Le Professeur Félix Iroko à propos du désintérêt de l’hymne national :...

Le Professeur Félix Iroko à propos du désintérêt de l’hymne national : «Il faudrait que l’instruction civique soit parmi les réformes phares du système éducatif»

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Nous ne connaissions pas l’hymne national chez nous avant la période coloniale. Il a fallu donc que le colonisateur français vienne s’installer chez nous pour créer la colonie du Dahomey qui a été administrée par ces colons jusqu’en 1960 où, on a eu notre indépendance. Mais pendant la période coloniale, nous chantions la Marseillaise.L’hymne national du Bénin, comme tout hymne national, est d’abord un texte, un chant de valorisation de la patrie, du rappel éventuellement de son passé glorieux, de la valorisation du présent,et de l’espoir qu’on met dans l’avenir du peuple. Donc, c’est un texte très important et aujourd’hui, tous les pays du monde ont leur hymne national qui valorise ce qui a été important dans leur passé, ce qui est important dans le présent et la projection sur le futur. C’est un texte extrêmement important devant lequel, il faudrait avoir une attitude de respect comme la même attitude qu’on doit avoir face au drapeau national. Ce sont les symboles du pays, les symboles de l’indépendance du pays, de sa souveraineté nationale et internationale. Et ce sont des symboles qui sont presque sacrés et dignes de respect. Ils représentent en quelque sorte chacun d’entre nous, et la collectivité tout entière.  C’est sur ce point de vue que c’est un texte extrêmement important ; la plus importante des  chansons d’un pays parce qu’il n’est pas exclu qu’il y ait d’autres chansons qui valorisent tel ou tel aspect du pays. Mais ces chansons ne sont pas codifiées comme un hymne national. L’hymne national est codifié ; c’est institutionnaliser ; c’est dans la constitution du pays et ça va de pair évidemment avec le drapeau que le pays a choisi. Et un hymne national est toujoursparticulier, précis, et ça correspond dans une certaine mesure, à certaines réalités du pays. C’est pourquoi, l’hymne national d’un pays ressemble rarement à l’hymne national d’un autre pays.Les auteurs de cet hymne n’ont pas été inspirés par les mêmes valeurs mais ce sont toujours des valeurs positives. C’est-à-dire que tout hymne national,quel que soit le pays concerné, est toujours soutenu par des valeurs positives. Globalement, c’est le plus important des chants d’un pays(...) Tout le monde doit la connaître par cœur une fois pour toute ; la valoriser, et avoir à son égard, une attitude de respect absolu. Ce que malheureusement nous observons de moins en moins chez nous.

Qu’est-ce qui explique ce désintérêt ?

Je le situe sur deux plans. Le premier plan est que de moins en moins l’instruction civique n’est plus enseignée dans les différentes classes surtout à l’école primaire et dans les lycées et collèges. L’instruction civique est fondamentale. C’est un socle, un soubassement. Elle a été négligée depuis un certain nombre de décennies et il faudrait qu’elle soit rétablie. C’est à travers elle qu’on montre aux enfants la valeur même à la fois de l’hymne national que du drapeau national. Un autre aspect qui me semble fondamental et qui vient aggraver le premier, est que les adultes aussi, n’ont plus cette attitude de respect et de valorisation de ce précieux patrimoine qu’est l’hymne national. Ils ont souvent une attitude désinvolte. On a l’impression qu’ils ne comprennent plus la valeur patrimoniale de cet hymne-là. Or, la meilleure pédagogie, la meilleure éducation, passe toujours par l’exemple. Les enfants, les jeunes, sont souvent enclins à imiter les adultes dans certains de leur comportement. La non maîtrise de l’hymne national n’est qu’une conséquence du désintérêt. On ne retient bien qu’une chose que si la chose vous intéresse réellement. C’est plutôt une sorte d’abandon et de renoncement coupable. Il y a une certaine lassitude. L’hymne national, au même titre que le drapeau national constitue une valeur patrimoniale pour le pays. C’est l’image même du pays. Ce sont les symboles du pouvoir de la souveraineté du pays. Nous ne chantons plus la Marseillaise aujourd’hui, comme nous l’avons chantée pendant la période coloniale. Nous devons respecter l’Aube nouvelle et la sauvegarder.

Quelle est la part de responsabilité des apprenants ?

Les responsabilités à mon avis sont situées à deux niveaux essentiels. On ne peut pas condamner les apprenants, les enfants. On leur apprend plusieurs chansons et probablement dans ces chansons, il y a l’hymne national. C’est aux adultes surtout de leur montrer, à travers l’instruction civique à l’école primaire, et à travers les comportements que nous avons au quotidien, que c’est important. Et, il faudrait que cela soit parmi les reformes phares du système éducatif. Il faut qu’on prenne au sérieux l’instruction civique et que nous-mêmes par nos bons exemples devant le drapeau national et devant l’hymne, que nous ayons un comportement qui puisse inspirer confiance aux jeunes. Les gens disent que, si vous instituez votre propre divinité, votre propre fétiche et que vous lui donniez des coups de pied, ne demandez pas aux autres de venir se prosterner devant cette divinité-là. Donc, de bons exemples doivent commencer par nous les adultes et les enseignants ont un très grand rôle à jouer à ce niveau ainsi que le gouvernement.

Le fait d’accorder la primeur juste au premier couplet n’est-il pas un désintérêt ?

Le fait qu’on ne choisisse seulement que le premier couplet ne constitue nullement à mon égard un désintérêt. Le premier couplet annonce les couleurs en quelque sorte. C’est comme nos panégyriques claniques. On n’a pas besoin de tout énuméré, c’est long. Pour un hymne national, le fait qu’on ne prenne que le premier couplet, n’est pas du tout une hérésie, un désintérêt. Le désintérêt à mon avis se situe sur un autre plan.On constate aujourd’hui que les gens n’ont pas le comportement qu’ils devraient avoir vis-à-vis à la fois de l’hymne national que du drapeau national. Les gens n’ont pas cette attitude, cette volonté d’être vraiment inspirés par cette chanson et de croire à ce qu’on dit. L’hymne national ne doit pas être chanté de façon désinvolte, sans intérêt. L’hymne national ne doit pas être chanté comme n’importe quelle autre chanson.

Comment pallier la situation ?

L’hymne national ne se meurt pas. Ce genre de préoccupation que vous avez,si d’autres l’ont, ça signifie simplement une prise de conscience. La  solution à trouver, c’est tout simplement le rétablissement de l’instruction civique, et dans une deuxième mesure, l’exemple à prêcher par le comportement des adultes. C’est sur ces aspects que j’ai voulu insister sur ce précieux outil, ce patrimoine sacré qu’est l’hymne national.

Votre mot de la fin

Il y a plusieurs aspects du patrimoine familial. Cependant, il y a des aspects qui sont plus importants que d’autres. Et pour moi, le drapeau national et l’hymne national sont des valeurs cardinales qu’il faudrait sauvegarder en même temps qu’on parle de la morale, de l’honneur, etc. il faudrait qu’on mette cela sur le même point d’égalité.

Transcription : Cyrience  KOUGNANDE

Hymne National du Bénin
L'Aube Nouvelle


Refrain
Enfants du Bénin debout
La liberté d'un cri sonore
 Chante aux premiers feux de l'aurore
 Enfants du Bénin debout
 
Premier couplet
 Jadis à son appel
 Nos aïeux
 Sans faiblesse
 Ont su avec courage et ardeur
 Pleins d'allégresse
 Livrer au prix du sang
 Des combats éclatants
 Accourez-vous aussi
 Bâtisseurs du présent
 Plus forts dans l'unité
 Et chaque jour à la tâche
 Pour la postérité
 Construisez sans relâche

Refrain
 Enfants du Bénin debout
 La liberté d'un cri sonore
 Chante aux premiers feux de l'aurore
 Enfants du Bénin debout

Deuxième couplet
Quand partout souffle un vent de colère et de haine. Béninois, sois fier, et d'une âme sereine,
Confiant dans l'avenir, regarde ton drapeau!
Dans le vert tu liras l'espoir du renouveau,
De tes aïeux le rouge évoque le courage;
Des plus riches trésors le jaune est le présage.
 
Refrain
Enfants du Bénin debout
 La liberté d'un cri sonore
 Chante aux premiers feux de l'aurore
 Enfants du Bénin debout

Troisième couplet
Tes monts ensoleillés, tes palmiers, ta verdure,
Cher Bénin, partout font ta vive parure.
Ton sol offre à chacun la richesse des fruits.
Bénin, désormais que tes fils tous unis
D'un fraternel élan partagent l'espérance, de te voir à jamais heureux dans l'abondance.

 Refrain
 Enfants du Bénin debout
 La liberté d'un cri sonore
 Chante aux premiers feux de l'aurore
 Enfants du Bénin debout


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