Modification de la carte universitaire : Une réforme contestée

Modification de la carte universitaire : Une réforme contestée

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(La ville de Kétou perd son Université d’agriculture)
Le mercredi 27 juillet 2016 par le Conseil des ministres tenu en sa séance hebdomadaire sous la présidence effective du président de la République, chef de l’Etat, chef du gouvernement, l’information sur la modification de la carte universitaire s’est répandue au sein de la population. Ainsi,  la ville de Kétou perd son Université d’Agriculture créée en 2013 par le régime du président Boni Yayi au profit de Porto-Novo avec une nouvelle appellation : l’Université Nationale thématique d’Agriculture.
 Du point de presse du secrétaire général de la présidence de la République, Pascal Irénée Koupaki à cet effet, on retient désormais que les 22 centres universitaires du pays seront réorganisés et regroupés autour de 4 grandes nouvelles universités. « Deux grandes universités pluri-thématiques à savoir : l’Université d’Abomey-Calavi et l’Université de Parakou. Deux grandes universités thématiques à savoir : l’Université des Sciences Technologiques, Ingénierie et Mathématique d’Abomey et l’Université Nationale d’Agriculture de Porto-Novo », a-t-il déclaré à la presse. Une manière pour mettre fin à la régionalisation de l’enseignement supérieur observée dans le pays au temps du régime défunt. Par la même occasion, selon le ministre, cette réorganisation permet d’améliorer les conditions de travail des enseignants et des étudiants et de renforcer  les infrastructures.

Réforme ou grande confusion chez Le Ministre Marie-Odile Attanasso ?

Il n’est d’aucun secret aujourd’hui, l’Enseignement est un levier de développement et celui supérieur l’est encore plus. Ceci est d’autant plus important que certains chefs d’Etats africains ont investi  ce domaine. C’est le cas au Sénégal, en Guinée et récemment en Côte d’Ivoire. Les gouvernements de ces pays ont compris combien il est important  d’orienter les investissements vers l’Enseignement. Les milliards de francs sont éjectés par le président Ivoirien Alassane Ouattara dans le domaine de la promotion des Universités. Alors que chez nous au Bénin, chez qui les autres sont venus copier les idées, le ministre Marie-Odile Attanasso a préféré nous ramener à la case du départ en réduisant le nombre d’universités, privant ainsi la commune de Kétou de son université d’agriculture. Cette dernière se contentera seulement, d’abriter  un centre. Si on part du fait que les centres universitaires constituent la base de la carte universitaire, et que c’est un ensemble avec le concours de la volonté politique qui conduisent à la création d’une université, il est claire que le Ministre Attanasso doit cesser de nous endormir. Ce sont les centres universitaires qui permettent les brassages et non les rectorats. Ne pas toucher aux centres universitaires mais simplement réduire les rectorats n’est pas une restructuration de la carte universitaire. Si on devrait faire vraiment de réformes, il fallait supprimer les centres universitaires.  Les 22 centres universitaires dont celui de Kétou, existent. Il est donc clair qu’il s’agit ici d’une politique politicienne, du réformisme et non de la volonté du développement de la cité. Si en 1970, l’Université d’Abomey-Calavi n’était pas créée, Calavi ne serait pas aujourd’hui une ville. Les premiers étudiants ont même raconté qu’ils rejoignaient les salles de cours en passant dans la boue et faisaient régulièrement cours avec des reptiles. Aujourd’hui Calavi est devenue une ville grâce à cette université. Le gouvernement défunt n’avait-t-il pas vraiment vu juste quand il a multiplié les centres universitaires et les Universités ? où-bien c’est juste la volonté de peindre en noir tout ce qui a été fait par le gouvernement défunt qui a conduit à cette modification ? En arrachant l’université à Kétou pour la donner à Porto-Novo, le gouvernement crée par là une tension régionale. Les populations de Kétou pensent que celles de Porto-Novo ont lutté pour cette fin.   

Les enjeux qui découlent de cette restructuration de la carte universitaire

En effet, plusieurs raisons ont amené le régime défunt, c’est-à-dire celui du président Boni Yayi, à la multiplication des centres et des universités. Il faut reconnaître que la multiplication des universités sur tout le territoire national, vient désengorger l’Université d’Abomey-Calavi avec le nombre pléthorique d’étudiants. 90 000 étudiants, c’est déjà trop. Cela joue sur le rendement des étudiants. Ainsi la multiplication des Universités au Bénin, non seulement permet d’améliorer les conditions de travail aux étudiants mais impose la décentralisation, corrige sur le plan politique l’inégalité en matière de développement. L’université constitue pour tout le monde entier un pôle de développement puisque dès son implantation, elle attire vers elle tout ce qui pouvait contribuer au développement de la zone dans laquelle elle est implantée. Mieux, la multiplication  des universités vient régler un problème social. Le fait de répandre les facultés sur tout le territoire décongestionne l’université de Calavi donc le nombre infirme ne pourra plus envahir les routes lors des revendications.

Que disent les « portonoviens » ?

Mathieu Dona Fassinou, ancien parlementaire, ancien sous-préfet, ancien vice-président du conseil des sages et notables de la ville de Porto-Novo, président de l’association Task-force :  

« D’abord permettez-moi de vous expliquer que l’association Task-force est un creuset des  cadres  émérites  qui ont eu à faire preuve de beaucoup de compétences dans ce pays ou à l’extérieur. Elle est bien connue par les autorités politiques. Toutes les compétences sont regroupées au sein de cette association pourvue qu’elles soient de l’Ouémé/Plalteau. Task-force n’est pas une formation politique, elle œuvre pour le développement de l’Ouémé et du Plateau et c’est dans ce cadre que nous dénonçons tout ce qui ne va pas et nous ne disons que ce qui est. Cette Association a lutté pour que Porto-Novo ait une université. Ce conseil des ministres qui a modifié la cartographie universitaire béninoise, nous a mis mal à l’aise. Cela frise même à de la provocation. On se demande ce que les gens ont contre les départements de l’Ouémé et du Plateau surtout sur le plan universitaire. En 1970 déjà, on nous a arraché l’université que l’UNESCO nous avait accordée sans aucune raison valable. On l’a transférée ailleurs. On n’avait pas réagi parce qu’on veut la paix dans le pays. On en était là, quand en 2007, le Koweït, nous a accordé encore une autre université et  nous avons applaudi. Malheureusement, brutalement on nous annonce que cette université sera portée à Comè. Un dimanche matin, sur la bande défilante de la télé, on a annoncé la pause de la première pierre de cette université à Comè. On avait réagi en son temps mais on nous a dit que c’était trop tard. Porto-Novo ne pouvait quand même rester sans université. Il serait ainsi la seule capitale au monde sans université. Nous nous sommes mis dans la bagarre, nous avons lutté pour obtenir l’Université de Porto-Novo du gouvernement défunt. Nous avons le décret de création de fonctionnement et le décret de nomination du recteur. La cérémonie de l’installation de l’équipe rectorale a eu lieu le 14 novembre 2015 sous grande pompe sur l’esplanade de l’Assemblée nationale en présence de toutes les couches politiques et sociales. C’est l’association Task-force qui a œuvré pour l’acquisition du bâtiment qui abrite cette équipe rectorale. Nous avons mobilisé plusieurs millions de francs pour cela. Il y a quelques semaines, nous avons appris que la carte universitaire va être réduite à deux universités seulement : celle de Calavi et Parakou. Cette nouvelle équipe gouvernementale avait même ébauché un décret qui attendait d’être signé. Nous avons vite réagi, nous avons écrit, nous avons fait des points de presse.  Ce qui a fait qu’ils ont calmé le jeu, mais nous avons suivi les débats à l’Assemblée nationale quand le ministre  Marie-Odile Attanasso a été interpellée sur la question. Elle a répondu qu’il y a une commission qui s’occupe de cela. On s’est dit que cela allait être certainement positif mais à notre grande surprise, on apprend qu’ils ont réduit la carte universitaire à quatre universités. C’est indigne, c’est de la provocation des départements de l’Ouémé et du Plateau. Ils ont accordé une université Thématique de l’agronomie à Porto-Novo. C’est une insulte. Nous avons invité les professeurs d’université, les experts pour se pencher sur la question. Après une grande séance pour étudier la question, on a compris que c’est une coquille vide. Il n’y a rien dedans. C’est une manière de dire vous voulez université non, prenez. Nous nous sommes dit que les choses ne peuvent pas continuer comme cela. On a opté pour la réaction et nous la ferons jusqu’à obtention de satisfaction. Nous allons parcourir toutes les communes, nous allons mettre les médias à profit. Quelle est cette manière de mettre en antagonisme  les départements de l’Ouémé et celui du Plateau ? Les gens de Kétou pensent que nous avons lutté pour arracher leur université et ils sont entrain de se manifester déjà. Nous avons envoyé des commissions pour les calmer et pour leur dire que nous n’en sommes pour rien. Il ne faut pas que les gens continuent de nous provoquer comme ça. Les deux départements vont se soulever. Ceux qui constituent le gouvernement ne connaissent pas plus que nous l’histoire des deux peuples. Qu’ils cessent de nous provoquer, de nous opposer. Il faut reconnaître que le président Talon est venu avec une idée saine et une bonne volonté mais ses collaborateurs veulent l’entraîner dans la médiocrité. Il doit faire très attention. Nous sommes tous béninois. Que le ministre Attanasso l’apprenne.

Padonou Djidjoho, professeur de chirurgie, traumatologique et orthopédique à la retraite :

« Effectivement, j’ai lutté pour que Porto-Novo ait son université mais je dois vous dire que cette réorganisation de la carte universitaire du Bénin, j’en pense du mal et je dis que des experts qui ont pensé cette nouvelle carte, n’ont pas respecté premièrement ce je peux appeler les normes humaines. Ensuite, ils n’ont pas respecté les normes de l’UNESCO et enfin, le plus grave, ils n’ont pas vu l’avenir de ce que s’est que construire une nation, un pays. Les experts ont fait leur carte, le gouvernement l’a appliquée. De cette  décision qui est prise, ma lecture est celle-ci : l’Ouémé/Plateau est une fois encore offensé.   Il faut savoir que plus on offense une région, on révolte les gens de la région et cela peut conduire à des situations gravissimes, si on n’y prend pas garde. Ce que je veux faire comprendre est que pour construire un pays, il faut nécessairement faire régner l’esprit de justice. Cela veut dire que l’autorité doit savoir ce qui est bon pour chaque région et essayer de satisfaire cela selon ses moyens. Quand je regarde la nouvelle carte, je me pose des questions. Il y a de sérieux problèmes, l’université thématique nationale  d’agriculture de Porto-Novo va regrouper l’université de Sakété, de Kétou, d’Adjohoun, l’Ensta de Djougou et l’Institut Agro-pastoral de Gogounou. Je me demande si ce sont des intellectuels qui ont conçu cette carte et je voudrais demander, à ceux qui ont fait ça, d’initier un débat télévisuel pour qu’on s’asseye pour en débattre. Ils sont des universitaires, je le reste encore. Il faut d’abord savoir si ceux qui ont établi cette nouvelle carte comprennent ce qu’on entend par université. La première chose que je peux dire est que dans le cadre de l’Unesco, toute communauté d’au moins 600 000 habitants devrait avoir son université pour son évolution. Alors veulent-ils que le responsable de l’université de Porto-Novo reste à Porto-Novo pour gouverner Gogounou et Djougou ? Je crois que c’est de la plaisanterie. En fait, je dirai que ces cadres là ne font pas de la politique parce que la politique développe la cité. Ils font de la politique politicienne, ce qui est dangereux à tout point de vue. Cela peut conduire à des dérapages qu’on ne pourra pas maîtriser. Dans tous les cas, on ne va pas se taire, on va continuer d’en parler parce que nous avons voté pour quelqu’un. Je reconnais que celui-là, lors de la campagne, avait annoncé son désir de revoir la carte universitaire mais je suis sûre que ce n’est pas lui qui s’est assis pour faire ce que nous avons là. Il a juste signé et pour cela ses responsabilités sont engagées et cela signifie qu’on a fait ça sous lui et il est d’accord. Heureusement, qu’il ne sera pas réélu et c’est pour cela qu’on peut dire que le mandat unique est bien pour ceux qui veulent faire du n’importe quoi. Nous, nous allons combattre ce style de gouvernance jusqu’au bout. Quand on voit cette carte qui est faite, cela fait beaucoup réfléchir. La zone Ouémé/Plateau est une zone dont les communautés ont des répondants très forts de l’autre côté de la frontière. Je prends le cas du groupe des yoruba et nago. Je pense qu’ils ne dépassent pas 5 000 000 au Bénin mais ils sont plus de 35 000 000 au Nigéria. Quand vous prenez, le groupe Adja qui comprend les Goun, les Tori, les Sèto et apparentés, ils doivent faire au plus 2 000 000 au Bénin alors qu’au Nigéria ils sont plus de 4 à 5 millions. Si on continue par gouverner à vouloir à tout prix marginaliser et piétiner les départements de l’Ouémé et du Plateau, on nous invite à faire quoi ?             
      
Déjà des foyers de tensions à Porto-Novo et à Kétou

Cette décision du conseil des ministres qui réduit considérablement la carte universitaire n’est pas du tout la bienvenue chez les porto-noviens et les habitants de Kétou. Par un point de presse tenue, vendredi 29 juillet 2016, dans les Habitations économiques à Porto-Novo, l’Association des cadres des départements de l’Ouémé et du Plateau  « Task-force » est montée au créneau pour partager avec la population porto-novienne et celles des régions concernées, les implications que révèle une telle décision. Les membres de l’association Task-force Ouémé/Plateau ont exprimé leur écœurement face à la décision prise au conseil des ministres du 27 juillet 2016 relative à la carte universitaire. Pour ces derniers, la création d’une Université thématique d’Agronomie à Porto-Novo est une coquille vide et une insulte inqualifiable aux populations de l’Ouémé et du Plateau. Ceux-ci, au vu de cette décision, se sont demandés si les facultés d’agronomie d’Abomey-Calavi, celles de Parakou et l’Ecole agronomique de Kétou seront transférées à Porto-Novo. « Le surpeuplement actuel de l’Université d’Abomey-Calavi ne justifie-t-il pas la naissance enfin d’une université entièrement classique à Porto-Novo, la Capitale du Bénin ? »,  ont-ils demandé. Les membres de l’Association Task-force, s’apitoient sur le sort de Porto-Novo : « quelle est donc cette vue étriquée, réductrice, anti-développement qui s’est abattue sur l’Ouémé et le Plateau depuis 1970 et dont les héritiers actuels sont ces experts ‘’en carte universitaire’’ qui entourent la ministre Odile Attanasso ? « En un mot, les populations de l’Ouémé sont indignées face à ces manigances qui sont les manifestations visibles donc perceptibles des démangeaisons cérébrales que provoquent chez certains cadres béninois les noms Porto-Novo, Ouémé et Plateau. Ces mains invisibles  et voix inaudibles préparent la grande césure du Bénin donc sa partition à terme parce que les enfants et amis de Porto-Novo, de l’Ouémé et du Plateau aujourd’hui commencent à manifester des tendances centrifuges. L’ancien régime si-décrié, a réparé une injustice historique commise en 1970 et voilà que le régime du Nouveau départ rétablit l’injustice. Peuple de l’Ouéme et du Plateau, levons nous réclamer nos droits car trop c’est trop… », ont-ils conclu. A Kétou, la première action des populations a été de manifester par voies de presse pour annoncer leur désapprobation face à cette décision.      

Réalisé Par Kola Paqui (Br Ouémé-Plateau)


Matin Libre

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