Echecs massifs des candidats aux examens nationaux du Cep, Bepc et Bac...

Echecs massifs des candidats aux examens nationaux du Cep, Bepc et Bac 2016 : La gangrène du système éducatif serait d’abord les enseignants !

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Une fois encore, l’école béninoise vient de démontrer qu’elle n’est pas au mieux de sa forme. Les résultats catastrophiques enregistrés aux examens de fin d’année en sont une preuve palpable. Après les résultats catastrophiques au Cep 2016 (39,29% de taux de réussite), c’est un cauchemardesque taux de 84% de taux d’échec qui est dévoilé au Brevet d’étude du premier cycle (16% de candidats déclarés admissibles). Le Baccalauréat connut également son sort avec 30, 14% de taux de réussite. Qu’est-ce qui pourrait donc expliquer cette méforme du système éducatif béninois ? D’après une enquête et des recoupements faits, ces résultats seraient d’abord imputables aux enseignants. Que faire pour échapper au naufrage ?

Qu’est-ce qui explique ces échecs massifs des candidats aux examens de fin d’année ? C’est la question qui trottine depuis peu dans la tête des acteurs du monde éducatif, des autorités politico-administratives et surtout des parents d’élèves. Si pour beaucoup, ces résultats sont imputables aux apprenants, le Professeur Désiré Baloubi pense que les résultats de fin d’année reflètent plutôt le niveau réel des enseignants béninois. Voilà qui exige de tous, une méditation  profonde sur la question. Ce qui voudra dire  que la formation ou encore la qualité de la formation reçue par le formateur qu’est l’enseignant conduit indubitablement à la baisse du niveau des enseignés. « Si l'enseignant est mal formé, incompétent, inconscient et démotivé, il n'y a pas de miracle pédagogique à attendre. L'échec scolaire va s'accroitre d'année en année. Il y a la question du profil de certains enseignants inadapté aux exigences de l'APC. Plus de 80% d'enseignants vacataires, ANPE et volontaires sans formation initiale et continue. Pas de recyclages à leur niveau »,a reconnu l’enseignant et porte-parole du Front d’action des syndicats de l’éducation, Maxime Okoundé. Et à l’autre syndicaliste, Professeur certifié des Sciences de la vie et de la terre (SVT), Thierry Dovonou d’ajouter « Le ver est dans le fruit » pour tout dire. Pour lui, il importe qu’une commission soit mise sur pied pour enquêter sur les raisons des échecs massifs des apprenants aux examens scolaires. Tous semblent être, de ce fait, en phase avec le Professeur, Titulaire de Chaire, Chef département à l’Université de Shaw aux Etats Unis d’Amérique, Désiré Baloubi. La question de rachat ou non serait donc un faux prétexte. La débâcle serait imputable aux enseignants. Si bon nombre d’entre eux ont du mal à achever les programmes d’études, beaucoup les déroulent mal sans se soucier de la capacité d’assimilation de l’élève moyen. Il faut également déplorer la conscience en berne chez certains enseignants absentéistes, éthyliques, incompétents et versant dans les comportements immoraux incompatibles avec le statut d'éducateur. La gangrène du système éducatif béninois reste donc les enseignants !

Il faut supprimer les vacataires et les volontaires…

Parlant toujours de l’inefficacité ou encore de l’incompétence de certains enseignants, le Front pense que les profils inadéquats à la dispensation d’une éducation de qualité doivent être simplement bannis. « Il faut supprimer les enseignants vacataires et surtout ceux qu'on appelle les volontaires, les communautaires ou ANPE qui ont des profils douteux et qui perpétuent l'échec scolaire et le crime pédagogique contre les enfants innocents. Le système doit être repensé et il faut opérer des réformes douloureuses, mais salutaires. Par exemple, supprimer la gratuité, arrêter la création des écoles et établissements secondaires pour deux ans, fermer les écoles et établissements secondaires non viables et sans enseignants qualifiés en nombre suffisant, recruter massivement, suivant un plan en lien avec les besoins, l'effectif des enseignants et des salles de classes. Le succès sera à ce prix », laisse entendre Maxime Okoundé. Une proposition que désapprouve l’enseignant d’Anglais, Albert Koutchowanou. Pour lui, sans les vacataires, l’école béninoise n’existera plus car ils représentent la grande masse. Le plus important ou urgent d’ailleurs, selon lui, est que le gouvernement doit procéder à leur recrutement à travers un mécanisme bien défini et qui permettra de séparer le grain de l’ivraie. « Il y a assez de vacataires qui font bien le boulot que les titulaires » conclut-il.

D’autres causes majeures des échecs aux examens…

« Les causes sont de trois ordres : les causes institutionnelles, les causes liées aux enseignants et celles liées aux parents d'élèves. Par rapport à l'État, il y a l'absence de vision stratégique claire de l'éducation traduite dans l'absence de cartes scolaires et universitaires. Ce qui induit la création anarchique d'écoles, de collèges et lycées et même des universités ; la gestion approximative du personnel et des infrastructures ; la régionalisation des résultats des examens nationaux : taux de succès élevés en milieu urbain avec un surnombre d'enseignants qualifiés et taux d'échec élevé, donc mauvais résultat en milieu rural et périurbain ; la pénurie d'infrastructures et la mauvaise répartition du personnel sur le terrain. Les milieux ruraux, défavorisés, difficiles d'accès ou déshérités ont peu ou pas du tout d'enseignants qualifiés. *la pénurie d'enseignants qualifiés et absence d'une politique claire de recrutement d'enseignant en qualité et en quantité suffisante de concert avec les syndicats d'enseignants. Ce qui entraine les classes volantes, les classes multigrades au primaire où un maitre se retrouve à gérer deux ou trois classes, le recrutement d'enseignants peu qualifiés. *la gestion calamiteuse du dialogue social et le non-respect du principe de bonne foi, des engagements pris, de la signature de l'État. Ce qui induit des grèves perlées et le non-respect du temps scolaire intégral. * la mauvaise gestion de la mesure de la gratuité des frais de scolarité. Ce qui induit le grand retard dans la mise à disposition des subventions, l'endettement des écoles et établissements secondaires qui fonctionnent difficilement et croulent sous des dettes.

De même, il y a aussi la déresponsabilisation des parents d'élèves et l'inégalité entre garçons et filles au secondaire contrairement au primaire et au supérieur où la gratuité est en vigueur sans aucune base juridique. Ils pêchent dans le non suivi des apprenants laissés à eux-mêmes et aux réseaux sociaux, à la faim et à la prostitution pour certains. Cette démission des parents est renforcée par la gratuité qui les rend irresponsables. Il y a la corruption de certains parents qui versent dans la falsification de bulletins de notes et l'inscription frauduleuse des apprenants renvoyés, redoublants dans des classes d'examen alors que l'enfant n'a pas de niveau. Ce qui vient gonfler le taux d'échec.

La politisation de l'éducation avec des nominations fantaisistes, des mutations punitives et surtout la manipulation des résultats au CEP et au BEPC avec des rachats massifs qui violent les textes »,explique le porte-parole du Front.

Supposé retrait de l'USAID et du FASTRAC : pas d’importance !

Cette  question parait non pertinente, aux dires de plusieurs acteurs du monde éducatif. Selon eux, le retrait de l'USAID et du FASTRAC induit des manques à gagner pour les cadres qui en profitent mais ce n'est pas le déterminant des échecs scolaires. « C'est l'État qui définit la politique éducative, recrute les enseignants et met en place les infrastructures. C’est  enfin dans l'environnement dans lequel travail les enseignants : un environnement lourdement handicapé et contre-productif marqué par une culture conservatrice en matière sociologique avec des largesses dans les notations, une carence des infrastructures, une misère des intrants pédagogiques, des classes pléthoriques, la pénurie d'enseignants, la malformation ou l'absence chronique de formation initiale chez les vacataires, les communautaires, les volontaires et autres...

Que faire pour éviter le pire ?

Le niveau des enseignants doit être recyclé pour ceux qui exercent déjà et ces recyclages, il faut les faire avant la rentrée. Il faut un plan de formation adéquat et de recrutement en lien avec la création des écoles et établissements secondaires. C’est la principale solution que suggèrent les différents acteurs. Le faible encadrement pédagogique des enseignants doit être solutionné de même que la question d’inspection pédagogique. Peu d'inspecteurs et de conseillers pédagogiques sans moyens pour assurer le contrôle pédagogique. La démotivation des enseignants ACE qui accusent des problèmes de carrière, de reclassement et de stagnation salariale depuis 9 ans; la non parution à temps des actes d'avancement et de promotion, l'absence d'un plan de formation, l'absence de suivi sanitaire des enseignants, la non mise en œuvre des Statuts Particuliers sont autant d’autres problèmes qu’il faudra résoudre dans l’immédiat !

Aziz BADAROU


Matin Libre

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