Du patriotisme à la dégradation de la conscience citoyenne

Du patriotisme à la dégradation de la conscience citoyenne

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Le 1er août 1960-1er août 2016. Lundi prochain, le Bénin, ex-Dahomey, célébrera le 56ème anniversaire de son accession à la souveraineté internationale. Ce qui a permis aux nationaux de prendre la direction des affaires publiques après le départ des colonisateurs français. Le 1er Président à l’ère de l’indépendance, Hubert Maga, dans son discours programme, a promis de relever les défis de développement. Selon certains témoignages, le patriotisme et la conscience professionnelle étaient le leitmotiv des cadres dans l’administration, en dehors des querelles politiciennes entre les acteurs politiques de l’époque. « Je ne suis pas Béninois, je suis Dahoméen… », se désole un fonctionnaire béninois des années 60 et 70. Selon ce dernier, l’administration n’était pas corrompue.

D’autres témoignages ont montré que le Dahoméen était un homme résolument engagé pour le développement à l’exception d’une minorité qui était plus ou moins esclave de l’argent. « On allait à pieds au tribunal. Les plus nantis y venaient à mobylette… », a fait savoir un magistrat à la retraite qui se désole du système judiciaire béninois d’aujourd’hui. Dans les secteurs de l’éducation, de l’agriculture ou autres, on notait la conscience professionnelle chez les fonctionnaires. Il était difficile de compter des riches parmi eux. En politique, l’argent n’était pas le guide des électeurs. Au contraire, les militants se cotisaient pour financer la campagne de leurs partis politiques. Les résultats du patriotisme et de la conscience citoyenne des cadres avaient du Dahomey, un pays respecté dans la sous-région.

C’était le quartier latin de l’Afrique. Des cadres dahoméens étaient parmi les meilleurs de l’Afrique. N’eût été l’instabilité politique au sommet de l’Etat de 1960 à 1972, le Dahomey aurait pris un bon envol pour son développement. Ce sont les crises politiques incessantes qui ont amené les militaires à renverser le régime du Président Justin Ahomadégbé, le 26 octobre 1972. Ainsi, le commandant Mathieu Kérékou devint Président de la République. Le 30 novembre 1974, il mit le pays sur la voie du Laxisme léniniste. Le 30 novembre 1975, le Dahomey vint République populaire du Bénin avec parti unique, le Prpb (Parti de la révolution populaire du Bénin). La conscience citoyenne était de mise dans les années 60. L’enseignement dans les écoles était beaucoup axé sur le patriotisme. Il fallait former des cadres nouveaux. L’administration était moins politisée. Seulement à partir de 1985, le régime commence par connaître ses pires difficultés. Le pays était au bord de l’implosion. Le Parti communiste du Bénin (Pcb) et ses militants donnaient la sueur froide aux gouvernants de l’époque. Les sociétés publiques ont été systématiquement pillées. « J’ai pris ma part… », avait publiquement déclaré Zul Kifouli Salami, alors Directeur général de la Sonicog en 1988, avant de fuir du pays. En conséquence, on assistait à des arrestations et exécutions sommaires à Ségbanna. Après la chute du mur de Berlin, le Marxisme léniniste s’effondra en Russie avec ses satellites en Afrique. Le Bénin était en crise économique. Le peuple avait faim. Les soulèvements populaires s’intensifièrent contre le Président Mathieu Kérékou contraint par le peuple à l’organisation de la conférence nationale de février 1990 qui déboucha sur le renouveau démocratique.

Corruption

A l’avènement de la démocratie, on espérait un véritable changement dans la gestion de la chose publique. Erreur ! Les régimes successifs ont échoué dans leur volonté de lutte contre la corruption qui a pris en otage le renouveau démocratique. Sous le Président Nicéphore Soglo de 1991 à 1995, c’était le slogan ‘’Rendre gorge’’. Et pourtant, l’administration est fortement politisée à la création de la Renaissance du Bénin. Des dizaines de véhicules ont été retrouvés au domicile de Soglo après son départ du Pouvoir. Le même système est poursuivi au retour au Pouvoir du feu Général Mathieu Kérékou de 1996 à 2001 avec son cortège de scandales. L’affaire Sonacop, le dossier des 70 milliards détournés dans l’administration, l’affaire Sonapra et autres ont jalonné le Pouvoir. Cela s’est aggravé avec l’arrivée du Président Boni Yayi. Les affaires Icc services, Cen-Sad, machines agricoles, Dangnivo et autres ont émaillé les dix ans du prédécesseur du Président Patrice Talon. Qu’est-ce qui explique cet état de choses ? La politisation à outrance de l’administration a conduit au détournement massif des deniers publics. La corruption et l’impunité sont devenues le sport favori des cadres béninois. Le patriotisme a déserté le forum, laissant place à l’enrichissement illicite. Le 1er ennemi de ce pays est la corruption qui s’est enracinée dans tous les secteurs.

aCotonou

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