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Porto-Novo : La population demande la réouverture du parc d’attraction

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Tout est parti d’une vidéo d’un citoyen de la ville capitale sur les réseaux sociaux au sujet de la fermeture du parc d’attraction de Porto-Novo. Des allégations faites par l’intéressé imputaient la responsabilité de la fermeture du parc au président de l’Assemblée nationale Adrien Houngbédji qui, de sa résidence en face de l’infrastructure, aurait besoin de quiétude. La mairie de la ville de Porto-Novo a alors publié un communiqué pour démentir ces allégations. De quoi est-il question au juste et qu’en pensent les Porto-noviens ?

Une première dans l’histoire de la ville de Porto-Novo, le parc d’attraction « Moucharaf Gbadamassi » a été inauguré le samedi 7 mars 2015 par le chef de l’Etat d’alors, le président Boni Yayi en présence du président de la Boad, Christian Adovèlandé, du préfet de l’Ouémé-Plateau, Moukaram Badarou, du maire de la ville de Porto-Novo, du conducteur des travaux de Cari-Design, sans oublier les membres du Conseil municipal de Porto-Novo. Il s’agit d’un joyau réalisé sur environ 1ha et qui a coûté 440,6 millions Fcfa entièrement financés par la Boad sur initiative du Conseil municipal défunt de la ville de Porto-Novo dirigé par le maire Moukaram Océni. Ce rêve de l’équipe municipale, partagé par les populations de Porto-Novo est devenu une réalité malgré la crise née du fait que certaines personnes auraient souhaité le déplacement de l’infrastructure sur un autre site. C’est dans cette ambiance que le président Boni Yayi a inauguré cette infrastructure en promettant la construction d’une autre sur le site voulu par les contestataires afin de taire les querelles.

A titre expérimental, la gestion du parc d’attraction a été confiée au groupe Bono Sarl. Les Porto-Noviens avaient finalement un endroit où ils peuvent se détendre et s’adonner à des jeux sains. Malheureusement, ça n’a pas duré longtemps. Contre toute attente, la nouvelle équipe municipale, avec à sa tête le maire Emmanuel Zossou, a résilié le contrat avec l’entrepreneur au motif de pollution sonore. Ainsi, depuis Août 2016 le parc d’attraction Moucharaf Gbadamassi est fermé au public.

Une brousse en pleine capitale

Depuis Août 2016 à ce jour, le parc d’attraction Moucharaf Gbadamassi est dans un état d’abandon total. Envahi par de hautes herbes, il est devenu un nid de reptiles et des animaux de tout genres. Le bâtiment construit au sein du parc pour servir de restauration est devenu l’abri des hors la loi. La devanture du joyau est transformée en point de vente stratégique d’essence de la contrebande. Quand on pense aux millions engloutis dans la construction de cette infrastructure, ce spectacle n’honore guère aucun Porto-novien. Mais qu’est-ce qui peut être à la base de cette situation ?

Les faits

C’est par une correspondance en date du 30 août 2016 et signée du maire de la ville de Porto-Novo que Emmanuel Zossou a fait injonction au fermier de rendre les clés des locaux sous 24 heures au prétexte d’une fermeture provisoire du Parc. « Je viens par la présente, ordonner l’arrêt de toutes activités jusqu’à nouvel ordre dans l’enceinte dudit Parc », peut-on lire dans la correspondance N°5696/SG/DST/SEUAU du mardi 30 août 2016 adressée au gérant de la Société du Groupe Bono Sarl. Dans sa lettre, l’édile de la ville de Porto-Novo a évoqué le non-respect des recommandations faites au Groupe Bono Sarl au sujet de la pollution sonore engendrée par ses activités.

Que reproche la mairie au fermier ?

Dans une discussion à bâtons rompus, le deuxième adjoint au maire de la ville de Porto-Novo François Ahlonsou a relaté les raisons ayant conduit le conseil municipal à la résiliation du contrat d’affermage avec le Groupe Bono Sarl en ce qui concerne la gestion du parc d’attraction Moucharaf Gbadamassi. Selon ce dernier, toutes les décisions prises par le maire Emmanuel Zossou et qui ont conduit à la fermeture du parc ont fait objet de consultation et d’approbation du conseil municipal. Ainsi, il y a eu des plaintes de pollution sonore et le promoteur a été plusieurs fois mis en garde. Malheureusement, il n’y a pas eu de changement de comportement. Suite à de nouvelles plaintes, la mairie a dépêché dans la nuit du dimanche 28 août 2016 ses services compétents et des unités de la Police sanitaire pour faire par elle-même le constat. Il y a en plus, selon François Ahlonsou, les heures tardives de fermeture du Parc qui ne n’étaient pas conformes au statut d'un parc d'attraction pour enfants. Le promoteur ne respecterait pas les clauses financières du bail d'exploitation et devait plusieurs mois d'arriérés. Le maire a donc pris la résolution de sursoir dès le mercredi 31 août 2016 aux activités du Groupe Bono Sarl en contrat d’affermage avec la mairie en ce qui concerne la gestion du parc d’attraction Moucharaf Gbadamassi en attendant que des mesures adéquates soient prises pour une reprise des activités sur le Parc. Un dossier d'Appel d'offres serait en train d'être fait au niveau de la Direction des Services Techniques de la Mairie pour les appels de gestion.

Mesure conservatoire ou acharnement ?

A la première lecture de la correspondance du maire de la ville de Porto-Novo au gérant du « Groupe Bono Sarl », l’on est amené à penser à une mesure conservatoire de la première autorité de la ville préoccupée par l’intégrité et la quiétude de ses administrés. Toutefois, il convient de remarquer, qu’au-delà de protéger les populations riveraines de la pollution sonore à laquelle les exposerait le Parc d’attraction, on se demande s’il n’y a pas d’autres motivations. A moins de s’être laissé trahir par sa démarche quelque peu confuse, des faits portent à le croire. En effet, dans une correspondance en date du 24 août 2016, le maire de Porto-Novo notifiait déjà au Groupe Bono Sarl la fin de son contrat d’exploitation à compter du 30 août 2016. Dans le même courrier, le maire demandait au Groupe Bono Sarl de prendre les dispositions adéquates afin de libérer le parc à fin novembre. Au regard de tout ceci, la marie ne pouvait-elle pas attendre l’échéance énoncée ? Qu’est-ce qui presse bien au point de trouver un nouveau motif pour exiger d’un opérateur économique un déguerpissement sans délai ? Au terme du contrat d’exploitation liant les deux parties, il est disposé expressément que « toute modification de ce contrat par l’une des parties, doit être notifiée par écrit à l’autre partie trois (03) mois avant ». Quelle interprétation fait donc la mairie de l’article 11 du contrat lorsqu’elle notifie 06 jours avant l’échéance, la fin d’un contrat à son vis-à-vis et lui fait injonction de vider les lieux sous 24 heures ? Les thèses de mains invisibles ne trouveraient-elles pas leur justification dans cette manière de procéder ?

Qu’en dit le Groupe Bono Sarl ?

Pour Serge Ehouinsou, assistant du directeur du Groupe Bono Sarl, il est impensable qu’on parle de pollution sonore d’autant plus que du lundi au lundi, même les week-ends, pendant l’année scolaire, c’était toujours un calme plat au niveau du parc. Il soutient que c’est dans la période des vacances qu’il a été décidé d’organiser des mini-concerts en matinée pour les élèves et étudiants afin qu’ils viennent s’égayer sur le parc. « Si c’est cela qu’ils ont appelé pollution sonore, je ne sais pas qui on dérange. Même la population riveraine est heureuse car les mouvements initiés sur le parc ont eu un impact positif sur l’économie de la ville de Porto-Novo en général et celle des populations riveraines en particulier. A qui on fait mal en fermant le parc ? En tout cas, ce n’est pas à Monsieur Bokilo le promoteur. Ce parc a généré 50 emplois directs et une multitude d’emplois indirects. Ce sont des initiatives normalement qu’il faut encourager dans une ville. Nous ne sommes pas encore arrivés à la fin du contrat avant que le maire ne décide de la fermeture sans délai du parc. Aucun article du contrat n’a interdit de jouer de la musique sur le parc et il ne faut pas se voiler la face. On ne peut pas aller dans un parc d’attraction qui ressemble à un cimetière. Un parc d’attraction, ce sont les jeux, la restauration, l’animation, bref, c’est un peu de tout. Je n’ai jamais vu un parc d’attraction dans le monde sans une petite animation » a-t-il conclu.

La promotion de l’initiative privée au détriment de celle publique ?

Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, d’autres jardins et centres attractifs ont vu le jour au lendemain de la fermeture du Parc d’attraction de la ville Porto-Novo. Ainsi, juste de chaque côté du parc d’attraction Moucharaf Gbadamassi sur le bord lagunaire du Boulevard extérieur, il est né deux centres d’attraction de la jeunesse. Celui de la droite appartiendrait à un proche du sage Karim da-Silva et occupe d’ailleurs son ancien site de dragage de sable lagunaire. L’autre, situé à la gauche du parc Moucharaf Gbadamassi, est la propriété de la directrice de l’hôtel en face de la résidence du président Adrien Houngbédji qui, d’ailleurs, est l’un des leaders politiques du Parti du renouveau démocratique (Prd) dans le troisième arrondissement de la ville de Porto-Novo. Ce sont ces deux centres qui aujourd’hui battent le record en matière d’affluence. L’intérêt public a-t-il été mis en mal au profit de celui privé ? Depuis près d’un an que le parc d’attraction est fermé, aucun conseiller n’a donné de la voix pour que le processus de cession ou de location gérance du parc Moucharaf Gbadamassi soit accéléré au grand bonheur des populations de la ville de Porto-Novo.
L’appel des populations

Romuald Démavo, professeur

« On pouvait faire autrement »
« Il faut reconnaître que la mairie de Porto-Novo a mal pensé en mettant sous verrous les portes de ce parc d’attraction. On pouvait faire autrement. Si le promoteur était un béninois et du parti politique du maire, pensez-vous que les choses allaient se dérouler de la même façon ? Je ne pense pas. On a l’impression que le maire en voulait au fermier. Malheureusement en procédant de la sorte, il a fait du tort à nous autres citoyens de la ville. Le maire Zossou Emmanuel est aujourd’hui grand père et à ce que je sache, ses enfants ne sont pas ici donc il a raison de fermer le parc.

Aurelie Azagba, maîtresse coiffeuse

« J’ai été très touchée »
« J’ai été vraiment très touchée quand j’ai appris la fermeture du parc d’attraction de Porto-Novo. Cela est devenu une question d’habitude pour nous car mon mari, mes enfants et moi y étions tous les dimanches pour changer d’air. Le spectacle est beau car sur les lieux on retrouvait parfois les collègues, des parents et amis. Vivement que les autorités pensent vite à rouvrir ce parc surtout que les vacances sont là.

Idouane Moucha Adjibi, géomètre

« C’est malheureux… »
« Il faut que, dans le bref délai, le Maire Zossou pense à la réouverture de ce parc. Nous ne sommes pas dans un pays qui se respecte si non, il devrait être sanctionné. Un lieu très apprécié et aimé par ta population, tu le fermes pour satisfaire on ne sait qui. C’est malheureux, nous n’avons par un maire. Moi j’y vais souvent pour observer la joie de vivre de mes compatriotes. J’ai constaté que les gens ne louaient plus les salles de fêtes pour les cérémonies. Le parc était devenu en même temps un lieu pour les cérémonies également. Il y avait toujours des anniversaires qui y étaient organisés. Il faut que les autorités pensent à rouvrir les portes de ce parc.

Source : aCotonou

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