Interview exclusive avec Michel Alokpo : « Plus de 700 dénominations d’églises...

Interview exclusive avec Michel Alokpo : « Plus de 700 dénominations d’églises au Bénin constituent une source d’insécurité »

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Sept mois après la présidentielle de 2016, l’ancien conseiller technique de Boni Yayi à la sécurité intérieure, Michel Alokpo n’a pas changé. Tel un voyageur sur le quai, il attend patiemment le Nouveau départ. Cet après-midi du 25 octobre 2016, à Bénin Marina Hôtel de Cotonou, le « Pasteur du Président » se confie à cœur ouvert sur les raisons de son désamour avec Boni Yayi et les cauris. Aujourd’hui, il observe la rupture de loin. Ce qui lui tient véritablement à cœur, c’est cette floraison incontrôlée des Eglises au Bénin et qui pourrait devenir, si l’on n’y prend garde « une source d’insécurité ». Malgré les critiques sur le mode de gouvernance actuelle, le Pasteur croit que l’espoir est permis. Et c’est au nom de cette foi politique qu’il prophétise que, avec un peu d’attention et d’humilité, l’homme d’affaires porté au pouvoir le 20 mars dernier, pourra devenir l’icône de la démocratie béninoise. Aussi, a-t-il réagi sur les nombreux dossiers à polémique sous l’ère Talon, et admiré la sérénité de l’actuel chef de l’Etat. De la crise sécuritaire à la morosité économique, prudent et critique à la fois, Michel Alokpo livre ce qu’il sait de la rupture. Interview.

Pasteur Michel Alokpo, durant ces dix dernières années, vous vous êtes battu aux côtés du Président Boni Yayi pour porter les idéaux du changement et de la refondation. Que peut-on mettre à l’actif du Président Boni Yayi après ces deux quinquennats ?
Je me suis battu aux côtés du Président Boni Yayi pour redorer le blason de la bonne gouvernance. J’ai eu des prises de position par rapport aux comportements de certains de ses collaborateurs. Je crois que sur le plan du développement sociopolitique, Yayi a assez fait. Mais il reste beaucoup à faire. De plus, aujourd’hui, il y a le problème de la pauvreté, du chômage des jeunes. Yayi Boni a fait la promotion des jeunes durant son mandat. Il a inauguré beaucoup d’infrastructures. Aucun président avant lui n’a fait ce que Yayi a réussi à faire sur le plan des infrastructures. C’est un battant. Il sait à quelle porte frapper pour avoir des solutions et des ressources. Il a créé plusieurs universités. Le peuple béninois lui doit cela. On ne peut balayer du revers de la main tout ce qu’il a fait.

Comment appréciez-vous les actes de mauvaise gouvernance qui ont entaché la gouvernance de Boni Yayi ?
Il y a des scandales qu’on a dénoncés et qui devraient être réprimés. Les preuves sont là. La presse a relayé un certain nombre de rapports. Les dossiers Ségub, Icc-Services, machines agricoles, Cen-Sad, etc. Ce sont les dossiers qui sont les plus connus. Quand je dénonçais ces malversations au sommet de l’Etat, des proches collaborateurs du chef de l’Etat le remontaient contre moi. Le Président Boni Yayi sait que Michel Alokpo dénonce quand ça ne va pas. Pourtant, il m’a complètement mis à la touche. J’ai fait des révélations troublantes à ce sujet en septembre 2015. Ce qui se passe dans ce pays est que quand on dit une vérité, on devient ennemi de tout le monde.

Que regrettez-vous de votre collaboration avec l’ancien chef de l’Etat ?
Ma collaboration avec Boni Yayi a été franche et sincère. Je faisais partie de ces rares personnes qui lui disent la vérité en son temps. Il m’écoutait dans la plupart des cas. Mais avec le temps, nos relations se sont détériorées. Il ne me consultait plus. Moi j’ai gardé des relations d’amis, fraternelles. C’est un homme d’Etat, un homme qui a su gérer le pouvoir pendant dix ans et qui a su également gérer les hommes. Ce n’est pas facile de gérer les hommes. Mais, il a ses faiblesses et le côté relationnel en est une.

Qu’est-ce qui vous a amené à quitter le navire Fcbe et à soutenir Talon pour la présidentielle de 2016 ?
Quand le navire est en danger et que vous, vous vous voyez en danger, il faut sauter du navire. C’est ce qui s’est passé. Cela fait déjà plusieurs années qu’il y a une certaine rupture entre nous. J’ai fait un débat sur Golfe Tv à la veille de l’élection présidentielle, et après le débat, je reçois un coup de fil qui me dit, Pasteur, qu’est-ce que tu racontes ? On n’a plus besoin de toi. Vous comprenez que c’est eux-mêmes qui m’ont chassé du navire. Depuis ce jour, j’ai compris que tous les cadres chrétiens qui l’entourent m’on mis à l’écart et je me suis retiré. Quand je me suis prononcé en faveur de Talon, c’est en ce moment que Yayi a reconnu que, même si je n’ai pas un parti politique, j’ai une autorité dans ce pays. Ma voix porte. J’ai quitté le navire Fcbe parce qu’il était en danger.

Certains ont dit que si vous avez quitté le navire c’est parce qu’il y avait des milliards en jeu du côté du Président Talon et qu’il fallait saisir l’opportunité. Est-ce que ce n’est pas une réalité ?
Quand j’ai fait ma première déclaration sur Canal 3, Talon et Boko étaient à Paris. C’est moi qui ai financé la déclaration. J’ai fait des publications dans plusieurs journaux en ce temps. Aucun membre de la rupture ne savait que j’allais faire cette conférence de presse. Je me retrouve souvent à Bénin Marina Hôtel, et c’est ici qu’ils tiennent leur réunion. Quand les membres de la rupture viennent, ils me saluent. Mais ils ne savaient pas que j’allais faire une déclaration

Est-ce que ce n’était pas un appel de pied ?
Moi, j’avais une conviction du meilleur candidat à cette époque. Et quand j’ai fait mon débat, j’en ai cité cinq. Et parmi les cinq, il y a Lionel Zinsou, Patrice Talon, Pascal Koupaki, Sébastien Ajavon et Abdoulaye Bio Tchané. Je n’ai pas osé me prononcer au premier tour. Quand nous sommes arrivés à la dernière ligne droite pour choisir le candidat, le moindre qu’il fallait choisir était Patrice Talon.

Aujourd’hui, où est-ce que vous vous situez dans le nouveau départ ?
C’est comme si tu pars pour aller prendre ton train à la gare et une fois à la gare, le train a du retard. Moi je suis à la gare et j’attends le train. Un jour, je vais rentrer dans le train du nouveau départ. Ça veut dire que j’ai adopté le projet de société de Talon. J’ai une conviction sérieuse, je suis pour la rupture. La rupture est synonyme de refondation. J’ai toujours combattu la mal gouvernance dans ce pays et j’ai pensé qu’avec Talon, cela peut réussir. Aujourd’hui, il y a des gens qui sont méfiants. Ils se posent la question, quelle sera l’utilité de cet homme ? Des gens sont allés jusqu’à dire que j’ai aidé Yayi à chasser Talon et Boko du pays. Alors que, dans mon âme et conscience, avec le doyen Emile Paraïso, nous avons travaillé pour que l’Eglise catholique prenne ce dossier en main et amène les deux hommes à la réconciliation. Je pense que si Talon juge que je suis utile, je suis à sa disposition.

Quelle est votre appréciation des sept premiers mois du régime Talon ?
Je peux dire que dans l’ensemble, c’est positif. C’est cette histoire de crise économique qui frappe à nos portes à cause du Nigéria qui ternit l’image de ce gouvernement. C’est comme au temps de Soglo quand la dévaluation a eu lieu, cela n’a pas arrangé Soglo. Je pense que la récession économique qui est en cours fait que les Nigérians ne viennent plus dans notre pays pour acheter. C’est un problème social. Talon a découvert que le Bénin est endetté et que pour redresser l’économie, il fallait opérer quelques redressements. C’est ce qui s’est passé au temps de Soglo où on a demandé aux gens de partir volontairement de la fonction publique, et ce sont les institutions de Bretton Woods qui ont imposé cela. C’était une période très dure, et Talon est en train de vivre la même chose aujourd’hui. L’économie du pays était à terre quand il a pris le pouvoir et il faut la redresser. Je pense que dans l’ensemble, cela se passe bien. Le problème est qu’il ne communique pas suffisamment. S’il le faisait, les gens auraient plus d’informations sur ce qui se passe au sein de son gouvernement et les choses devraient aller plus vite. Quand le budget de 2017 sera voté, les choses rentreront dans l’ordre. Il est venu trouver une situation un peu dégueulasse, il n’y a plus d’argent dans le pays. Le prochain budget qui est doublé veut dire beaucoup de choses. A partir de ce budget, il y aura beaucoup de problèmes qui seront réglés.

Comment appréciez-vous cette politique de suspension, d’abrogation, de suppression…de la rupture ?
Quand je prends par exemple la suspension des concours, il semblerait qu’il y a eu fraude. Même Yayi Boni a eu à annuler en son temps des concours. Le Président Patrice Talon n’a pas donc annulé au hasard. Les centrales syndicales sont entrées dans le jeu, car elles ont eu des informations. Et s’il ne l’annulait pas, il pouvait avoir des syndicats au dos. S’il y a eu fraude, c’est normal qu’on annule.

Pensez-vous que le budget 2017 est réaliste ?
Je ne peux pas rester ici pour apprécier. C’est un homme d’affaires et quand il fait un budget de cette importance, c’est parce qu’il sait les sources par lesquelles il va faire rentrer les sous. Je ne pense pas que c’est le port de Cotonou qui va lui permettre de rentrer en possession de ces deux mille milliards. Il faut toujours croire en l’homme. Qui a cru que Talon allait prendre le pouvoir ? Il faut croire en lui et laisser faire.

Vous avez été chargé de mission au ministère de l’intérieur, conseiller technique du chef de l’Etat. Comment analysez-vous la gestion de la crise sécuritaire que traverse le Bénin ?
Ça va mal parce qu’il y a malaise au sein des hauts gradés de la police nationale. Moi, je le dis haut et fort. Il y en a toujours eu. Et puis, le statut des policiers qui n’est pas mis en application fâche. Du coup, ceux qui sont chargés de sécuriser le pays sont devenus une source d’insécurité. Quand vous rentrez dans une corporation, si c’est par vocation, il y a un engagement sûr, mais, il y en a beaucoup qui sont rentrés sans vocation, juste pour rançonner les gens afin de grandir très vite. Je pense qu’il est important que le gouvernement de Talon revoie la situation au niveau de la police. J’apprends qu’il y aura un deuxième syndicat, cela annonce aussi des malaises. Je suis allé au Rwanda et j’ai vu comment se comportaient les forces de police. J’en ai fait part à mon ministre et il a suivi. Il a associé les militaires et les gendarmes pour sécuriser le pays. C’est ce qui se passe au Rwanda. Les militaires sont positionnés dans tous les coins de rue, ils ne dérangent personne. C’est ce que je constate dans le pays, mais cela ne dissuade pas les braqueurs. La situation économique dégradante actuelle a un impact dans la multiplication des braquages. Il faut travailler pour que les hauts gradés s’entendent. Il y a des compétences au niveau des hauts gradés de la police. Il faut placer la personne qu’il faut à la place qu’il faut. N’importe qui ne peut pas être directeur général de la police, il faut en avoir la carrure. La police ne dispose pas suffisamment de moyens. Au Burkina-Faso et au Rwanda par exemple, la police a des hélicoptères. Quand il n’y a pas de sécurité, il n’y a pas de développement. L’Etat doit mettre les moyens à la disposition de la police et de la gendarmerie. Il y a aussi la cohabitation entre les forces de sécurité publique. Les policiers critiquent les gendarmes et vice versa. Il faut qu’on sache à quel ministère sont ralliés les gendarmes. La mise à disposition de la gendarmerie du ministère de l’intérieur est tout à fait normale. La police n’a pas suffisamment d’effectifs. Il va falloir faire des réformes dans ce domaine. C’est important. On dit que la police reçoit souvent plus de matériels. J’ai fait le constat quand j’étais au ministère de l’intérieur. J’ai l’impression que la gendarmerie est le parent pauvre de la structure de la sécurité. J’ai visité des brigades où le Commandant de brigade n’a même pas une moto. L’Etat doit signer des accords de coopération, non seulement pour des appuis matériels mais également pour des recyclages réguliers. Il faut que l’Etat anticipe.

Quelle est votre appréciation du Projet de réformes politiques et institutionnelles du Président Patrice Talon ?
Les réformes datent depuis Mathieu Kérékou. Kérékou n’a pas pu réviser la Constitution pour des raisons que vous connaissez. Boni Yayi non plus n’a pas pu le faire à cause des intoxications. Les réformes annoncées par Patrice Talon s’imposent. Notre système démocratique est en panne. La démocratie n’est pas synonyme du désordre. Tout le monde est conscient que le système partisan doit être revu. Un pays qui a calqué sa Constitution sur le modèle français, se trouve aujourd’hui à plus de 200 partis politiques pendant que la France n’est qu’à une dizaine à peine. Notre voisin de l’Est, le Nigéria, qui a plus de 200 millions d’habitants est à au plus 20 partis politiques. Le pluralisme politique intégral n’arrange pas notre système démocratique et le développement de notre pays. Et le phénomène rattrape les églises.

En quoi cela affecte les églises ?
Il y a des églises qui naissent partout aujourd’hui au Bénin, dans tous les quartiers et dans des baraques. C’est au temps de la démocratie qu’on a eu cette floraison. Au temps de la révolution, on ne peut pas créer une église comme cela. Il y a des églises de 15, 20, ou 50 fidèles qu’on autorise devant des églises qui ont plus de 800 voire 2000 temples locaux. Ce n’est pas possible. La multiplication des églises et des sectes est une source d’insécurité. Les gens viennent sous le couvert d’une église, s’habillent proprement et se déguisent en prophètes, mais ne sont que des dangers publics. L’Etat doit réformer tout le système, le syndicalisme, pareil. Vous allez dans un ministère, vous retrouvez deux ou trois syndicats. Nous n’avons jamais vu cela sous le Président Kérékou. Donc, c’est à cause de ce multipartisme qui a donné libre cours à la liberté d’expression et de religion que chacun fait ce qu’il veut. On ne peut pas autoriser une église si elle n’a pas des embranchements dans au moins quatre départements. Ce n’est pas une boutique de vente de pain. L’Eglise représente le corps du Christ. Il y a des autorisations par copinage. J’ai combattu cela. Mais mes ministres successifs ne m’ont pas compris. Des centaines d’autorisations ont été délivrées à de petites églises. C’est une honte pour mon pays. Nous pouvons compter aujourd’hui plus de 700 dénominations dont à peine une soixantaine qui ont un rayonnement national. Il y a des églises qui ne sont présentes que dans une seule localité. Le problème, c’est qu’elles ne travaillent pas pour évangéliser et pour s’étendre. Elles préfèrent rester à Cotonou, parce que le centre du business. Ainsi, plus de 700 dénominations d’églises et sectes constituent une source d’insécurité. Patrice Talon doit régler cette question.
Je reviens sur un sujet qui fâche. Je préfère que ce sujet fâche pour que le pays ait la paix. C’est la question de Banamè. J’ai suivi ce dossier quand j’étais au ministère de l’intérieur. Vous savez qu’ils ne sont pas autorisés. Vous savez aussi leur comportement peu responsable vis-à-vis de l’église catholique. Et l’Etat ne fait rien. Ce n’est pas parce que nous avons soutenu Talon que nous allons laisser les dérapages continuer. Je l’aime beaucoup. Elle a créé aujourd’hui pas mal d’églises partout au Bénin. Les gens y vont, mais il faut qu’il y ait le respect des autres et qu’elle se fasse enregistrer comme une église légale.

Vous tenez à ce que les réformes touchent le mythe du pluralisme religieux au Bénin. Est-ce que la réconciliation des frères protestants n’est pas un pas ?
L’une des actions qui ont marqué les 7 mois de sa gestion, c’est cette réconciliation qu’il a réussie. Si l’église ne se porte pas bien, la nation ne va pas bien se porter. C’est la politique qui est en train de s’infiltrer dans l’église. Or, cela devait être le contraire. C’est l’église qui doit être sel et lumière, c’est l’église qui doit influencer la société, le milieu politique. La crise méthodiste, 20 ans, ce qui s’est passé, je ne veux pas revenir là-dessus. Je veux écrire un livre là-dessus. C’est un grand effort qu’il ait pu réconcilier les deux clans.

Qu’est ce qui a favorisé cette réconciliation spontanée entre les frères protestants ?
Les protagonistes étaient fatigués. Je pense que c’est ça qui a favorisé ce rapprochement, mais il faut dire que les médiations qui ont été entreprises dans le passé ont préparé à ce qui est arrivé sous Talon. Si c’était en 2010, 2008, 2009, ce n’est pas sûr qu’il aurait abouti à ce résultat. Les gens sont fatigués, ceux qui étaient à la tête sont partis à la retraite. Mais il y a mis du sien, il a joué un rôle d’arbitre et non de médiateur parce qu’il a pris le taureau par les cornes. Il y a plusieurs églises qui sont encore en procès dans notre pays le Bénin. La loi 1901 ne sert plus nos sociétés aujourd’hui. L’église ne peut pas fonctionner comme un parti politique. L’église ne peut pas fonctionner comme une association de la société civile. L’église, c’est la représentation de Dieu sur la terre, donc il y a des normes éthiques qu’il faut exiger avant de donner des autorisations aux églises. C’est vrai qu’on fait l’enquête de moralité, mais cela s’achète. Si tu as 200 000f, on te fait l’enquête et tout de suite, le résultat sort et tu installes ton église, même les autorisations qu’on donne, ça s’achète. Il y a du travail pour le Président Talon. Ces réformes, ce n’est pas seulement au niveau de l’Etat. C’est une réforme qui doit s’opérer à tous les niveaux, au niveau de la société civile pour pouvoir recadrer les choses. Je pense que ça doit partir d’abord de la révision de la Constitution. Et cette liberté qu’on donne aux gens de créer des mouvements par-ci par-là, un mouvement politique, ça n’existe pas dans la charte des partis politiques. L’Etat doit accompagner les partis politiques, c’est-à-dire les financer puisque personne ne donne de l’argent pour faire fonctionner les partis politiques aujourd’hui. Le Président a intérêt à être à l’écoute du peuple et de la coalition qui l’a porté au pouvoir. Il y a certaines questions qui ont été déjà réglées par rapport à la révision de la Constitution.

Est-ce que le Pasteur Michel Alokpo est pour ou contre le mandat unique ?
Je ne veux pas me prononcer sur les détails parce qu’on ne sait pas le contenu de l’avant-projet de révision. Personne ne sait pour le moment si c’est deux mandats ou un mandat unique qui a été retenu. L’un ou l’autre, l’essentiel, c’est que le pays avance. Je ne suis candidat à aucune élection. C’est le peuple qui doit se prononcer à travers un référendum. Mais avant, il y a plusieurs étapes que doit franchir le projet de révision de la Constitution. Il faut que l’Assemblée nationale puisse se prononcer, puis la Cour Constitutionnelle.

Que pensez-vous de la mesure d’’interdiction d’activités aux mouvements d’étudiants ?
Est-ce que ces mouvements devraient être enregistrés sur la base de la loi 1901 ? Il faut revisiter cette loi parce qu’un mouvement qui devient plus politique qu’un mouvement social, ça pose un véritable problème. Tout ce qui se passe sur le campus d’Abomey Calavi est téléguidé par des partis politiques. Je pense que la liberté de manifester dans un pays est accordée par la loi. Même si vous avez eu l’autorisation du ministère de l’intérieur, vous devez obtenir, si c’est une manifestation publique une lettre d’autorisation du maire de la ville qui met à votre disposition la police pour qu’il n’y ait pas de casses. Vous n’allez pas faire des manifestations pour détruire des infrastructures de l’université. Il se pose un problème d’insécurité dans le pays, et pour cette raison, le chef d’Etat peut interdire. Dans le cas de la crise méthodiste, le chef d’Etat a dû faire une main mise sur les décisions de justice pour un compromis. C’est dans le cadre de ces réformes certainement qu’il a pris ces mesures. Si les manifestations, doivent toujours donner lieu à des blessés et des casses, le chef de l’Etat est garant de l’ordre public. Il doit intervenir pour mettre fin au désordre. Je ne dis pas qu’il a raison, mais si l’action qu’il a eu à faire ne va pas apaiser la tension, mais va causer plus de problèmes, je vais lui demander de revoir sa copie et d’associer les associations des étudiants pour discuter avec elles. C’est un problème social, un problème d’Etat.

En sept mois de gestion du pouvoir, quelle est, selon vous, la plus grosse erreur du gouvernement Talon ?
C’est d’avoir pris le pouvoir entre les mains de Yayi. Moi, je ne peux pas dire qu’il y a eu une grosse erreur en 07 mois de gestion. Il y a eu beaucoup de choses, mais le président Talon, je ne peux que lui donner conseil dans un sens ou un autre. Il y a beaucoup de choses qui se disent. Soglo a promis rendre gorge. Mais quand il a commencé à exercer le pouvoir, il a été maitrisé. C’est pareil. C’est dans l’unité qu’on peut construire le pays. Il ne faut pas qu’on balaie du revers de la main tout ce que Boni Yayi a fait. Il ne faut pas chasser des postes, des cadres méritants. J’ose dire que tous ceux qui ont travaillé sous Boni Yayi n’ont pas été mauvais. Il y a eu des cadres méritants. Je ne voudrais pas qu’on mette à la place d’un chauffeur un apprenti. Ce sera plus catastrophique. Il faut éviter de faire la chasse aux sorcières. Il doit se revêtir d’un costume d’humilité et de pardon. Je veux que Patrice Talon devienne une icône dans ce pays. Il ne faut pas qu’il voie le mal dont il a été l’objet de la part de son ami d’hier. Dieu l’a restauré et il n’y a pas question de se venger. Nous aurons un pays prospère si nous travaillons les mains ensemble.

Vous avez du mal à identifier une erreur dans le mode de gouvernance du Président Patrice Talon. Comment appréciez-vous alors l’affermage des hôpitaux ?
Vous savez pourquoi Yayi a créé les hôpitaux. Il est des Collines, il a créé des hôpitaux bien équipés mais il n’y a pas de personnel pour les animer. Construire une infrastructure, c’est une chose, mais pérenniser l’infrastructure, c’est une autre. Est-ce que l’Etat a les moyens pour pérenniser ces hôpitaux ? Hôpital de zone par ci, hôpital de zone par-là, mais allez voir ce qui se passe dans ces hôpitaux. Est-ce qu’il y a fréquentation de ces hôpitaux ? A Covè, les gens préfèrent utiliser leurs plantes pour se soigner. Les gens préfèrent aller chez les guérisseurs ou dans les centres de santé privés. Aujourd’hui, il y a beaucoup de centres de santé privés qui marchent. On est dans un système d’économie libérale et l’Etat doit cesser de trop investir dans certains programmes pour ne pas être asphyxié demain.

A vouloir tout libéraliser, est-ce qu’on ne risque pas de mettre les populations dans les griffes d’un capitalisme sauvage ?
Je ne crois pas. Nous sommes dans un système libéral. L’Etat doit accompagner les privés. L’hôpital de Tanguiéta est un hôpital Catholique qu’on a pourtant déclaré comme hôpital de zone. Ce n’est pas parce que c’est confié aux privés que les populations n’auront pas les moyens de s’y rendre pour se faire soigner. Il y a un problème de professionnalisme qui se pose dans les centres de santé et les hôpitaux publics. Au Cnhu, quand il y a grève, les gens meurent. C’est une bonne idée de privatiser. Mais il ne faut pas qu’on privatise tout non plus.

Quelle est la position du pasteur Alokpo par rapport à la nouvelle carte universitaire ?
Je pense que les centres universitaires qui ont été créés par Boni Yayi n’ont pas été supprimés en tant que tels. Quand ça devient une université, il faut plus d’infrastructures et plus de personnel. Je crois que ce sont des mesures temporaires. Le Président Talon a un plan d’action. L’allure à laquelle ces universités ont été créées peut être politique selon moi. On est à la recherche de plus de militants dans des localités. Je ne pense que Talon a mal fait.

Ne pensez-vous pas que le gouvernement navigue à vue, au regard des décisions qui ont été prises ?
Je ne vais pas porter un jugement de valeur. C’est trop dire de parler de navigation à vue parce qu’il faut se poser la question de savoir dans quel état Patrice Talon a trouvé le pays. Les trois premiers mois de Talon n’ont pas été faciles. Talon a déjà introduit son projet de budget qui s’élève à plus de 2000 milliards Fcfa. On ne peut pas sortir un tel budget sans avoir un plan d’action. Il faut toujours croire en l’homme. Il y a un temps pour toute chose. Le programme d’action est attendu et vous verrez que ça sera bientôt multiplié. C’est un homme très intelligent. Le problème, c’est que nous sommes plus pressés que le temps. Le ministre d’Etat Pascal Iréné Koupaki avait tenté de parler de plan d’action. Finalement, le document n’est pas sorti et je crois que lui et ses pairs sont en train de faire un recadrage du document. Ce plan d’action doit pouvoir suivre le budget qui est lancé. De très grandes réformes s’annoncent. Laissons donc le temps au temps. Nous ne dirons pas qu’il y a navigation à vue, mais je sais que l’homme va vous surprendre.

Pensez-vous que le Président Patrice Talon va concrètement lutter contre la corruption ?
C’est une question très difficile à répondre, parce que les gouvernements successifs ont exhibé tous les plans possibles pour lutter contre ce fléau. Mais aujourd’hui, des signes sont là. Tant que nous n’aurions pas placé les hommes qu’il faut à la place qu’il faut, on ne pourra pas régler la question de la corruption. Il y en a qui sont compétents, d’autres sont décriés, surtout par des syndicalistes. Il y en a aussi qui ont été nommés par affinité, mais qui sont compétents. Et je trouve que ce n’est pas normal de les mettre à la porte, parce qu’ils ont servi tel gouvernement ou ont soutenu tel candidat. C’est ensemble que nous allons rebâtir le Bénin. C’est vrai qu’il y a beaucoup de scandales sous Yayi, mais tout le monde n’est pas mêlé aux scandales. J’ai dénoncé, je suis prêt à toujours dénoncer et je vais en dénoncer sous le régime Talon. J’ai dit qu’il y a le dossier des contrats illégaux à l’Uac, j’ai dénoncé au ministère de la fonction publique...J’ai déposé un dossier au ministre de la fonction publique. J’ai envoyé le même dossier par le truchement d’un ami pour joindre Patrice Talon. Mais tout ceci a été lettre morte… Donc, on va toujours parler quand ça ne va pas. Mais c’est trop tôt de remettre en cause tout ce qui a été fait en 7 mois.

Mais les centrales et confédérations syndicales ont trouvé que la rupture est grippée.
C’est leur vocabulaire, parce qu’il faut aussi se demander si le syndicat n’est pas grippé. Parce qu’on ne le voit pas au moment où il faut prendre position. Il a suffi que le Gouvernement prenne une décision à l’endroit des étudiants qu’ils lèvent la tête.
Dans le cadre des agents contractuels illégalement réversés, savez-vous que les syndicats ont pris position en demandant au gouvernement de ne pas virer ces agents ? Savez-vous que c’est ça qui est à la base du limogeage de l’ancienne ministre Kora Zaki ? Elle voulait aller jusqu’au bout du processus, quand les syndicats lui ont mis les bâtons dans les roues…Nous voulons un syndicat de développement, pas un syndicat qui est toujours en guerre contre le Gouvernement, un syndicat qui accepte construire le pays. La plupart de ces syndicats, ce sont des gens admis à la retraite. C’est un véritable problème. Il faut qu’ils cèdent la place aux jeunes.

Un mot à l’endroit du Président Patrice Talon
Je vais dire à Patrice Talon que Dieu lui a donné le pouvoir. Il doit le gérer avec beaucoup de sagesse, de tact. Je lui demande de ne pas se lancer dans la chasse aux sorcières, de chercher à réconcilier les fils du pays, de ne pas chercher à trop creuser dans les dérives de Yayi et son régime. Talon doit s’inspirer du modèle du Rwanda. C’est la reconstruction du pays qui est plus important. C’est le changement de mentalité qui est plus important. Qu’il porte le costume du pardon, de réconciliation et d’humilité.
J’ai beaucoup d’idées pour Talon ; je peux apporter beaucoup au Gouvernement de Talon, parce qu’après tout, j’ai des expériences en matière politique. Au plan religieux, j’ai aussi pas mal d’expériences ; on a besoin de contrôler les religions aujourd’hui. Il n’y a aucune unité entre elles. Il y avait un ministère chargé des relations avec les institutions qui a semé de la pagaille. Les religions sont au cœur des problèmes d’insécurité dans notre pays. Prenons le cas d’un braqueur qui, avant toute opération, se confie d’abord au charlatan qui lui donne des amulettes et autres. C’est donc un secteur qu’il faut maîtriser.
Réalisation : Adrien TCHOMAKOU & Fulbert ADJIMEHOSSOU

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