Remous dans les secteurs enseignement et santé : La fin de l’état...

Remous dans les secteurs enseignement et santé : La fin de l’état de grâce pour Patrice Talon

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Le 03 octobre 2016, c’est la rentrée des classes sur toute l’étendue du territoire national. Si le principe d’une rentrée effective semble être acquis pour la plupart des centrales et confédérations syndicales, l’année scolaire risque tout de même d’être perturbée eu égard à la sortie médiatique, lundi 26 septembre 2016, du secrétaire général de la Confédération syndicale des travailleurs du Bénin (Cstb) qui pose un certain nombre de conditions. Dans le secteur de la santé, l’Intersyndicale des ressources humaines en Santé (Irhs) par la voix de son secrétaire général Adolphe Houssou annonce une grève de 48h par semaine à compter du mardi 04 octobre 2016.

06 avril 2016-06 octobre 2016 ! Dans quelques jours, cela fera 6 mois que le gouvernement de la Rupture a pris les brides du cheval Bénin. Le calme plat observé depuis du côté des centrales syndicales est en train de céder la place à une grogne de plus en plus persistante. L’enseignement et la santé, deux secteurs sensibles ont donné rendez-vous les jours à venir au régime de la Rupture. Aux revendications déjà sur la table, viennent s’ajouter des décisions et comportements qui enveniment la situation. Et la grève, l’ultime arme à laquelle les syndicats ont recours,est déjà évoquée pour obliger le gouvernement de la Rupture à revoir sa politique vis-à-vis des partenaires sociaux. Ainsi, c’est la fin de la période de grâce pour les syndicalistes qui avaient nourri beaucoup d’espoir à l’avènement du Nouveau départ. Eux, qui disaient avoir été malmenés sous le Changement et la Refondation, voyaient en la Rupture le régime venu pour leur essuyer les larmes. Deux mois, trois mois, cinq mois ont passé mais rien de concret à se mettre sous la dent, si ce n’est la signature en août dernier de la Charte nationale sur le dialogue social. Pis, des comportements quine concourent pas à un climat social apaisé sont enregistrés de la part de certains ministres du gouvernement du Nouveau départ. Seule à ne pas signer la Charte de dialogue social, la Cstb de Paul Essè Iko annonce que les conditions d’une année scolaire apaisée ne sont pas réunies. On en déduit aisément que si cela ne tenait qu’à elle seule, la rentrée du 03 octobre prochain n’aura pas lieu. L’Intersyndicale des ressources humaines de la santé est allée encore plus loin en annonçant le débrayage dans les hôpitaux et centres de santé publics à compter de mardi prochain.

Les sources du mécontentement à la Cstb

Il est vrai qu’aucun gouvernement ne pourra jamais apurer la liste des revendications des organisations syndicales. Tellement elle s’allonge d’année en année.  Mais aux doléances en instance qui n’ont pas encore trouvé satisfaction, viennent s’ajouter de nouvelles nées de la gestion du pouvoir par le gouvernement de la Rupture. Ainsi, la réduction de la carte universitaire, l’invalidation de l’année à la Flash, la suspension d’étudiants, la ligne rouge du préfet Toboula et la récente décision du limogeage de 618 directeurs d’école pour insuffisance de résultat, ne sont pas du goût de la Cstb. Elles viennent s’ajouter aux malaises de l’école béninoise dont  Paul Essè Iko et les siens tiennent pour responsables, l’Approche par compétence (Apc) et le système Licence, master doctorat (Lmd) sans oublier le problème des milliers d’enseignants contractuels, communautaires sans contrat depuis 10 ans, la sortie des actes de milliers d’enseignants, le recrutement d’enseignants pour suppléer aux départs à la retraite, le problème des vacataires qui constituent 80% de l’effectif des enseignants. Le gouvernement Talon devra donc, pour éviter que l’année scolaire soit secouée par des grèves perlées, trouver une solution à ces problèmes qui constituent pour la Cstb des préalables. Mais si les travailleurs peuvent accepter que le nouveau régime prenne du temps à satisfaire les revendications en instance avant son arrivée, ils n’auront certainement pas la même patience quand il s’agit pour l’Etat de revoir sa copie s’agissant des décisions prises en 6 mois de pouvoir et qui ne satisfont pas les travailleurs. Là-dessus, Patrice Talon devra prouver sa bonne fois si tant est qu’il tient à une année scolaire apaisée.

Santé : Urgence d’éviter le spectre de 2010

Dans le domaine de la santé, l’Intersyndicale des ressources humaines en santé sonne la fin du délai de grâce. Invité sur Canal 3 lundi dernier, Adolphe Houssou annonce le débrayage dans les centres de santé et hôpitaux publics les mardi 04 et mercredi 05 octobre prochains. 48h de grève chaque semaine qui peut aller à 72h voire 96h par semaine si le gouvernement ne va pas avec l’Irhs à la table de négociation. Ici aussi, il y a des comportements qui fâchent et qui ont amené les travailleurs à durcir le ton. Selon le secrétaire général Adolph Houssou, c’est depuis le 20 septembre dernier que l’Irhs a déposé une demande d’audience auprès du Ministre de l’économie et des finances, du Ministre de la fonction publique et du Chef de l’Etat lui-même pour porter à leur connaissance les revendications en instance. Mais à ce jour, aucune des autorités n’a daigné donner une réponse à leur requête. Cela n’a fait que renforcer les syndicalistes de la santé dans l’idée que le dialogue social est la dernière préoccupation du régime en place. Pourtant, dans ce secteur aussi sensible, des revendications datent de 2007 et ont conduit en 2010 à un arrêt de travail sans service minimum. Point n’est besoin de rappeler le nombre de décès enregistrés en cette période. La situation était devenue critique et a suscité un tollé général. Mais pour autant, les revendications des travailleurs du secteur de la santé n’avaient connu un heureux aboutissement. Face à l’indignation générale suite aux morts  qui se multipliaient, l’Irhs a dû interrompre son mouvement. Aujourd’hui les doléances d’alors que sont : le paiement des arriérés de salaires aux agents du secteur de la santé ;la correction de la disparité concernant l’indemnité de logement aux personnels administratifs et paramédicaux ;le paiement de la prime de motivation  et la poursuite des travaux de reversement dans le secteur de la santé, sont toujours d’actualité. A tort ou à raison, les syndicalistes de la santé ont pensé qu’avec l’arrivée du Nouveau départ, c’est le moment de régler une fois pour toute ces questions qui fâchent. Mais avec le silence de plus en plus pesant des autorités à qui l’intersyndicale a demandé une audience, Adolphe Houssou et les siens se rendent à l’évidence que comme sous Yayi, le seul langage que les autorités comprennent, est la grève. Assisterons-nous les jours à venir à un 2010 bis ? La balle est dans le camp du gouvernement de la Rupture qui devra maintenant se décider à aller au charbon et attaquer les vrais problèmes de la République. Exit  l’état de grâce !

Bertrand HOUANHO


Matin Libre

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