Productivité agricole: Des films polyéthylènes accroissent le rendement de l’ananas

Productivité agricole: Des films polyéthylènes accroissent le rendement de l’ananas

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Une nouvelle technologie de production à partir du film polyéthylène biodégradable permet à des producteurs d’ananas au Bénin d’accroître leurs rendements de façon très sensible. Dans les trois principales zones de production d’ananas au Bénin, 144 producteurs ayant adopté la technologie ont vu leur rendement passer de 35 à 70 tonnes d’ananas à l’hectare.

A Agbodjèdo dans la commune de Zè, l’expérience de Daniel Koudessa et ses six associés de la coopérative villageoise de producteurs d’ananas est une réussite. Grâce à un financement du Projet d’appui à la diversification agricole (PADA) de 13,2 millions de francs CFA, ils ont expérimenté la technique de production d’ananas à partir du film polyéthylène sur un hectare de culture : « Cette technologie nous a apporté un grand soulagement et a réglé les problèmes de main-d’œuvre que nous avions auparavant. Aujourd’hui, une personne peut entretenir un hectare de culture d’ananas. De plus, la technologie offre un meilleur rendement et réduit le cycle de production », soutient Daniel Koudessa.

Pour promouvoir et accroître la rentabilité de la production d’ananas au Bénin, le Programme de Productivité Agricole en Afrique de l’Ouest (PPAAO) a financé la mise en place des parcelles d’expérimentation pour l’utilisation du film polyéthylène. Dans les communes d’Allada, Tori-Bossito, Zè et Toffo (qui sont les principales zones de production d’ananas au Bénin), 144 producteurs issus de 10 organisations et 27 techniciens ont été formés à cet effet.
Pour Athanase Akpoé, président de la Fédération nationale des coopératives villageoises d’ananas du Bénin (FENACOPAB), la nouvelle technologie donne des résultats positifs et des chiffres d’affaires intéressants : « La technologie de production d’ananas à partir de film polyéthylène, c’est d’abord une affaire de rentabilité financière. Lorsque nous prenons le compte d’exploitation d’un hectare d’ananas sans polyéthylène, nous investissons environ 1,8 million de francs CFA pour récolter au moins 4 millions FCFA de chiffres d’affaires à l’hectare. Avec le polyéthylène, nous allons dans un investissement d’environ 3 millions FCFA à l’hectare pour obtenir environ 8 millions FCFA de chiffre d’affaires ».
Selon le témoignage des producteurs, la nouvelle technologie vient juguler le déficit de la main d’œuvre agricole dans la zone, en raison de l’exode massif des jeunes vers les grandes agglomérations. Elle leur permet également de satisfaire la demande de plus en plus croissante de « Promo Fruits », une entreprise de production du jus d’ananas « IRA », très prisée au Bénin et à l’extérieur du pays : « Pour satisfaire la demande de Promo Fruits, il faut produire plus et améliorer le rendement. Déjà, les résultats issus des parcelles d’expérimentation donnent des rendements de 65 à 70 tonnes à l’hectare contre 35 à 40 tonnes auparavant. Nous sommes donc en train de vulgariser la nouvelle technologie dans toute la zone », renchérit Nina Dessouassi, technicienne chargée de l’encadrement des producteurs à Allada.
Au-delà de la nouvelle technologie introduite, le PADA soutient les efforts pour la production d’ananas biologique. Dans ce cadre, Roseline Capo-Chichi a reçu un appui pour la production du compost à Allada-Togoudo : « Avant j’avais un compostier en bois, mais grâce à la subvention de 10 millions FCFA que j’ai reçue du PADA, je dispose désormais d’un compostier en béton avec une durée de vie de dix ans. Ma production est passée de 3 à 50 tonnes de compost sur un cycle de deux mois. Je dispose également d’une retenue d’eau et j’arrive à satisfaire plus de 500 producteurs d’ananas biologique. J’arrive désormais à satisfaire une demande de la clientèle de plus en plus forte », assure la jeune fermière.

Chaine de valeurs de l’ananas !

A travers le mécanisme de « fonds compétitifs » et de « fonds à frais partagés », d’autres promoteurs ont reçu des financements pour la transformation des produits agricoles. C’est le cas de Jean Fonton, gérant de la société JEC SARL qui, grâce à un financement de 49,5 millions FCFA, a pu mettre en place une unité de production de canettes pour les jus d’ananas, une première au Bénin. La société Promo Fruits a été également subventionnée en 2014, à hauteur de 23,5 millions FCFA pour augmenter sa capacité de production qui est ainsi passée de 214 kilo/jour à 45 tonnes/jour.
Le Projet d’appui à la diversification agricole (PADA) et le Projet de productivité agricole en Afrique de l’Ouest (PPAAO) constituent les deux composantes du Programme-cadre d’appui à la diversification agricole (ProCAD) financé par la Banque mondiale au Bénin. Ces deux projets impactent positivement les petits producteurs qui, grâce à l’amélioration de leurs revenus contribuent au développement de leurs communautés.
« Les deux projets contribuent à restaurer et améliorer la productivité au champ et à valoriser certaines filières, telles que l’ananas, le riz, l’anacarde, la pisciculture, et bien d’autres encore. Ils entrent aussi dans les chaines de valeurs en finançant les unités de transformation de produits agricoles. Il y a donc une convergence de vue vers l’amélioration des technologies pour développer l’agriculture, et impacter les exploitations familiales », explique Bertin Adéossi, Coordonnateur national du ProCAD.
Plus intéressant encore, le ProCAD a introduit le contrôle citoyen dans ses interventions, avec une implication active de la Plateforme des acteurs de la société civile au Bénin (PASCIB) : « Le contrôle citoyen s’opère à tous les niveaux. La Plateforme a présidé la commission d’anonymat des dossiers. Nous nous rendons aussi régulièrement sur le terrain pour constater l’effectivité des investissements et relever les cas d’abandon de chantiers par des entrepreneurs indélicats », souligne Ernest Pédro, Secrétaire permanent de la PASCIB. Ce rôle de veille de la société civile contribue de façon positive à l’atteinte des résultats et incitent les producteurs bénéficiaires à adopter les bonnes pratiques introduites par le ProCAD et à les diffuser au sein de leurs organisations paysannes?

Gnona AFANGBEDJI

aCotonou

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