Inondations au Bénin : Impacts socio-économiques sur les populations lacustres

Inondations au Bénin : Impacts socio-économiques sur les populations lacustres

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Phénomène cyclique, le Bénin connaît les inondations chaque année.  Même si l’ampleur varie selon les années, les dégâts socio-économiques causés parles inondations à chaque saison sont énormes. L’alerte est encore donnée cette année et l’Environnementaliste-Ecotoxicologue et Consultant en santé environnementale Roméo Adamou,attire l’attention sur les conséquences socio-économiques des inondations au Bénin. Il évoque par ailleurs les mesures idoines pour leur atténuation.
Selon les constats faits sur le terrain, Sô-Ava, Aguégués, Ouinhi, Dangbo, Bonou, Adjohoun, Athiémé, Grand-Popo, Karimama, Kandi,malanville sont entre autres communes touchées par les inondations au Bénin. Déjà les populations ont les pieds dans l’eau. Places publiques, marchés et autres infrastructures sont déjà englouties par les eaux. Ces inondations qui couvrent la période allant du mois d’août à fin novembre, sont dues à la descente des eaux de l’Ouémé, du Mono  et du Niger. Les pluies et autres facteurs provoquent donc ces inondations dont les eaux dégradent l’environnement physique et le cadre de vie des populations installées dans ces régions périodiquement inondées. Cette montée cyclique des eaux présente d’énormes conséquences sur l’économie des régions touchées.

Des cultures emportées par les eaux

A en croire l’expert,les eaux de crue envahissent les champs de maraîchage et entraînent la destruction des cultures voire leur décomposition et leur pourriture.Ce qui crée un manque à gagner pour les populations qui ne  peuvent rien sauver de leurs productions. « Tout part sous la furie des eaux », regrette-t-il. En conséquence, ces populations n’ont plus de produits à vendre pour se faire de l’argent comme d’habitude. Il s’ensuit une pénurie et un renchérissement des prix. Pire, ces populations s’en sortent avec des dettes car la plupart font souvent des prêts à l’orée d’une nouvelle campagne, et elles n’ont plus souvent grands moyens financiers pour subvenir aux besoins de subsistance car tout a presque été investi dans la production des cultures.

Une pêche qui tourne au ralenti

La pêche est une activité très affectée par les inondations. Ainsi, selon les propos de Gilbert Lokossou, pêcheur demeurant dans l’arrondissement de Vèkky, commune de Sô-Ava,  au cours de cette période, les activités halieutiques tournent au ralenti parce que la vitesse du courant des vents et des eaux ne favorise pas une bonne période d’une part. D’autre part, cette baisse est également liée à l’arrivée des eaux douces. De ce fait, les poissons migrent vers d’autres milieux leur permettant de se développer et de s’y reproduire. Dans cette période les eaux étant profondes, la pêche n’est pas rentable, affirme-t-il. Ainsi,les prises de poissons sont considérablement réduites. Et selon l’expert, les impacts ont été aussi considérables que certaines femmes pour survivre ont dû aller  chercher d’autres jobs comme laveuse d’assiettes dans les hôtels des villes environnantes. D’autres hommes dans le même but ont commencé par conduire des taxi-motos.

L’élevage et le commerce touchés au plus profond

L’élevage et le commerce sont deux importantes sources de revenus pour les populations lacustres. Et à en croire les populations, ces activités subissent de pleins-fouets les affres de l’inondation. Pour Esther Hounga éleveur de porc et commerçante à Zounko, commune de Sô-Ava, la montée des eaux entraine la destruction massive du bétail des populations lacustres qui puisent d’importantes devises de la vente. Par ailleurs, le commerce desarticles divers et notamment la vente des produits pétroliers frelatés sont perturbés par les inondations. En outre, les inondations rendent impraticables certaines voies de circulation des localités touchées et entraînent la mévente des produits. Une faible fréquentation des marchés s’observe dans certains quartiers qui sont du coup entourés par les eaux d’inondation. Cette situation crée un manque à gagner pour les populations qui pratiquent le « Zémidjan » et même de vendeurs et vendeuses ambulantes.

De lourds investissements dans la reconstruction

Pour les populations rencontrées qui s’inquiètent déjà face à l’alerte, l’habitat fragile des milieux lacustres est très vulnérable aux inondations. Même les maisons construites en matériaux définitifs subissent le coup des inondations. Ainsi, on note la dégradation prononcée des murs par les eaux. Toutes choses nécessitant des investissements à chaque retrait de l’eau pour la réfection ou la reconstruction des maisons.

Des mesures d’adaptation s’imposent

Les mesures d’adaptation sont nécessaires, selon les secteurs d’activités. Pour l’expert, elles doivent d’abord commencer par les sensibilisations. « Il faut vraiment arriver à faire comprendre à nos parents paysans que les saisons de nos jours ne sont plus les mêmes qu’auparavant », a-t-il indiqué. Ensuite, avertit-il, « il faut installer un système d’alerte précoce par les pluviographes et autres équipement dans plusieurs localités afin de prévenir surtout les fortes pluies ou les grosses montées d’eau ». Cela permettra d’informer à temps les producteurs pour sauver une bonne partie de leur récolte ou vite récolter ce qui peut l’être encore, poursuivra-t-il. Et à l’en croire, l’Etat béninois ainsi que les populations mènent déjà des actions dans ce sens.

Des actions entreprises

Selon les propos de l’expert  en fonction de la prévention des saisons, les paysans appuyés par les responsables de développement rural doivent sélectionner préférentiellement les semences certifiées à cycle court. Ce sont des semences proposées par les laboratoires de recherche agricole. Elles permettent de cultiver les mêmes spéculations mais dans un temps plus réduit. Dans le cas de la localité de Sô-Ava, grâce au projet PANA, des semences à cycle court ont été proposées aux paysans par les chercheurs de la Faculté des Sciences Agronomiques (FSA) de l’Université d’Abomey-Calavi. Cela a permis aux producteurs de revenir à la terre et de faire leur profit en temps réduit. En ce qui concerne la pêche, la pisciculture hors sol constitue une mesure d’adaptation. Les éleveurs de bétail pour éviter les pertes dues aux inondations, construisent des enclos plus hauts.

Thomas AZANMASSO


Matin Libre

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