Dans l’univers des femmes militaires (suite et fin) : Les contours du...

Dans l’univers des femmes militaires (suite et fin) : Les contours du port de galons et le Livre vert de l’armée à la loupe

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Au mépris des contraintes et réalités de la société béninoise, des femmes militaires s’imposent aujourd’hui dans leur métier autrefois exercé uniquement par leurs congénères masculins. On ne parlera plus donc du « métier d’homme ». Cependant, au-delà de la fierté qu’elles éprouvent en accomplissant cette mission républicaine, elles ne sont pas toujours acceptées par la société. Dans le volet 2 de votre rubrique « Ces femmes qui font des métiers d’hommes », nous vous embarquons dans l’univers de ces femmes en ce qui concerne les contours du port de galons, l’importance du « Livre vert »….

A l’armée, une femme n’est pas toujours un Homme comme les autres. « Pffab » ou « Personnel féminin des forces armés béninoises », c’est ainsi qu’elles sont surnommées par leurs congénères masculins. Les femmes militaires n’ont pas la tâche facile dans l’accomplissement de leur mission républicaine. Celle d’assurer la couverture sécuritaire effective, permanente et efficace du territoire, ainsi que la vigilance aux frontières. Outre le fait qu’elles ne soient pas trop admirées dans la société, elles font face à d’autres réalités désobligeantes dans les casernes, au cours de la formation et lors des missions d’interposition ou de maintien de paix en terre étrangère. Si certaines savent le sort qui les y attend avant de s’y engager, bon nombre de femmes militaires se trouvent contraintes de fléchir, refusant de faire marche arrière. Des violences sexuelles, des actes de corruption, l’injustice seraient très récurrentes au sein de la grande muette.

La femme militaire et les grades…

« Si tu es une fille et tu rentres dans l’armée sans avoir le niveau Baccalauréat ou plus, tu vas souffrir comme cela n’est pas permis. Car avant de porter un galon, tu dois céder aux avances de la hiérarchie. Tu es obligée de céder ton sexe contre les grades. Au cas où tu tenteras de résister, tu auras le choix entre vieillir dans l’armée sans bénéficier d’aucun avantage ni de grades supérieurs ou céder pour réussir », nous confie G.G, un militaire rencontré à Cotonou. Malgré leur accession accrue à la profession militaire et à ses différentes spécialités et leur initiation à des techniques d’autodéfense et de neutralisation d’explosifs, les femmes militaires sont pourtant encore contraintes à faire voir leur nudité à leur hiérarchie pour voir leurs efforts couronnés de succès. L’attribution des grades dans l’armée béninoise serait-elle donc conditionnée ? Toute chose qui interpelle la conscience de tous. La politique de la promotion du genre devrait normalement commencer par l’armée. Déterminées à servir même dans des unités particulièrement exigeantes physiquement et mentalement dont celle des fusiliers, ces femmes de la Grande muette méritent mieux que çà, se désole le militaire. Des appellations et les insignes caractéristiques des hiérarchies particulières constituent du coup, un moyen de pression des plus gradés de l’armée pour avoir une faveur sexuelle des jeunes femmes militaires. Dommage ! Car pour la plupart des militaires rencontrés dans le cadre de la présente enquête, cette situation ne changera jamais. « Les vrais patrons sont déjà allés à la retraite » regrette le sous-officier H.N.

Le grade de « Cabri mort » au sein de l’armée…

Bien qu’elles restent généralement soumises au cours de leur carrière, elles parviennent quand même à « lever le ton » à une étape donnée. Encore caporale, officière, sergente, la femme militaire peut toujours se laisser manipuler par sa hiérarchie. Par contre, dès qu’elles se voient attribuer le grade d’adjudant ou d’adjudant-chef, elles ne se laissent généralement plus faire. C’est ainsi qu’on les traite de « Cabri mort », une fois parvenue à cette étape. Toutefois, il faut souligner que bien qu’elles soient rares, certaines femmes ne se laissent plus faire sans même atteindre ce grade supérieur. « J’en connais une qui est maintenant vieille. Elle est de première classe, elle porte jusqu’à ce jour un « V » sur son fourreau d’épaule. Elle affirme préférer se contenter de son statut que de céder son sexe contre des galons »,relate G.G.

Quand des militaires se méfient des Pffab…

Des militaires n’envisagent plus entreprendre une aventure amoureuse avec leurs congénères féminins. Ceci en raison des risques qu’ils encourent. « Si un militaire et un officier haut gradé se retrouvent à courtiser la même fille au sein de l’armée, on procède automatiquement à l’affectation du jeune. On l’envoie servir en brousse afin qu’il ne constitue plus un obstacle à cette vilenie. Le militaire moins gradé, à la moindre bêtise commise, on lui glisse des peaux de bananes et il fait face à de sérieux problèmes. On peut l’envoyer en Conseil de discipline et sa note de radiation ne tardera plus à être officialisée. Les pffab, c’est des femmes à problème », a laissé entendre le sous-officier H.N. Selon ses confidences, au cours d’une cérémonie d’hommage à un Chef d’Etat ou de l’arrivée d’une autorité étrangère dans notre pays, la plupart des filles militaires qui font partie de l’équipe de sécurité signent des engagements avec certains hauts gradés. C’est-à-dire, elles font partie de la troupe et prennent les primes pour en retour satisfaire sexuellement des « chefs ». Chose pareille dans la procédure d’envoi des troupes en mission à l’extérieur. « Récemment, il y avait deux différentes missions de maintien de paix au Congo et en Côte d’ivoire. Pour la constitution des troupes à envoyer, le nom d’une femme militaire s’est retrouvé simultanément au niveau des deux missions. Pendant ce temps, des hommes militaires, plus trapus, s’entrainent durement pour participer aux missions sans en avoir la chance. C’est la merde dans l’armée, mon frère. Actuellement, elle suit déjà la formation pour prendre part à la mission au Congo », nous confie un autre militaire.

Je ne veux pas d’une femme militaire…

« Moi ? Que Dieu m’en épargne. Je recommande même à des collègues d’entretenir des relations amoureuses uniquement avec des civiles ou des servantes de bar. Car, pour mener une bonne carrière de militaire, il faut impérativement s’éloigner des femmes militaires. Aucune de mes filles n’ira dans l’armée en tout cas. Si un civil épouse une femme militaire, elle sera sa femme certes mais je vous jure qu’elle couchera régulièrement avec sa hiérarchie. Au cours d’une mission au Congo, j’ai vécu une situation. Une caporale avait eu la chance d’être sur la même mission que son mari qui est aussi un haut gradé de l’armée. C’est d’ailleurs le mari qui à tout manigancé pour qu’ils soient ensemble sur la mission. Ceci afin de s’assurer de la fidélité de son épouse car, sachant ce qui s’y passe. Le couple avait trois enfants. Là-bas, le Colonel qui commande leur vague décida d’avoir des rapports sexuels avec la dame. Sentant le danger venir, le mari a mis en garde son épouse. Chose curieuse, la femme est allée raconter au Colonel que son mari la surveille et qu’elle ne peut lui donner satisfaction. La suite, c’est qu’on a envoyé le mari dans un autre peloton à des centaines de kilomètres de son épouse. Le corollaire est que le mari a rompu. Le foyer est ainsi brisé jusqu’à ce jour », fait savoir le militaire G.G.

Dans l’armée, on ne dénonce pas…

Cela est connu de tous. Dans l’armée, on ne dénonce pas. « Car c’est le chef auprès de qui tu vas te plaindre qui vas te malmener de peur qu’un jour tu ne le dénonces aussi dans de pareilles circonstances. Le mieux, c’est d’avoir le Bac au moins avant d’y entrer et tu deviens sous-officièreou officière après la formation. Ainsi, on a peur de te brimer ou d’abuser de toi. Même dans les bureaux, des rapports sexuels se tiennent », nous a déclaré A.D.

Le « Livre vert » ! Des femmes militaires, orphelines du Colonel Tawès…

Tous les hauts gradés de l’armée ne sont pas pareils. D’autres, même s’ils sont en nombre limité, ne supportent pas qu’on abuse des femmes militaires ou qu’on les brime dans leurs droits. C’est le cas du Colonel Tawès dont la majorité des femmes militaires qui se sont confiées à nous en disent du bien. Pour elles, c’est parce qu’il empêchait de pareilles pratiques malsaines au sein de la Grande muette qu’il aurait été envoyé aux Etats-Unis d’Amérique en tant qu’observateur. La preuve, il aurait décidé de descendre de ses propres sous après l’incident qui a entrainé la mort du Caporal Mohamed Dangou au Camp Ghézo. Toutefois, la méconnaissance du « livre vert », ouvrage contenant toutes les règles de l’armée, constitue un handicap pour l’épanouissement des femmes militaires. En s’appropriant le contenu dudit ouvrage, elles prendraient connaissance de leurs droits en servant la nation. Pour beaucoup aujourd’hui, c’est la merde au sein de la Grande muette. Déplorable !

Aziz BADAROU

Matin Libre

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