Réforme de la gestion sociale et une politique de solidarité nationale:L’attente effective...

Réforme de la gestion sociale et une politique de solidarité nationale:L’attente effective du peuple

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Soyons honnêtes avec le menu peuple. Réforme des institutions par ci, réforme du système éducatif par là et ce sera, probablement ainsi, à la queue leu leu, le défilé des réformes des instances administratives et politiques. Intellectuels et politiques nagent, à plaisir, dans ce marigot. Mais où est donc passé le peuple dans tout cela ?

Il parait évident qu’aucun chef d’Etat ne peut diriger un pays et viser la bonne gouvernance sans des institutions fiables qui répondent aux besoins des temps actuels et, le cas échéant, aux aspirations du peuple qu’il a la charge de conduire. Il ne fait aucun doute que, c’est principalement sa détermination de rompre avec l’ancienne politique et notamment, sa promesse de réformer les institutions de l’Etat, qui a ouvert la voie de la Présidence de la République à Monsieur Talon. L’on comprend aisément, alors, que parmi ses préoccupations des premières heures, figure celle de la constitution d’une commission pour approfondir le sujet, et lui permettre ainsi d’honorer cet engagement central de sa plateforme électorale. Mais une réforme peut en requérir une autre de plus grande importance et les réformes à caractère institutionnel ne devraient pas occulter celle impérative de l’amélioration du cadre de vie des citoyens ordinaires certes, électeurs néanmoins.

Au reste, il faudrait bien convenir, et c’est lapalissade, qu’accompagnant ses idées, ce sont des citoyens en chair et en os, parmi lesquels les plus démunis, les oubliés et les laissés-pour-compte, qui, avec grande conviction et espoir d’un lendemain meilleur – car c’est ainsi qu’eux comprennent les réformes- sont allés déposer leurs bulletins de vote dans les urnes en faveur de l’actuel Chef de l’Etat. Le candidat de la continuité, caracolait alors en tête des sondages et était donné pour vainqueur incontesté, tandis que le peuple en avait décidé autrement en changeant le cours des évènements. Il a désavoué et affronté les caciques de l’ancien système pour confier les rênes du pouvoir à Monsieur Talon ; il mérite bien qu’on lui retourne l’ascenseur. Nous savons bien que l’on ne peut changer d’emblée le niveau de vie des gens, par la magie de la constitution d’un comité ad hoc et d’un référendum, à l’inverse de ce qui pourrait être fait, de cette manière, en matière de réforme des institutions. Nous savons, en revanche, que cette période de Rupture est la plus favorable à la définition d’orientations innovantes dans la politique sociale menée jusqu’alors si tant est qu’il y en ait jamais eu de cohérent. Peut-être serait-ce simple équité, que le Chef de l’Etat commette, également, une commission pour étudier et lui proposer, au grand bonheur du peuple, une politique de justice sociale. Une nouvelle conscience des choses s’impose ; une politique de solidarité nationale s’impose.

. La nécessaire
politique de solidarité

Promouvoir ou tout au moins insuffler l’esprit d’une solidarité nationale ; pourquoi donc et pour quoi faire ? La réalité, c’est que nous sommes un pays de grands décalages sociaux. La fortune d’un tout petit nombre côtoie et passe, sans plus y faire attention, au travers de la misère du plus grand nombre et des tourments d’une classe moyenne qui peine à se consolider. L’on ne peut, sinon parvenir à un certain équilibre, du moins amoindrir cette situation, que par une politique de solidarité nationale ; et l’esprit de solidarité est implicitement exprimé dans notre devise par le premier des trois éléments qui le constituent : fraternité. En fait, les deux notions sont interdépendantes dans la gestion d’une société constituée d’inégalités comme la nôtre.

La fraternité vise la concorde des peuples et parait, tout compte fait, une notion statique, c’est un état d’âme, un sentiment et une aspiration de jonction des peuples qui a besoin, pour se réaliser, d’être animée, drainée et entretenue par le vecteur sociologique qu’est la solidarité ; sans solidarité, à quelque titre, il ne saurait y avoir manifestation concrète de fraternité. Moyen de jonction des peuples, la solidarité, ne peut à son tour se mettre en action sans l’esprit et le sentiment sous-jacent d’appartenance à une même société qu’est la fraternité. La solidarité renforce ainsi l’idéal patriotique tout en maintenant le sentiment de l’union par l’entraide. Les deux notions sont donc intimement liées dans une gestion conséquente des affaires publiques avec la particularité que la solidarité est facteur de développement. La fraternité rassemble mais elle ne construit pas ; c’est la solidarité qui construit. Mais sommes-nous moralement et sociologiquement préparés à une politique de solidarité nationale ?

Prédispositions de notre mental à une politique de solidarité nationale

Lorsqu’en culture traditionnelle, nous sympathisons avec quelqu’un dans les liens des épreuves de la vie, nous sommes dans le cadre de la fraternité, il est vrai, mais lorsque nous lui venons en aide en cotisant, nous tombons dans celui de la solidarité. Cela, nous savons déjà le faire et c’est le soubassement même de la politique de solidarité nationale.
Lorsque nous participons à une tontine, nous faisons montre de solidarité. La solidarité devient ainsi et déjà à ce stade, facteur de développement économique et source de mobilisation de crédits. Outre son rôle de support de la fraternité, la solidarité renferme donc sa propre valeur intrinsèque : elle est porteuse de développement.
Lorsque nous quittons le cadre des familles et des regroupements pour nous positionner sur une échelle nationale, la solidarité se modernise, s’institutionnalise et se légalise. C’est en raison de cette solidarité moderne que la puissance publique enjoint le citoyen propriétaire de véhicule, de souscrire une police d’assurance en responsabilité civile sur sa voiture et que ce dernier accepte de n’en être pas remboursé, même si au cours de plusieurs années il n’a fait l’objet d’aucun sinistre. Cette forme de solidarité est aujourd’hui acceptée de tous.

La notion de solidarité fait son bonhomme de chemin dans nos esprits. Nous n’en voulons pour preuve que le succès remporté par l’opération des 120 jours pour équiper nos hôpitaux, initiée et rondement menée par la Ministre de la Santé d’alors, que nous avons félicitée en son temps. Nous avions, alors, saisi l’occasion pour suggérer aux autorités dirigeantes la mise sur pied d’une véritable politique de solidarité nationale, mais nous nous doutions que nous jetions un pavé dans la mare. La volonté politique faisait défaut. Cette initiative des120 jours est restée sans lendemain, déjà oubliée malheureusement comme c’est toujours le cas dans notre pays où nous ne cherchons pas, vraiment, à capitaliser les événements.
Si nous cherchons des références extérieures pour nous convaincre de la nécessité d’une politique de solidarité, nous pourrions noter que c’est au nom de la solidarité que l’Union Européenne vole au secours des pays membres les plus endettés et qu’elle s’affaire pour sauvegarder la monnaie commune de la zone. Dans la sous-région, nous pouvons également noter qu’en Guinée, le Président Lansana décida en 1996, de réaliser le barrage de Garafiri sur une opération de solidarité nationale ; il décida, alors, d’un abattement de 10% sur le salaire de tout fonctionnaire pendant 12 mois, y compris les membres du gouvernement, les parlementaires et autres dignitaires. Des mécanismes ont été mis en place pour collecter aussi des fonds auprès du secteur privé. Ce barrage a été réalisé et fonctionne toujours. Dans les cas que nous venons de citer supra se mêlent, dans le cadre national, des opérations de solidarité nationale occasionnelle c’est-à-dire ponctuelle tels les 120 jours et des opérations ciblées telles les tontines et les assurances en responsabilité civile. Il nous reste à mettre sur pied une véritable politique de solidarité nationale.

Comment mettre en place cette politique de solidarité ?

Sachons tirer le meilleur des expériences des autres. Dans le pays qui nous sert habituellement de référence, le gouvernement prélève sur les salaires bruts un impôt de 5% au titre de la « contribution de solidarité » Il prélève également, tout au moins jusqu’à présent, un « impôt de solidarité sur la fortune » frappant les personnes physiques dont le patrimoine excède un certain montant. Plus près de nous, en république de Côte d’Ivoire la « contribution nationale de solidarité » représente 1% du salaire brut. Il parait en effet logique que les plus riches socialisent une part de leurs avoirs pour venir en aide aux plus pauvres parce que c’est, du moins en partie, grâce à eux qu’ils bâtissent leurs fortunes.
Les prélèvements sont la base même et, en réalité, la condition sine qua non d’une politique de solidarité nationale dans un pays de grande inégalité sociale, et le nôtre ne connait aucune de ces dispositions dont il conviendrait de s’inspirer. Mais ces prélèvements devraient être strictement affectés à une caisse réservée spécifiquement à la politique de solidarité nationale. La solidarité peut alors servir directement la cause d’une politique donnée ; et la science politique nous enseigne que pour être efficace, la gestion de la chose publique devra s’adjuger la composante solidarité.
Les sujets susceptibles de retenir l’attention d’une commission de reforme de la vie sociale, le cas échéant ?
Nous ne saurions en préjuger, mais ils sont légion. Nous pourrions, toutefois, suggérer quelques pistes d’investigations

• La garantie du pain quotidien

Nous ne demandons pas que l’Etat mette en file indienne tous les démunis du pays pour leur distribuer de la nourriture. Nous demandons seulement que l’on ait le courage de regarder le problème de la faim en face, d’en discuter et de proposer au chef de l’Etat des solutions alternatives dans le cadre d’une politique de solidarité nationale d’autant que dans notre système de gestion des populations, il n’existe pratiquement aucun amortisseur social. Nous aimerions rappeler, à toutes fins utiles, que consciente du problème, la Banque Mondiale a mis au point le Projet Pilote de Services Décentralisés Conduits par les Communautés (Psdcc) à trois composantes dont le programme ‘’ filets sociaux de sécurité’’ qui vise notamment l’amélioration de la consommation des groupes vulnérables. Il s’agit de transferts monétaires directs à des ménages ciblés couplés avec des travaux d’intérêt général rémunérés. Le projet couvre une période de 4 ans et prend fin cette année avec possibilité de renouvellement. Nous ne pouvons aller dans le détail de cette opération dans la présente réflexion. Ce n’était que pour dire que des solutions alternatives existent au problème de la faim et qu’il convient d’étudier comment le Gouvernement de la Rupture pourrait se les approprier, le cas échéant, et les intégrer dans une politique de solidarité nationale agissante d’autant que les statistiques nous disent que 35,2 pour cent de la population vivait déjà en 2010 en dessous du seuil de pauvreté défini à 7000 dollars par an et que la tendance était à la hausse.

• Acquisition des terres

Aujourd’hui l’on peut s’acheter toutes les terres que l’on veut ; il suffit d’en avoir les moyens financiers. Si le Gouvernement de la Rupture laissait faire ainsi, qu’adviendra-t-il, demain, des enfants dont les parents n’auront pas été assez riches pour leur laisser des parcelles en héritage ?

• Logement

Nous devrions nous poser la question de savoir s’il convient de continuer de faire ce que nous faisons actuellement ou de construire de véritables logements sociaux en hauteur. Peut-être devrions-nous aussi envisager l’opportunité de promouvoir les condominiums comme moyens d’accès populaire à la propriété

• Couverture médicale
C’est un engagement électoral du Chef de l’Etat d’améliorer le Régime d’assurance maladie universel (Ramu). Mais je me dois de rappeler en ce qui concerne les agents de l’Etat que leur couverture sanitaire est tronquée. Quelle est donc cette couverture médicale qui exclut complètement la prise en compte des frais pharmaceutiques : n’est-ce pas aberration ?

• Assurance retraite pour tous

Si je ne m’abuse la retraite pour tous a été, également, un engagement électoral du Chef de l’Etat. Nous en avons été particulièrement heureux parce que nous défendons cette cause depuis plus de trois ans et nous savons que la chose est faisable. C’est tout juste une affaire de volonté et de courage politiques ; et nous sommes persuadés que ce n’est pas ce qui fera défaut au Gouvernement de la Rupture.

Le Chef de l’Etat s’est mis en mission pour relever les défis de notre système. Nous savons, et il le démontre, qu’il en a les ressources. Il convient de lui faire confiance, à lui et aussi, aux Ministres d’Etat qui l’entourent. Il est de ma conviction profonde que la consolidation de la popularité du Chef de l’Etat, si besoin en était, ne tiendra assurément pas à sa seule politique de réforme des institutions, mais avant tout, à celle du cadre de vie du citoyen ordinaire. La légitimité s’acquiert par les urnes certes, mais la popularité se mérite par les actions concrètes en direction du peuple ; elle ne se décrète pas.

Ambassadeur

Candide Ahouansou

Président de l’Ong Groupe d’actions pour une meilleure qualité de vie

Actu Bénin

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