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Le promoteur culturel Ousmane Alédji au sujet de la pétition : « Les conflits sont partout, les déchirements sont partout…»

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Dans la perspective d’apuyer l’Organisation des Nations Unies de sorte à avoir un monde de partage et de dialogues, dialogue interreligieux, dialogue interculturel, dialogue entre chapelles politiques pourquoi pas et ceci pour un vivre ensemble meilleur, il a été lancé par le Professeur Albert Tévoèdjrè une pétition. C’était en complicité avec le promoteur culturel Ousmane Alédji. Il en parle dans les moindres détails.

Matin Libre : Vous êtes metteur en scène, vous êtes directeur et promoteur d’Artisttik Africa. Vous avez initié  une pétition le mercredi 6 juillet dernier, dont l’objectif est de récolter un million de signatures pour la paix. Comment cela se passe-t-il sur la toile ?

Ousmane Alédji : D’abord, merci. Avant d’aller au bilan, je souhaite merci au Professeur  Albert Tévoédjrè, je lui dis merci de m’avoir inspiré un nouvel engagement de vie. Ensuite merci à mon équipe et à tous ceux qui se sont mobilisés autour de cette pétition. C’est en réalité une cause et même un idéal. Il ne s’agit pas que de paix, Il ne s’agit pas seulement de paix opposée à la violence ou à la guerre. Il s’agit d’une paix obligatoire, d’un impératif pour les citoyens du monde entier. Le ‘’mieux vivre ensemble’’, ce n’est pas une paix imposée du haut par des systèmes de prédation pour se donner bonne conscience mais le produit de nos engagements individuels. C’est une paix qui commence par le socle, le bas du bas. D’où l’accent mis sur le « par un autre chemin » comme pour insister sur la nécessité du contournement des chemins habituels, lesquels ont montré leurs limites.

Et pourquoi procéder ainsi ?

Parce qu’il me semble qu’il y a des mécanismes en place depuis des lustres, mais qui n’ont jamais rien produit de concret. Je pense même que la raison de l’existence de l’ONU, c’est la paix dans le monde, mais aujourd’hui on voit que le monde est de plus en plus en feu, les conflits sont partout, les déchirements sont partout, les violences entre communautés religieuses se multiplient; l’exemple centrafricain est là, l’exemple nigérian est là. Ils viennent d’égorger un prêtre à Saint Etienne. On voit ce que devient le monde. Vous voulez qu’on croise les bras comme le dit Césaire en l’attitude stérile du spectateur indifférent ?

Si les systèmes qui existent depuis des lustres n’y arrivent pas, qu’est-ce qui vous dit que celui que vous prônez et souhaitez y arrivera ?

La confiance en un humain meilleur. Un humain plus attentif à ce que vit, à ce qui arrive à son frère, à sa sœur. Un humain plus disposé à partager qu’à ramasser, qu’à tout ramasser pour lui, qu’importe le prix. La confiance en un humain meilleur pour un monde meilleur. Ce que propose le Professeur Tévoédjrè, c’est cela. Un monde de partage et de dialogues, dialogue interreligieux, dialogue interculturel, dialogue entre chapelles politiques pourquoi pas et ceci pour un vivre ensemble meilleur. C’est un concept révolutionnaire dont le Bénin, que dis-je, dont l’Afrique devrait s’approprier pour en faire la promotion et garder le bénéfice du leadership.

Vous croyez vraiment que ce concept ne dérange personne.

Oh que si! Il dérange les vampires; ceux qui s’abreuvent de la misère, du souffle et du sang des autres. Sinon je ne vois pas quelqu’un d’autre se satisfaire de ce que devient notre monde.

Les idéaux sont pour les rêveurs, ils n’ont jamais rien changé…

Faux. Absolument faux! Qui vous a dit ça? Moi je vous dis, rien de bien, rien de grand ne se fait sans le rêve. Et, avoir un idéal c’est mieux que de périr comme un parasite, nocif jusque dans la tombe. Je vous parle d’extrémistes qui enlèvent 200 enfants pour aller les soumettre à je ne sais qu’elles abominations, je vous parle d’un mec qui se fait exploser dans un aéroport, d’un fou qui tire dans le tas dans une boite de nuit. Des frères d’hier qui se découpent à la machette dans les rues. Nul n’est en sécurité, nul n’est à l’abri, ou que l’on soit. Et vous me dites ne faites rien, rien ne va changer…? En réponse à cette forme de peste, le professeur Tévoydjrè nous invite à nous parler les uns les autres, il nous invite à nous enrichir des uns des autres, les uns apportent aux autres leurs différences. L’interculturalité est une demande de fusion. Que nous acceptions l’autre et que nous apprenions de lui ce qui nous diffère de lui. Cela m’a parlé, énormément parlé. Etre contre cela c’est assumer son statut de vampire. Je sais qu’il y en a. Ce sont eux que Felà Kuti appelait zombis. Notre rôle à nous c’est de diffuser très largement ce concept, de contaminer un très grand nombre d’humains de façon à mettre hors d’état de nuire ceux qui s’alimentent à la source de nos malheurs. Voilà l’objectif.

Quel est le bilan de vos actions à la date d’aujourd’hui ?

Nous nous approchons des 2000 signataires. Je crois  que c’est trop tôt pour faire un bilan. Nous entamons là la troisième semaine. Les mécanismes modernes de collecte de signatures sont dans la phase de finalisation. Nous allons entamer ensuite la phase de la promotion de la pétition. Pour l’instant, nous sommes essentiellement sur les territoires numériques, virtuels. Après, nous allons-nous déployer sur le terrain physiquement pour aller vers les archevêques, les pasteurs et différents chefs religieux pour les mobiliser avec nous. En deuxième lieu, nous allons nous orienter vers les politiques et administratives pour solliciter leurs soutiens. Après, nous allons nous déployer partout en Afrique et  partout dans le monde via des correspondants, des personnes de bonne volonté, via des réseaux de relais, via des réseaux d’amitié, pour impacter le monde entier.

Vous le présentez comme un projet personnel ou une cause nationale.

Bonne question! Il y a ce que je souhaite et il y a ce que je fais. Je vais être très clair. Ce concept appartient à monsieur Tévoèdjrè. C’est ‘’un monsieur patrimoine national’’. Je serais prétentieux de vouloir m’en approprier à moi tout seul. Pour l’instant, je ne suis que le promoteur d’un concept dont il est dépositaire. Je souhaite que les béninois, que les africains prioritairement adhèrent massivement à ce concept et croyez-moi, je ferai de mon mieux pour les convaincre. Il est évident que si l’objectif est atteint, le Bénin va en capitaliser le bénéfice pour son rayonnement international.

Est-ce indiscret de vous demander si vous avez adressé un courrier au gouvernement dans ce sens ?

Vous pouvez être indiscret vu que je n’ai rien à cacher.

Alors ?…

C’est un territoire que je laisse entièrement entre les mains du professeur Tévoèdjrè. Il fera ce qu’il jugera nécessaire. Moi, je me concentre sur la promotion de la pétition. Je vous remercie beaucoup pour cette question. Vous savez, le dimanche où le chef de l’Etat présidait la réconciliation de nos frères protestants, il était prévu que cette pétition soit présentée dans ce cadre-là et que le chef de l’Etat soit le premier Béninois à poser sa signature au bas de la pétition. Je pense que les aléas en ont décidé autrement. Je remercie le ministre d’état Koukpaki qui l’a déjà signée. Croyez-moi, on y arrivera. Dans trois mois on fera le premier point.

Les autres membres du gouvernement ne sont pas au courant ?

Je pense que oui. Ils prennent leur temps. Ce sont des personnes très occupées. (rires) Plus sérieusement, nous sommes dans le pays des à priori les plus étranges et il faut reconnaître que le nom du Professeur Tévoèdjrè ne fait pas sourire tout le monde.

Quand bien même …

Mais qu’est-ce que vous voulez ? Tout cela, c’est béninois. L’autre chose que, pour l’instant, je n’affirme pas, parce que ça m’inquièterait, c’est que j’ai le sentiment que certains pensent qu’aller signer cette pétition c’est rendre service à quelqu’un et on ne veut pas rendre service à quelqu’un. C’est dommage ! Si c’était vrai ce serait vraiment dommage. On a un gros travail de sensibilisation et de plaidoyer à faire dans ce sens. Peut-être! Je vous invite à nous aider.

Metteur en scène, entrepreneur culturel, vous allez vers la paix. Est-ce parce que vous avez envie de toucher à autre chose ?
Je suis professionnel du secteur culturel, entrepreneur culturel, j’ai fait beaucoup de pays dans le monde et modestement parlant, je me suis beaucoup enrichi de cultures étrangères aussi. Ce que j’observe ici et là quand, je traverse les pays où, pendant mes voyages, c’est le regard de l’autre. Le regard de l’autre comme un lieu de curiosité, même comme un lieu de violence aussi. On vous regarde comme une étrangeté,  non pas comme un ami, un frère, non pas comme quelqu’un avec qui l’on partage le souffle humain. On vous regarde comme une étrangeté, comme quelqu’un qui dérange, comme si vous occupiez un espace qui n’est pas le vôtre. Je me demandais depuis lors comment faire, ne serait-ce que retourner ce regard-là ou du moins amoindrir la violence qui émane de ce regard. J’ai été confronté plusieurs fois à ce type de regard. Il y a des gens qui vous demandent : est-ce qu’on se connaît ? Quand vous dites bonjour à quelqu’un, il le prend comme une agression et quand il est poli, il se retourne et il dit : est-ce qu’on se connaît ? Ça n’a l’air de rien mais tout est là. D’autres vous dépassent sans le moindre respect pour vous, d’autres encore se mettent à courir en hurlant. Il y en a encore qui changent de trottoir à l’approche d’un ‘’étranger’’. Ce sont des clichés certes mais ils résument le drame de l’isolement de l’autre. Le Créateur, me semble-t-il modestement, humblement, a vocation à agir sur l’humain, puisque c’est l’humain qui fait son monde. Si nous pouvons agir sur l’humain, nous pouvons agir sur le monde. Si nous pouvons transformer l’humain, nous pouvons transformer le monde. Donc créer, c’est déjà militer pour la paix d’une certaine façon. Donc, je ne sors pas de mon espace professionnel et de ma passion. C’est une façon d’arriver à la même destination. Donc, c’est pour cela que je remerciais monsieur Tévoydjrè. Ecrire, c’est espérer un monde meilleur. C’est cette espérance qui nous nourrit, qui nous fait vivre. Un créateur qui n’est pas porté par  cette foi, pour moi, est un vendeur de piment; il n’a rien à faire dans l’espace de création.

Nous sommes au Bénin où les idées sont toujours volées, on ne réfléchit pas du tout mais on a tendance à récupérer ce que l’autre a fait. Ne craignez-vous pas la récupération ?

C’est un risque à prendre. Je crois que le Professeur et moi-même, nous en avons parlé à plusieurs reprises. Il y a des tentatives de récupérations et il y a aussi des tentatives de découragement et de sabotage. Vous connaissez le terrain béninois, mais nous avons la résistance coriace, ils nous connaissent aussi, ils savent que nous ne sommes pas de ceux qui se laissent faire facilement. Cela dit, nous ne rejetons aucune contribution, nous ne rejetons aucun soutien, nous ne rejetons aucune participation. Je dis que c’est un projet béninois, ce projet de diffusion d’un concept béninois au niveau mondial est un projet béninois. C’est pour tous les enfants du Bénin. Tévoèdjrè est un illustre Béninois. C’est un patrimoine national africain et mondial, pourquoi pas ? Il a même le passeport de citoyen universel, donc c’est un patrimoine. De son vivant, il est un patrimoine, un patrimoine d’abord béninois. Moi j’apporte mes mécanismes de diffusion, de propagation et de promotion.  Donc, c’est béninois ça, et donc si des gens sentent que c’est un concept  porteur, c’est une initiative qu’on va promouvoir. Ils sont les bienvenus et on va leur ouvrir les bras. Mais ceux qui veulent essayer d’abattre ça, d’immoler cela, ils auront beaucoup de mal. Ceux qui voudront s’approprier ça, savent déjà que c’est impossible, qu’ils ont déjà échoué. Mais cela dit, seul Dieu est grand et connaît ce qui se passera demain. Moi je vivrai ça comme une  douleur profonde,  si cette initiative était récupérée par un autre pays. Si d’autres pays donc venaient à nous battre dans la signature, dans les pétitionnaires, si un autre chef d’Etat prenait le leadership par exemple de cette démarche, je vivrai ça comme une douleur. Mais alors, on n’oblige personne à rien. Mais toujours est-il que j’ai le sentiment que ça devient un concept mondial.  Nous aurons du temps pour faire le point. Mais je suis persuadé que  c’est parti pour durer. C’est parti pour durer, parce que nous ferons tout  pour que les Béninois se sentent fiers d’avoir une fois encore initié ou porté un concept au niveau mondial

Avez-vous des appels à lancer ?

J’ai deux appels à lancer. Le premier, c’est un appel à la signature populaire de cette pétition, à la signature engageant pour chaque citoyen béninois, pour chaque fidèle, quel que soit le culte auquel nous nous associons ou bien par lequel l’on nous reconnaît. Je voudrais que tout le monde signe en ligne ou dans nos registres cette pétition. Le deuxième appel, ce serait à l’adresse des responsables de cultes, les responsables religieux de ce pays,  de s’impliquer dans la mobilisation des fidèles, parce qu’il ne s’agira pas seulement  de signer une pétition mais il s’agira de créer des infrastructures communautaires en partage : des écoles pour nos enfants dans des lieux de conflit, des forages, des puits pour nos enfants ou nos petits-enfants ; initier les projets de rencontre, de festivals, de fêtes, de spectacles dans des lieux de conflit ; amener nos enfants à vivre ensemble ; à mieux vivre ensemble. Donc, ce qui est perçu pour l’instant comme juste de la signature aura pour retour, le résultat du concret et au bénéfice des peuples qui sont en conflit ici et là. Donc, je les engage à nous aider à atteindre cet objectif-là. C’est une cause, c’est aussi un idéal. Voilà ce que j’ai à dire.

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