Election présidentielle de 2016/Projet de société des candidats : Quelle place pour...

Election présidentielle de 2016/Projet de société des candidats : Quelle place pour l’environnement et l’eau ?

0
PARTAGER

C’est désormais une réalité que les candidats à l’élection présidentielle du 28 février lèvent le voile sur leurs projets de société pour attirer les soutiens et convaincre les électeurs. Mais, si tous ne manquent pas de faire de l’emploi des jeunes ou de l’éducation des priorités, l’environnement et surtout les ressources en eau restent toujours des parents pauvres. Un choix qui contraste avec les enjeux actuels qui invitent à mettre l’environnement et la gestion des ressources en eau au cœur des enjeux de développement.

Les questions environnementales n’occupent pas une place de choix dans les projets de société des candidats à l’élection présidentielle de 2016. Si l’on retrouve quelques mesures ou actions envisagées dans les projets rendus publics, elles sont loin de figurer au rang des grandes priorités comme l’emploi des jeunes, l’éducation, la santé ; le sport…. Dans ces conditions, difficile de désigner un candidat vert ou écolo tant les projets de société sont pauvres en engagements environnementaux.

Dans les projets de société des candidats donnés favoris (Abdoulaye Bio Tchané, Lionel Zinsou, Pascal Irénée Koupaki, Patrice Talon, Sébastien Adjavon, par ordre alphabétique), on retrouve quelques actions préconisées pour répondre aux défis environnementaux dans notre pays.

Pourtant, les défis sont grands et les enjeux climatiques importants. Car, l’accord sur le climat adopté à Paris en décembre 2015 pour faire face au changement climatique a débouché sur une batterie de mesures pour un avenir résilient et durable. Plusieurs appels ont été lancés pour inviter les gouvernements à traduire en actes concrets, les engagements qui ont été pris. A cette occasion, chaque pays ayant présenté des Contributions prévues déterminées au niveau national (CDPN), devrait selon les termes de l’accord, passer à l’action en les intégrant dans les programmes de développement. A l’heure où les candidats font la promotion de leurs projets de société, l’on devrait dans cette logique, pouvoir retrouver ces mesures et engagements déclinés dans les projets de société de ceux-là qui aspirent gouverner le Bénin pour les cinq ans à venir.

Mais, on en est bien loin. Pour l’essentiel, le candidat Patrice Talon s’engage à renforcer la politique de reboisement, rétablir la subvention du prix de gaz à usage domestique au profit des ménages, voter une loi pour interdire à court terme l’usage des sachets plastiques, élaborer et mettre en œuvre un plan national climat et des plans climat territoriaux. Dans le cas du candidat Aboudoulaye Bio Tchané (ABT) qui avait partagé ses préoccupations par rapport au défi climatique mondial à la veille de la conférence de Paris sur le climat par une tribune parue dans l’hebdomadaire Jeune Afrique du 9 juillet 2015, il est retenu dans son projet au point 93, d’intégrer la problématique des changements climatiques dans les programmes et projets de développement. Egalement, l’ancien ministre des finances sous le président Mathieu Kérékou, se propose une fois à la Marina, de lancer un vaste programme de reboisement pour faire face à l’avancée du désert et recourir aux études d’impact environnemental dans tous les projets et programmes de développement. Figurant au dernier point des priorités de son projet de société, le candidat Pascal Irénée Koupaki, entend développer des stratégies d’adaptation aux changements climatiques en fonction des facteurs d’exposition aux risques naturels de chaque zone écologique et mettre en œuvre les résolutions de la COP 21, construire une grande ceinture verte dans les régions septentrionales pour arrêter l’avancée du désert. C’est assurément le seul candidat à avoir clairement fait mention de la COP 21 dans son projet de société marquant ainsi sa volonté à donner suite à l’Accord de Paris.

La gestion des ressources en eau, le parent pauvre

Dans le domaine de l’eau, tous les candidats favoris ont fait la part belle à l’accès à l’eau ignorant toute la problématique de la gestion durable des ressources en eau.

En effet, dans leur ensemble, ils font de l’accès à l’eau une grande priorité. A l’instar du candidat de la coalition républicaine, Lionel Zinsou qui s’engage pour un accès universel de tous les Béninois au liquide bleu, plusieurs autres promettent d’y consacrer beaucoup d’investissements. Dans le contrat social rendu public, le candidat ABT s’est engagé à allouer 100 milliards de francs CFA chaque année à la politique d’accès à l’eau potable et en plus, préfinancer les coûts de branchements à la SONEB.

Seulement, la question de la bonne gestion des ressources en eau reste le parent pauvre dans les projets de société. Alors que l’eau est la condition sine qua non de la réalisation de l’ensemble des Objectifs de développement durable.

En effet, en ces temps incertains où les effets du changement climatique sur les ressources en eau sont alarmants, et où le monde est aux prises avec une croissance démographique exponentielle, les défis relatifs à l’eau ne sauraient être négligés. Le degré d’utilisation et de pollution des ressources en eau par l’homme est tel que la viabilité de ces ressources s’en trouve menacée et que la rareté de l’eau et la dégradation de sa qualité qui en résulteront limiteront potentiellement la production alimentaire, réduiront les fonctions écosystémiques et entraveront la croissance économique.

Par ailleurs, les pressions subies par les ressources en eau ont considérablement augmenté au cours des dernières décennies en raison de la rapidité de la croissance démographique, de l’urbanisation, de l’augmentation des niveaux de consommation et du changement climatique. Les prélèvements d’eau ont triplé au cours des 50 dernières années et la demande a augmenté dans presque tous les pays du monde. Notre pays n’y échappe guère.

Si ces dernières années, dans notre pays, des efforts ont été faits pour améliorer le cadre légal et institutionnel et faire la promotion de la Gestion intégrée des ressources en eau (GIRE), l’on ne saurait négliger la bonne gestion et la protection des ressources en eau. Car, comment pourrait-on promouvoir ou développer l’agriculture sans garantir une disponibilité de l’eau ? Ou encore comment faire l’irrigation sans s’assurer que l’eau est disponible en tout temps ?

En réalité, l’eau est au cœur du développement puisque les problèmes de l’eau sont intrinsèquement liés aux questions de développement durable comme la pauvreté, la faim, la santé, l’éducation, l’inégalité des genres, le changement climatique…C’est pourquoi, dans l’agenda post-2015, au-delà de l’accès à l’eau, un objectif entier a été consacré dans les Objectifs de développement durable pour garantir sa sécurité et le développement durable. Parce que selon l’UNESCO, il est important pour chaque Etat et le monde entier, de veiller à la préservation des quantités suffisantes d’eau de qualité pour maintenir durablement la santé des êtres humains et des écosystèmes.
C’est donc clair que si les préoccupations environnementales et le défi de l’accès à l’eau pour tous les Béninois apparaissent dans les projets de société des candidats, la question de la gestion des ressources en eau est encore un enjeu ignoré et oublié des prétendants à la magistrature suprême.

Alain TOSSOUNON (Coll.)

Matin Libre

Commentaires

commentaires

Commentaires

commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE