Injonction pour le respect strict du calendrier scolaire : Pourquoi la décision...

Injonction pour le respect strict du calendrier scolaire : Pourquoi la décision du Memp est déjà un échec

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Dans sa parution du mercredi 1er juin 2016, votre quotidien « Matin Libre » a fait part de la note circulaire du ministre de l’enseignement maternel et primaire qui a appelé les acteurs de l’éducation notamment les directeurs départementaux sous tutelle, le Réseau d’animations pédagogiques, les inspecteurs pédagogiques et les directeurs d’écoles à veiller au respect strict du calendrier scolaire. La grande inquiétude, c’est la chance pour cette décision d’être suivie à la lettre. Autrement, Salimane Karimou n’est-il pas en train de bâtir des châteaux en Espagne ?

Dans sa lettre circulaire, le Memp, Salimane Karimou, a notifié aux acteurs concernés que conformément à l’arrêté interministériel N°Mesftprij/memp/Dc/Sgm/Igpm/Desg/Det/Dep/Dem/Ddemp/Sa du 15 décembre 2015, l’année scolaire 2015-2016 couvre la période du 05 octobre 2015 au 29 juillet 2016 inclus. Mais le constat est que ce calendrier scolaire n’a jamais été respecté et les grandes vacances démarrent  dans la plupart des établissements, bien avant les travaux du Certificat d’études primaires (Cep). Mieux, contrairement à la tradition dans les autres pays de la sous-région, la rentrée scolaire est retardée de quelques semaines au Bénin mais le départ pour les grandes vacances est précoce. Selon l’autorité ministérielle, cet état de choses qui est récurrent, relève de la mauvaise gestion du temps scolaire, créant des manque-à-gagner aux écoliers et élèves. A l’analyse du contenu de la note circulaire, nul doute que le ministre du gouvernement de la Rupture entend mettre fin à une pratique préjudiciable à l’apprentissage de l’enfant apprenant puisque ce faisant, les curricula pourraient être bâclés, avec une pression sur lui dans l’exécution du chronogramme. Ce qui déteint forcément sur la qualité de l’enseignement et pénalise l’élève.  Cette décision est donc salutaire a priori. Mais dans la pratique, on se demande si Salimane Karimou a analysé tous les contours de sa lettre avant de la rendre publique. Les acteurs concernés ont-ils été associés en amont ? A-t-il cherché à savoir les motivations réelles d’une telle pratique qui s’est érigée en règle ces quinze dernières années ? Visiblement, non ! Et à l’analyse, la décision porte déjà, en son sein, les germes de son échec. Autrement, il y a de forte chance qu’elle ne soit suivie en dépit des instructions données à des corps de contrôle (inspecteurs) de veiller à son respect strict. Et pour cause. L’Etat si non le gouvernement même qui devrait tout faire pour qu’une telle pratique ne s’instaure, est quelque part responsable. On a laissé pendant longtemps les choses pourrir. Primo, les grèves cycliques qui empiètent sur le calendrier scolaire de l’année suivante. Cette situation généralement  due à la non satisfaction d’un chapelet de revendications reconduites de façon tacite. C’est donc l’une des causes liées au décalage observé dans le démarrage de la rentrée scolaire. Secundo, l’effet remarquable des changements climatiques qui fait que les précipitations ne sont plus maîtrisées. Même avec de petites pluies, plusieurs écoles, collèges aussi bien du secteur public que privé, sont inondées. Le phénomène peut-être constaté partout à Cotonou qui, aujourd’hui est pratiquement sous l’eau. Pour ce qui est des localités lacustres comme So Ava, Ganvié, etc. n’en parlons plus. Dans ces conditions, le ministre, en brandissant sa décision, veut-il instaurer une école à double vitesse ? C’est-à-dire, souhaite-t-il que pendant que les conditions sont réunies ailleurs et certains pouvaient continuer à aller au cours, d’autres qui ne peuvent même pas franchir le seuil du portail de leur lieu du savoir, pour raisons d’intempéries, soient désavantagés ? Ou veut-il contraindre ces derniers à y aller, au nom du respect strict d’un calendrier scolaire, en bravant tout sur leur passage avec les risques de noyade et de maladies hydriques ?  Tertio, l’autorité en prenant la décision n’a pas clarifié par exemple la situation des enseignants vacataires ou locaux, qui déjà, en mai cessent d’être pris en charge par l’Etat ou les établissements. Quand on sait que c’est la masse critique dans les écoles aujourd’hui, à quelle sauce seront-ils « mangés » s’il faut fixer les vacances  à partir du 1er août ? Autant de préalables qu’il faut chercher à régler d’abord avant de penser à la prise d’un tel acte. S’il est vrai qu’il faut suivre les établissements dans la bonne exécution des programmes et calendrier scolaire, il n’en demeure pas moins qu’il faut trouver d’abord des solutions à certains problèmes que vit l’école. Dans les privés par exemple, des fondés vont évoquer les problèmes de subventions qu’ils n’ont pas et face aux charges, ils sont obligés de faire avec les moyens de bord. Ce qui fait qu’en avril déjà ailleurs, tout est pratiquement fini. Et en mai, les enfants sont retournés à leurs parents, et vive les vacances !

Repenser les choses

Au lieu de donner des instructions depuis les quatre murs de son bureau, le ministre Salimane Karimou en charge de l’enseignement à la maternelle et au primaire, ferait mieux de réunir les acteurs du système pour qu’ensemble ils redéfinissent un nouveau calendrier scolaire tenant compte des données climatiques de l’heure et bien d’autres facteurs. Les réflexions pourraient s’étendre au niveau sous régional où tous les Etats n’ont pas les mêmes saisons. La question d’harmonisation des examens pourrait également être repensée. Le plus tôt serait le mieux. Le cas contraire, le ministre Salimane Karimou préparerait tout doucement, un énième rétropédalage dans les décisions sous le Nouveau départ.

Adékin Jacques BOCO

Matin Libre

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