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Face aux effets pervers du réchauffement de la planète : Adopter des nouvelles pratiques agricoles pour résister au changement

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Au Bénin, l’agriculture reste largement vulnérable aux changements climatiques. Les études réalisées dans ce secteur font état d’une tendance de rendement à la baisse due surtout aux effets du réchauffement de la planète.

Les études réalisées au Benin attestent qu’au cours des trois dernières décennies, la plupart des écosystèmes des différentes régions agro-écologiques se dégradent du fait de la forte variabilité climatique associée à une plus grande fréquence des phénomènes extrêmes tels que la sècheresse, l’augmentation des températures, les inondations et la désertification. La  question a fait l’objet de préoccupation au plus haut niveau. Ainsi, dans une communication, le docteur Ernest Amoussou, chercheur à l’institut de recherche sur le climat le CIFRED, a présenté les possibles scénarios des effets des changements climatiques au Bénin. Et à l’en croire, la petite saison pluvieuse de septembre à octobre pourrait disparaître. De même, on connaîtrait une hausse de température jusqu’à 2,5° C. « Avec une augmentation de température allant jusqu’à 2,5°C combinée avec moins de pluies, jusqu’à 60% des populations pourraient souffrir de faim dans la partie septentrionale », a renchéri Docteur Euloge Ogouwalé, également chercheur au projet de recherche sur le climat à l’Université d’Abomey-Calavi.

Vulnérabilité aux conditions climatiques

Les résultats de l’analyse sur la vulnérabilité de l’agriculture béninoise aux conditions climatiques sont consignés dans la deuxième communication nationale du Benin sur les changements climatiques. La distribution spatiale des fermes, domaines et autres entreprises agricoles au Bénin répond aux potentialités des zones agro-écologiques au nombre de huit. L’analyse de sensibilité du sous-secteur production végétale révèle que la sécheresse, le déficit hydrique sévère et les inondations et autres excès d’eau dans le sol sont les risques climatiques ayant le plus grand impact sur les modes d’existence du secteur agricole, toutes zones agro-écologiques confondues, avec plus d’acuité au niveau des zones agro-écologiques 1 (extrême Nord Bénin) et 8 (zone des pêcheries). Les modes d’existence les plus exposés aux risques climatiques sont les petits exploitants agricoles. La production vivrière et l’agriculture de rente sont les  plus affectées par les risques climatiques et hydrologiques.  Les impacts indirects sont imputables aux relations de dépendance intersectorielles. Ainsi, l’étiage des cours d’eau, la dégradation des forêts galeries, les difficultés de transports fluviaux résultant des longues périodes sèches, ou la destruction des routes, des ponts, des centres de santé, des écoles et autres infrastructures socio-économiques par les pluies diluviennes et les inondations, sont autant d’événements qui affectent négativement l’environnement des activités agricoles, le transport des produits et la quiétude des acteurs.

Impacts potentiels sur l’agriculture

Dans ce secteur, la principale culture de rente est le coton qui a atteint une production record de 427.000 tonnes durant la campagne 2004/2005, avant de retomber à 191.000 tonnes en  2005-2006. Les cultures vivrières les plus importantes sont le maïs, le manioc, le sorgho, le mil, l’igname, le niébé et l’arachide. La production du maïs, première culture vivrière,  connaît une évolution croissante  de 523.000 tonnes en 1995-1996 à 931.590 tonnes en 2007-2008. Selon les scénarios indiquant une hausse des températures oscillant autour de 1°C à l’horizon 2025, combinée à la présence accrue du CO2 dans l’atmosphère, il s’observerait une activité photosynthétique plus intense qui pourrait entraîner dans certaines conditions l’allongement des périodes de végétation. Ceci pourrait avoir des effets modérément positifs sur la productivité des cultures d’importance telles que les racines et tubercules et certains grains. Les scénarios des précipitations indiquent à l’horizon 2025 une faible diminution de la pluviosité à l’échelle saisonnière et mensuelle (-3%) dans la partie Sud du pays alors le reste du pays pourrait observer une hausse (+20%). Ces taux de variation, quoique faibles dans le sud du pays, pourraient, dans le cas d’un maintien du caractère de plus en plus aléatoire du régime pluviométrique saisonnier, affecter la croissance et le développent des cultures, et subséquemment le rendement. A l’horizon 2050, les taux de variation de la pluviométrie se maintiendraient dans le même ordre de grandeur. En outre, dans la mesure où la hausse de température de l’air induirait un accroissement de l’évapotranspiration potentielle, il est probable que le bilan hydrique à maints endroits du pays soit défavorable au développement des cultures. Le maïs, principale culture vivrière du Bénin (au vu de la superficie emblavée annuellement), manifesterait une tendance à la baisse de son rendement à l’horizon 2015, mais la baisse projetée n’est pas statistiquement significative. La tendance est encore moins affirmée dans le bassin alluvial du fleuve Niger à l’horizon 2025 où les rendements seraient pratiquement identiques à ceux observés dans la deuxième moitié de la décennie 1990 – 2000. Dans les autres zones agro écologiques, la tendance à la baisse du taux de variation du rendement du maïs est plus prononcée en 2025, avec une baisse statistiquement significative au seuil de 1% dans la zone cotonnière du Centre.

Stratégies et mesures d’adaptation

L’analyse de la vulnérabilité du secteur agricole au changement climatique permet d’identifier les options d’adaptation suivantes : la mise en place d’un système d’alerte    précoce    et de gestion des catastrophes, le développement    de    systèmes de production    adaptés au changement climatique, la maitrise    de    l’eau    dans    les systèmes agricoles. Ainsi, pour l’option mise en place d’un système d’alerte précoce et de gestion efficace des catastrophes, le  système constitue un moyen efficace pour réduire la vulnérabilité des modes et moyens d’existence du secteur agricole  et accroître leur capacité d’adaptation aux phénomènes météorologiques extrêmes et aux changements climatiques. Les principales mesures proposées à cette fin se présentent comme suite : l’amélioration des systèmes d’observation agro-météorologiques, le développement d’un système opérationnel de prévision agro météorologique, la mise en place de technologie efficace pour la transmission, la diffusion et l’échange d’information en temps réel, la  mise en place d’un système de suivi des cultures et de prévision des récoltes, le renforcement de la capacité nationale en matière de surveillance du temps et du climat, y compris les phénomènes extrêmes et l’appui à la mise en œuvre du plan de prévention et de gestion des catastrophes. L’option développement de systèmes de production adaptés au changement climatique englobe les mesures ci-après : l’intensification de la vulgarisation et de la recherche de variétés améliorées de culture, l’actualisation du calendrier agricole par zone de production, la facilitation de l’accès aux intrants agricoles adéquats, la  mise au point et vulgarisation  des itinéraires techniques adaptés aux nouvelles contraintes climatiques. Quant à l’option maitrise de l’eau dans les systèmes agricoles,  les mesures proposées sont : le  développement de la micro-irrigation (irrigation goutte à goutte), l’aménagement des bas-fonds et des périmètres irrigués, la construction et protection des ouvrages de rétention d’eau à des fins agro-pastorales.   

Thomas AZANMASSO


Matin Libre

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