calendrier scolaire. Interrogés, les instituteurs encore présents dans les écoles ont confié n’avoir reçu depuis la fin de l’examen du Cep, aucune équipe d’inspection pédagogique. Toute chose qui laisse à méditer sur ce que l’on dit et ce que l’on fait dans cette République. De toutes les façons, des écoles ont déjà fermé et celles qui tentent de se conformer à la décision ne le font pas sans contraintes ni complaisance.

Quelques interventions

Hounkpatin Mireille, Directrice EppDavatin/C
« Cette décision est la bienvenue puisque l’école démarre à une date précise et prend fin à une date précise qu’est le 29 juillet prochain. Ça ne nous a pas surpris. Les enfants viennent toujours mais pas en grand nombre car les parents ne sont pas tellement sensibilisés. Nous avons fait de notre mieux pour maintenir les enfants à l’école. Après le Cep, les parents retirent les enfants. Les classes de Cm2, j’ai été surpris qu’après l’affichage des résultats, plus aucun apprenant ne vient… »

Koukoui Toussaint : Instituteur
« La décision nous a surpris à un moment donné ! D’habitude après le Cep, tout est fini. Le fait qu’on ait proclamé les résultats du Cep agit sur la fréquentation des apprenants à l’école. Bien qu’on ait retardé les évaluations, il y a toujours qui ne viennent plus ».


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