Réformes dans l’administration publique – Les journées de travail continues : ...

Réformes dans l’administration publique – Les journées de travail continues : un sujet diversement apprécié

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De la rumeur à la vraie information à l’ère des réseaux sociaux, le pas est vite franchi quand on sait que parfois, ça part du ballon d’essai pour devenir réalité. Retour ou non des Journées continues de travail dans l’administration publique ? Le débat fait couler beaucoup d’encre et de salive même si nulle part dans son projet de société, le candidat Patrice Talon, aujourd’hui président de la République n’en a fait mention. Aussi, de sources très proches de la Commission chargée des réformes institutionnelles et constitutionnelles, ce point n’est pas inscrit dans le rapport à déposer très bientôt. Cependant, pendant que le régime de la Rupture bat toutes les cartes pour atteindre ses objectifs, la réforme ne va-t-elle pas être introduite sous une autre forme, en conseil des ministres ? De toutes les façons, le sujet taraude les esprits, et à propos, les Béninois expriment leurs avis. En dépit de ce que les journées continues sont effectives dans certaines structures privées, notamment les écoles, certains travailleurs y voient plutôt un  projet mort-né au cas où on voudra le généraliser.

Francisco Fafolahan est Inspecteur du travail et spécialiste en Gestion des ressources humaines. Sur la question, il a d’abord procédé à la clarification conceptuelle avant de se prononcer sur les conséquences d’une éventuelle réforme.
 
Que faut-il comprendre par la journée de travail en  continu ?

La journée de travail en continu est un mode particulier d’organisation du temps de travail. Le principal critère permettant de distinguer une journée ordinaire de travail et une journée de travail en continu tient à la durée de la pause. Celle-ci est réduite, passant de  2h30 à 1h. La journée de travail en continu n’affecte pas la durée légale du travail journalier qui est de 8h.

Quelles conséquences cette réforme pourra-t-elle avoir sur l’administration ?

Les conséquences ne devraient pas être attendues uniquement par rapport à l’administration. Cette décision aura des conséquences considérables sur l’organisation générale de la vie sociale. Tenez, les horaires de travail dans les entreprises privées s’inspirent de celui de l’administration. Ainsi, à l’exception de quelques organisations internationales appliquant déjà un horaire spécifique, le rythme de vie sociale se réaménagera suivant ce nouveau mode d’organisation du travail.

Il est raisonnable d’anticiper à court terme, des conséquences de cette réforme sur la performance même de l’administration. D’une part, la réduction de la durée de la pause pourrait effectivement entraîner une concentration de l’action des agents publics sur une période de temps limitée. De ce fait, celui-ci serait davantage enclin à se focaliser davantage, sans interruption, sur ses dossiers. D’autre part, la durée de la présence dans les services publics étant réduite, il s’en suivra un allègement important des charges publiques (consommation d’électricité, notamment).

En revanche, la courte durée de la pause est de nature à favoriser les retards au travail. Des écarts de 15 à 30 minutes peuvent déjà être notés alors même que la durée actuelle de la pause est de 2h30. Il ne faut non plus occulter le facteur lié au climat du Bénin. Les pics de chaleurs apparaissent dans le créneau actuellement réservé à la pause. On peut craindre un certain engourdissement des fonctionnaires appelés à travailler justement à ce moment critique. D’autre part, des agents au travail, à l’heure la forte chaleur invite à la somnolence. On pourrait également s’interroger sur la concentration des élèves amenés à suivre des enseignements plus de temps qu’ils n’y sont habitués.

A moyen et long termes des conséquences certaines se ressentiront sur des aspects de la vie quotidienne comme le transport urbain, le mode de restauration, l’activité économique, etc.

Le travailleur pourra-t-il s’épanouir ?

L’épanouissement du travailleur semble être le principal argument soulevé par le directeur général de la réforme de l’Etat. De notre point de vue, il semble moins décisif que la recherche de la performance de l’administration publique. Néanmoins, il est indéniable qu’une telle réforme est de nature à améliorer la qualité de vie des agents publics, et ce pour plusieurs raisons. En l’état actuel, les agents  consacrent plus de 11h par jour à leur emploi, en prenant en compte le temps de pause pendant lequel ils demeurent à leur service et le temps de trajet entre leur domicile et leurs services. La réforme contribuera à augmenter le temps qu’ils pourront réserver aux activités personnelles. Ce temps ainsi dégagé sera consacré à divers fins : animer la vie familiale, s’investir davantage dans l’éducation des enfants, participer à des activités associatives, etc. il faut craindre cependant que les agents de l’Etat s’investissent dans des activités économiques parallèlement à leurs fonctions. La conséquence déloyale qui en sera pourra nuire au dynamisme de l’économie

En définitive, cette réforme comporte aussi bien des aspects positifs que négatifs. La  décision du directeur général de la réforme de l’Etat d’effectuer des consultations auprès de certains Etats africains (Mali, Burkina Faso, Gabon…) qui en font l’expérience avant de prendre une décision définitive apparaît comme la meilleure option.  

Propos recueillis par A.S

Julie Hodonou: Elève  en 1ère G2 au complexe scolaire Ste félicité

« Moi, ça ne m’arrange pas. Ce n’est pas une bonne idée. Les cours seront surchargés. Il y aura une baisse de niveau. En plus, si on doit faire les cours à 12h, c’est plus grave voire dangereux ».
 
Viviane  Amoussou : Elève en 3ème au complexe scolaire Ruisseau

« Ça m’arrange. On aura le temps de bien réviser les cours. Quand tu rentres à 15h, tu te reposes un peu et puis au réveil, tu auras le temps de bien apprendre ».
 
Mirabelle Houefa K : Institutrice au complexe scolaire Platon

« C’est une bonne idée. D’habitude, on a constaté que les après-midi, les enfants sont en proie à la somnolence. Alors que les matins, ils sont éveillés. Cette réforme permettra aussi aux enseignants de disposer d’assez de temps pour vaquer à d’autres occupations ».

Sosthène Kpèhoun : professeur de français au Ceg Bonou/Porto-Novo

« Cette réforme sera la bienvenue. Mais l’Etat doit doter les collèges d’infra-structures mobiliers. Le manque de salles (classes volantes) fait qu’on doit traîner les cours. Par ailleurs, cette réforme agira aussi sur la bourse des vacataires ».

Propos recueillis par C.K

Noel Chadaré, Enseignant-Syndicaliste, Secrétaire général/Cosi-Bénin
 « Ce n’est pas la panacée »
 
Ce n’est pas la panacée ! Ce n’est pas parce qu’on parle de la Rupture qu’il faut changer tout. La Rupture n’est pas synonyme de tout changer. Il y a des choses qui sont bonnes et il y a des choses qui sont mauvaises. Ce sont ces choses-là qu’il faut changer. Moi, je ne sais pas pourquoi on veut revoir les horaires de travail sans même en discuter avec les partenaires sociaux que nous sommes. On en parle pas avec les secrétaires généraux des centrales syndicales et on est en train de lancer l’idée dans la population comme cela. Mais avant d’aller  dans cette direction, il faut évaluer ce qui a été fait parce que cela s’est passé déjà dans ce pays. Il y a déjà eu ces journées sous la révolution et on n’a pas évalué pour savoir pourquoi on a laissé tomber ! Si cela marchait, pourquoi on avait laissé tomber ? Il faut en discuter avec les partenaires qui sont d’abord, les premiers concernés. On nous jette çà en face comme ça ! Donc, ce n’est pas une panacée car ce n’est pas parce qu’on parle de Rupture qu’il faut tout changer. J’ai l’impression qu’on confond vitesse et précipitation dans tout ce qu’on fait et c’est dommage ! Il faut murir et évaluer la période où on a expérimenté cela. Qu’est-ce qui a été fait ? Qu’est-ce qui a été mauvais ? Quel est le contenu qu’on va y mettre ? Encore une fois, je dis ce n’est pas une panacée. Quand on veut réformer, cela ne vient pas de là-haut. La gouvernance doit être inclusive. Si elle n’est pas inclusive, les centrales ne sont pas informées et çà nous descend du haut comme cela, ce sera une pilule difficile à avaler. Nous, on ne peut pas accepter qu’un dictat s’impose à nous. Nous ne permettrons pas cela ! On ne fait pas le bonheur de quelqu’un contre sa volonté. Les travailleurs sont les premiers concernés, il faut échanger avec eux. A priori, on n’est pas opposé à cela mais en même temps on n’est pas pour car nous n’avons pas les mêmes habitudes que ces pays où la mesure s’observe déjà. Le Béninois mange très peu le matin mais copieusement à midi. Ils sont lourds et ils ont besoin donc de se reposer avant de continuer. Or dans les pays européens, le matin, ils mangent bien et à midi, ils cassent la croute. Donc ils ont des habitudes que nous n’avons pas. On ne réforme pas parce qu’il faut réformer. On réforme à partir d’une évaluation. Et si on veut les faire passer comment on est en train de l’entendre, ce sera une pilule difficile à faire avaler!

Jean de Capustron, Directeur-fondateur du Cs Gloria Dei de Sekandji :
« On nous a habitués à la paresse de la France »
 
La chose, je l’ai expérimenté. Je l’ai vu faire ailleurs, en côte d’ivoire, à l’école française de Kourougou. J’en ai vu faire au Ghana et ici au Bénin, j’en ai vu avec les écoles anglaises. Les ivoiriens, les ghanéens, les américains n’ont pas deux cerveaux. Ils pratiquent le même système mais nous, on nous a habitués à la paresse de la France où il faut d’abord aller faire de la sieste et revenir. Nous sommes un pays pauvre et dans les pays développés, les gens continuent de se battre, ne se reposent pas. En Allemagne, les gens travaillent et finissent à 15h ou à 16h. Mais ici, nous qui avons tout à reprendre pour booster le développement de notre pays, il faut aller d’abord faire la sieste puis on revient à 15h. On donne ainsi le temps aux enfants de se promener puisque les parents ne sont pas à la maison. Les enfants s’amusent et certains viennent en retard parce qu’ils ont trop dormi. Pire, c’est que quand ils viennent dans l’après-midi, c’est pour dormir en salle. Moi j’ai surpris même des enseignants dormir dans l’après-midi. Ceci étant, nous avons opté pour cela au Cs Gloria Dei et ça nous donne les résultats que nous avions jusque-là. Mais de malins individus sont allés se plaindre au Chef de la Circonscription scolaire que nous ne respectons pas l’ordre public. Ces promoteurs d’écoles sont allés à la Ddemp pour faire pression et on m’a obligé à revenir aux horaires habituels. Mais je leur ai dit que je le ferai uniquement au primaire. Au secondaire, nous travaillons de 7h à 14h30  avec une recréation à 10h et à midi. Quand l’élève rentre à 14h30, il ne peut pas revenir le lendemain matin pour dire qu’il n’a pas appris ses leçons. Ils ont le temps d’aller au sport. Comme ça, à la maison, ils ont le temps d’étudier. Il y en a qui sont inscris dans des écoles de foot. Jusqu’à maintenant, ça me permet d’être en tête dans la commune de Sèmè-Podji, nous sommes les premiers. Sur les trois dernières années, nous sommes premiers du Bepc dans la commune et 2ème du Bénin dans notre catégorie. Au Baccalauréat également, on a été les premiers dans les séries D et G1. C’est un bon système ! Il faut exploiter les heures fraiches. C’est vrai qu’à partir de midi, il fait un peu chaud mais nous mettons à ces heures, les cours sur la musique, l’informatique… Si la réforme doit être une réussite, cela dépendra des gouvernants. On a déjà expérimenté cela au temps de la révolution mais comme les gens ont tout fait pour mettre les bâtons dans les roues du gouvernement. Les parents seraient plus libres pour suivre désormais les enfants. C’est autant bon pour le système scolaire que pour la société elle-même et aussi pour la cellule sociale qu’est la famille.

Hermann Kpossou, Secrétaire général du Syndicat national pour le rayonnement de l’enseignement secondaire (Synpres-Bénin)  
« C’est une bonne trouvaille »
 
C’est une bonne trouvaille parce que travailler tous les jours du matin jusqu’au soir, ce n’est toujours pas bien. A l’instar de ce qui se fait dans des pays de la sous-région, des pays développés, il est très bon d’adopter cette méthode qui consiste à travailler dans la matinée jusqu’à 14h ou 15h. Faut-il le rappeler, il faut huit heures de travail par jour. Cela permettra surtout aux parents, fonctionnaires de se concentrer sur le travail dans un premier temps et disposer du temps pour s’occuper d’eux-mêmes, et surtout de vite rentrer parce que nous n’avons pas assez de voies ici au Bénin. Car pour renter à partir de 18h30, c’est tout un calvaire et vos enfants s’endorment souvent avant que vous ne veniez. Le lendemain matin, il faudra encore quitter tôt et on ne s’occupe plus correctement de sa famille. On travaille pour l’Etat dans la matinée et la soirée, on la consacre à des recherches personnelles ou autres activités. Mais ce qui est aberrant dans l’enseignement est que plusieurs enseignants, les reversés de 2008 sont toujours au même salaire. Il faudrait améliorer d’abord leurs conditions de vie et de travail. On peut faire les cours du matin au soir ou en journée continue, les résultats seront les mêmes s’il n’y a pas de motivation.

Propos recueillis par A.B

Placide Clédjo, Enseignant de Géographie à l’Université
«… revenir aux journées continues, on va subir les mêmes choses »

On a déjà essayé ça entre temps et ça n’a pas marché. Pourquoi on veut ramener cela ? Même si nous sommes en 2016, c’est les mêmes qui sont là. Le Béninois n’a pas changé. Il a une force terrible. C’est la faculté d’interpréter les textes. Le Béninois est très fort dedans. Quel que soit le texte que vous allez mettre en place, le Béninois lui, en six mois il contourne (…). Donc revenir aux journées continues, on va subir les mêmes choses.

Transcription : J.B (Emission Zone franche Canal 3 Bénin, 12/06/16)

Madame Gisèle en service au ministère de la Fonction publique

« C’est une bonne idée de faire le service des journées continues. Les femmes au foyer vont souffler  un peu, car il faut quitter le service à 18h30 et aller s’occuper encore de la cuisine. Cette réforme vient donc à point nommé. Si elle était effective, elle aiderait les femmes à concilier foyer, ménage et service. Mais j’aurais appris que le travail doit commencer à 7heures. Moi je suis nourrice, et laisser mon bébé à cette heure-là pour aller au boulot me serait difficile. Donc il faut trouver la formule permettre à tous les travailleurs de jouir des avantages de cette réforme».

Th. A

Kuessi Yehouenou, Secrétaire des servicesjudiciaires/Tribunal d’Abomey-Calavi
 
« J’approuve cette initiative du gouvernement en ce sens qu’elle permet aux fonctionnaires de vaquer à d’autres occupations dans l’après-midi. Les parents auront également le temps de mieux s’occuper de leurs enfants. Cependant il  y a des fonctionnaires qui quittent très loin pour aller au service à Cotonou. Celui qui doit aller au service à 7 heures doit  quitter la maison à 6 heures. Et vu l’insécurité grandissant dans le pays, cela présente de risques pour les travailleurs. J’aurais donc souhaité de que le service démarre à 8heures ».

Th. A

Matin Libre

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  1. A propos des dclarations du magistrat Adjaka, est ce le gouvernement qui execute la sentence comme c est le cas de la tenue de l AG de CONOR o le gouvernement ne doit s impliquer.Est le gouvernement ou le juge qui le fait en exigeant le l Etat des moyens?.dans ce cas est le tribunal classique qui le fait ou un tribunal special ou specialis

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