Le Béninois de demain, face à l’impératif du développement économique d’aujourd’hui :...

Le Béninois de demain, face à l’impératif du développement économique d’aujourd’hui : Les défis de la ville “durable”

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Pour la première fois dans l’histoire, plus de la moitié de la population mondiale vit dans les villes. Plus de 90 % de la croissance urbaine se produit dans les pays en développement, et la population urbaine augmenterait chaque année de 70 millions d’habitants. On prévoit un doublement de la population urbaine des deux régions les plus pauvres du monde (l’Asie du Sud et l’Afrique subsaharienne) sur les vingt prochaines années.

On estime qu’un milliard d’habitants des pays en développement vivent aujourd’hui dans des bidonvilles (1). Le succès de nombreux programmes aux quatre coins du monde l’atteste : l’amélioration de l’environnement urbain peut transformer les bidonvilles en quartiers dynamiques et bien intégrés, comme au Sénégal, à Singapour, en Thaïlande et au Viet Nam.

L’urbanisation est donc l’un des phénomènes marquants de ce siècle, et le monde en développement est le siège de cette transformation démographique. La planète devrait compter près de deux milliards de citadins supplémentaires d’ici 20 ans, avec un doublement prévu de la population urbaine en Asie du Sud et en Afrique. Cette croissance concernera principalement les villes de petite et moyenne importance comme Porto-Novo, Parakou, Ouidah, Allada, Bohicon; même aujourd’hui, plus de la moitié de la population urbaine du monde réside dans ces villes de moins de 500 000 habitants.

Le Bénin, notre pays, ne déroge pas à la règle, et est concerné dans toutes ses dimensions par les différentes mutations à l’œuvre qui posent le triple enjeu de la lutte contre la pauvreté, du changement climatique et d’une croissance durable qui va mettre à l’épreuve les villes en développement d’aujourd’hui. D’après les estimations, 70 % des émissions de gaz à effet de serre proviennent des villes et plus de 70 % de l’énergie est consommée dans les zones urbaines.

Les villes se retrouvent ainsi en première ligne de la problématique du changement climatique car la forme urbaine dominante de demain sera une ville plus dense et plus compacte.

Il est donc nécessaire de s’interroger sur la manière de gérer l’urbanisation et sur nos principales villes, Cotonou-Porto-Novo-Parakou Abomey-Calavi, Ouidah, Bohicon pour ne citer que celles-là, etc.

Compte-tenu du poids des villes dans le PIB mondial (environ 70 % selon la Banque Mondiale), l’évolution récente de la pensée économique amène les institutions du Betton-Wood (FMI, la Banque Mondiale, FMI) et les Partenaires Techniques et Financiers (PTF) à revoir leur vision de l’urbanisation.

Un nouveau cadre théorique, étayé par une littérature de plus en plus abondante, met en avant les effets positifs de l’urbanisation, induits par une productivité en hausse, des marchés du travail fluides, et un meilleur accès aux marchés.
Pour beaucoup de personnes aujourd’hui, la question n’est plus de savoir comment contenir l’urbanisation, mais comment s’y préparer, recueillir les fruits de la croissance économique associée à l’urbanisation, tout en réduisant les encombrements, la délinquance, les pratiques informelles et les taudis.

Bien gérer, l’urbanisation peut contribuer à faire face au changement climatique grâce à des villes plus denses, plus compactes, permettant d’économiser l’énergie et de réduire les temps et les coûts de transport des citadins et des entreprises.

Parmi les principaux constats –partagés – de tous les spécialistes qui appellent à une action d’urgence au Bénin, et en Afrique plus globalement, pour les villes et les collectivités territoriales, toujours selon la Banque mondiale, on retiendra essentiellement :

1- L’urbanisation est une question trop importante pour être laissée à la seule initiative des villes : l’État doit intervenir dans des domaines critiques tels que le marché foncier et le marché du logement, qui dépassent le champ de compétences des autorités municipales.
2- Les villes doivent être outillées pour gérer l’arrivée de nouveaux résidents : cela suppose d’être plus réactif, par exemple, en mettant rapidement en place les règles d’urbanisme et un cadre formel de construction/extension des villes, afin de permettre la densification urbaine et empêcher une hausse excessive des prix due à la pénurie de logements et de terrains.
3- Si l’on n’anticipe pas maintenant sur la croissance urbaine déjà en cours, pour aller à Cotonou, Porto-Novo, Abomey-Calavi, Ouidah, Bohicon, Parakou, nous le payerons très cher et il sera difficile de revenir en arrière, quand on sait qu’aujourd’hui, la vocation première de l’urbanisme occidental, est de réparer les dégâts de l’urbanisation anarchique des années 50-60
4- Travailler activement à tirer parti de l’agglomération urbaine ou de la métropole et à gérer les encombrements, c’est s’assurer des gains très importants en termes de croissance économique et de réduction de la pauvreté.
Le Bénin, pour un Nouveau Départ effectif, doit dans une Stratégie urbaine d’urgence réorganiser les actions et les missions de toutes les structures dédiées (SERHAU SA., AGETUR, AGETIP, APIex) dans le secteur urbain en cinq branches d’activité primordiales pour les villes et les collectivités locales au cours de la prochaine décennie :

1- Concentrer les efforts sur les éléments essentiels du système ville : la gestion, les finances et la gouvernance des villes
2-Faire de la lutte contre la pauvreté, une priorité des villes : réduire la pauvreté urbaine et réhabiliter les quartiers insalubres
3-Soutenir les économies urbaines : les villes et la croissance économique
4- Encourager des marchés du foncier et du logement plus accessibles : politique foncière, logement et urbanisme
5- Promouvoir un environnement urbain sûr et viable : environnement urbain, changement climatique et gestion des catastrophes.

Et quid de la conurbation Cotonou constituée par le réseau de villes Porto-Novo-Cotonou-Abomey-Calavi-Ouidah qui pose aussi incontestablement le défi du siècle en termes d’infrastructures adaptées pour le pays, dont près de ¾ des habitants seront citadins à l’horizon 2050 ? dans un système d’aménagement urbain apaisé, connecté, durable, conçu pour le citadin ?
Une ville prospère est une ville qui sait changer ses façons de faire, assainir ses finances, attirer des investisseurs privés et améliorer le sort des pauvres.

Raymond Aboki
Urbaniste

Matin Libre

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