Patrice Talon proche de la Marina : Les qualités d’un homme d’Etat confirmées

Patrice Talon proche de la Marina : Les qualités d’un homme d’Etat confirmées

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Après le « ouf » de soulagement poussé à l’issue du premier tour de la présidentielle de dimanche dernier, il est temps de se poser les vraies questions. En attendant, on peut conclure qu’en réussissant son entrée à découvert en politique, et en tirant son épingle du jeu, Patrice Talon, l’ex-magnat du coton, s’est positionné en véritable homme d’Etat, et probable prochain « locataire » de la Marina.

La politique est presque un art réservé aux seuls initiés. C’est ce qu’on peut dire au vu du score de Patrice Talon à l’issue de la première manche de l’élection présidentielle de 2016. Avec 746 798 voix, selon les estimations de la Céna, soit 24, 80% du suffrage exprimé dimanche 6 avril 2016, Patrice Talon apparaît, sans ambages, comme celui qui désormais, a les meilleures chances de succéder à son meilleur « ennemi » au Palais de la Marina. En tout cas, jusque-là, c’est ce vœu que le peuple béninois a exprimé. Car, sans fausse modestie, et sauf cataclysme de dernière heure, la « coalition de la rupture » tiendra la route jusqu’au soir du 6 avril prochain. Sébastien Germain Ajavon, le magnat de la volaille, Abdoulaye Bio Tchané et l’ancien Premier ministre Pascal Irénée Koupaki, étant tous, dans une certaine mesure, des déçus du « yayisme », voudront sûrement faire honneur à leur rang en accompagnant le candidat de la « rupture ». Et si l’on s’en tient aux accords signés avant le Premier tour entre les membres de la coalition, les 23,03% de Ajavon, les 8, 79% de Tchané, les 5, 85% de Koupaki, font à eux seuls, 37, 67%. Ajoutés aux 24, 80% de Patrice Talon, cela fait 62, 47%. Et le tour est joué. Certes, nous sommes en politique, et il manquera quelques détails, mais la probabilité est forte, avec le vote du dimanche dernier, qu’il en soit ainsi au soir du second tour. Puisque, globalement, le scrutin du dimanche 6 mars, est un vote de rejet du régime en place. Ce qu’on n’a d’ailleurs plus raison de s’échiner à démontrer. Cependant, si le mérite de cette victoire revient à tous, il faut reconnaître au candidat Patrice Talon ses qualités. Sa percée est en grande partie due à son entêtement, à une lecture juste des aspirations de son peuple, et à sa maîtrise du landerneau politique béninois. Comme dans les affaires, l’homme s’est révélé le premier artisan de sa victoire.

Un fin stratège politique

Il faut reconnaître que depuis son retour d’exil, Patrice Talon a impressionné par sa démarche, ses convictions de longues dates ancrées dans presque du marbre, mais aussi et surtout, par un « charisme » qu’on ne lui soupçonnait point. On peut même s’arrêter sur le mot, et dire avec le sociologue allemand Weber, qu’en politique, le charisme c’est la somme de la « vertu », du « sang-froid » et de l’à-propos. Patrice Talon dispose d’un peu des trois. Sinon, comment comprendre qu’au retour d’un exil forcé de trois ans, l’homme en arrive à rafler tout, au nez et la barbe de « vieux » partis ou alliance, comme les Fcbe, le Prd et la Rb. Il faut être doté d’une intelligence politique redoutable et exceptionnelle pour réussir ce tour de force. Si l’homme n’avait pas une méthode, si ce n’était pas un travailleur discret, acharné et rigoureux, il n’en serait sûrement pas là. Car, tout était contre lui depuis le début, dont et pas des moindre, le pouvoir d’Etat. Il a su éviter tous les pièges dressés sur son parcours comme des peaux de banane, pour être aujourd’hui très proche de son objectif. Il faut s’y rendre à l’évidence, le probable prochain locataire de la Marina, est un fin stratège politique. Tout ceci, parce que dans sa campagne du premier tour, qui ressemble à un « chemin de croix », il a dû faire face, de manière stoïque, à de nombreuses critiques et défections. D’abord, de la part des gens avec qui il a mené la bataille du perchoir de la 7ème législature. Pourtant, il ne s’est pas « dégonflé ». Ensuite, avec sa soudaine et surprenante mue, d’opérateur économique hors pair à politicien avisé, le candidat a compris qu’il ne fallait, sous aucun prétexte, prêter flanc aux « provocations » de son meilleur « ennemi ». Pour l’avoir côtoyé depuis 2006, pour « l’avoir aidé et introduit là où il faut » pour accéder à la magistrature suprême, Patrice Talon sait comment se jouer des états-d ‘âme de Yayi Boni. Car, si l’actuel chef d’Etat s’est révélé au fil du temps bon politicien, il n’en demeure pas moins vrai que qu’il est incapable de rester « froid » devant certaines situations. Or, cela est une faiblesse fondamentale en politique. A la différence d’un Mathieu Kérékou, monstre froid, et modèle du genre en matière de tempérance, l’actuel chef de l’Etat est très « irascible ». Ensuite, Patrice Talon savait, depuis l’annonce de sa candidature chronométrée et orchestrée depuis l’exil parisien, qu’il lui fallait se « laver » des accusations d’ « empoisonneur » et de « fraudeur ». Face au déluge d’accusations qui lui pleuvait dessus, il est resté droit dans ses bottes, laissant à la justice de rétablir son honneur. Ce qui lui a permis de se consacrer à son projet de société.

Une communication politique maîtrisée

Avec l’avènement de son projet de société, le « Nouveau départ », le candidat s’est mis à cœur de tourner, avec ses compatriotes, la page Yayi Boni. Il venait ainsi de donner le ton à une campagne restée jusque-là terne et hypothétique. Par ailleurs, les calculs de Yayi Boni n’ont pas fonctionné. La greffe de l’arrivée du Premier ministre n’a pas pris. Avec cet arrimage hétéroclite, la case « Fcbe » a tôt fait d’imploser, avec le départ de plusieurs caciques. Venu à neuf mois de la fin de deux mandats chaotiques, Lionel Zinsou, malgré tout son talent, ne pouvait redresser la barre. La classe politique a compris le subterfuge : Yayi Boni tient à s’assurer ses arrières. D’où ce besoin exprimé par les Béninois d’une véritable rupture. Pour tout politicien avisé, c’est une aubaine. Il ne restait qu’à enfoncer une porte déjà largement ouverte. Comme un « orfèvre » dont la patience ne peut être remise en cause, Patrice talon a alors pris son bâton de pèlerin pour aller à la rencontre du « Bénin profond ». De maison en maison, de contrée en contrée, il a tenu à échanger avec chaque Béninois. Des enseignants aux syndicalistes, en passant par les « zem », les étudiants, les femmes de « Tokpa », les professionnels des médias, le candidat de la rupture s’est efforcé de convaincre chacun de ses compatriotes de l’opportunité de sa candidature. Il aurait d’ailleurs pu se cacher derrière une fortune « redoutée », ou derrière une aura qui va au-delà des frontières, mais il a accepté d’aller au charbon. Faisant sienne la leçon de Jacques Chirac, pour qui, chaque main serrée en campagne électorale, est un électeur de gagné. Il a donc traversé le pays du Nord au Sud, souvent au centre d’une foule impressionnante, habillée sobrement sans fioritures, avec des propos mesurés et savamment dosés. Ce qui a fait mouche.

Wilfrid Noubadan

Actu Bénin

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