Interdiction d’activités des organisations estudiantines : Talon pour la restriction des libertés

Interdiction d’activités des organisations estudiantines : Talon pour la restriction des libertés

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Le Chef de l’Etat est peut-être décidé à museler les organisations estudiantines. Hier mercredi 05 octobre 2016, le Conseil des ministres a interdit d’activité toutes les associations d’étudiants dans les toutes universités publiques du Bénin.

Le gouvernement de la Rupture n’a pas fait de cadeau aux organisations estudiantines. Aucun de ces regroupements n’a plus désormais le droit de manifester ses humeurs dans les quatre universités retenues dans la nouvelle carte universitaire. «Face à la recrudescence des faits de violence et de vandalisme, et pour des raisons qui sont inhérentes à l’ordre public, le Conseil a pris les deux décisions suivantes : Toutes les fédérations, unions, associations, ou organisations faîtières d’étudiant sont interdites d’activité dans toutes les quatre universités nationales…», a souligné le ministre d’Etat, Secrétaire général de la Présidence, Pascal Irénée Koupaki hier au cours d’un point de presse. Il expliquera : «… Le Conseil des ministres a pris connaissance des résultats des enquêtes administratives sur les cas de violences et actes de vandalisme survenus sur le campus d’Abomey-Calavi, des résultats sur le mode de recrutement par des organisations estudiantines d’anciens militaires et sur la délimitation de zones dites interdites au campus, ces zones étant devenues des zones de torture. Le Conseil réaffirme avec les autorités rectorales que l’Université est un haut lieu de savoir où doivent être garanties à tout moment, la paix, la sécurité et le libre accès au campus». A l’entendre, les conditions d’exercice d’activités et ou de reconnaissance des associations d’étudiant sont définies par décret pris hier en Conseil des ministres. Une décision plutôt liberticide. Certains observateurs ont critiqué le gouvernement à l’annonce de cette nouvelle mesure.  Pour eux, la décision de Talon menace les libertés publiques  acquises en 1990. Interdire les activités des mouvements estudiantins, c’est chercher à bâillonner les étudiants. C’est leur arracher un droit constitutionnel. Le gouvernement de la Rupture est certainement déterminé à mettre au pas les étudiants un peu comme le président Yayi Boni a voulu réduire les magistrats au silence. Arracher le droit de manifester aux étudiants, ne peut nullement régler les difficultés auxquelles sont confrontées les universités publiques béninoises. Les anciens responsables d’étudiants comme Séraphin Agbahoungbata, ancien communiste, aujourd’hui Intendant du palais de la Marina, ne peuvent dire le contraire. La solution préconisée ne créera pas la sécurité dans ces lieux de savoir.  Elle reste plutôt une potentielle source de tensions.  D’autres observateurs analysent la décision du gouvernement de Talon comme un camouflet pour les étudiants. Puisque ceux-ci ont massivement soutenu la candidature de Patrice Talon en mars 2016. Lui qui a dit incarner la Rupture.  Pour beaucoup, les étudiants ont été payés en monnaie  de singe. Et le gouvernement pourrait bien en souffrir dans les prochains jours. Les organisations syndicales pourraient aussi récupérer la situation - ce n’est pas exclu-  si Talon et son équipe ne révisent pas très tôt cette posture dangereuse.

M.M

Réactions de quelques responsables étudiants

Le président de l’Union nationale des étudiants du Bénin (Uneb) et celui de la Fédération nationale des étudiants du Bénin (Fneb) ont commenté hier nuit la décision du gouvernement.

Nicolas Zinsou, Président de l’Uneb
« La liberté d’association est violée »

« Nous avions été informés dans la soirée de la décision d’interdiction des activités des organisations estudiantines. Nous avons pris acte et nous allons prendre contact avec la base estudiantine pour savoir ce qu’il faut faire. Je crois que la liberté d’association et de manifestation de tout individu est violée à travers cette décision, vous le savez bien. Et le comble est qu’on ne sait pas exactement ce qu’on reproche aux organisations estudiantines. C’est extrêmement grave si en tant qu’intellectuel, on ne cherche pas à savoir la source des grèves sur le campus. Parce que cette année s’il n’y avait cette fameuse et méchante décision de la session unique à la Flash, je crois qu’il n’y aurait pas de mouvement de grève. Chaque partie de la communauté universitaire doit jouer son rôle pour que la paix puisse régner. L’Uneb va consulter la base estudiantine avant toute réaction »

Emmanuel Assimada, Pdt de la Fneb
« Ne nous faisons pas de soucis pour le moment »

« Je ne pense pas qu’il s’agisse de la suspension des institutions mais de l’interdiction des activités des organisations. Je pense qu’on va se rapprocher de notre ministère (ministère de l’Enseignement supérieur, Ndlr) d’abord pour mieux comprendre avant toute réaction. Sinon la liberté d’association est quelque chose qu’on ne peut voler aux citoyens  éprouvant le désir de se mettre ensemble. Je  pense que ça peut une réorganisation des associations estudiantines. C’est mon opinion primitive. Ne nous faisons pas de soucis pour le moment. »


Matin Libre

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