Crise dans le secteur de l’Enseignement : Une vraie patate chaude dans...

Crise dans le secteur de l’Enseignement : Une vraie patate chaude dans les mains de Talon

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S’il y a un secteur qui résiste après plus de trois mois de gestion au chantre du Nouveau départ, c’est bel et bien le secteur éducatif. Quand bien même, le Chef de l’Etat et son gouvernement semblent donner l’impression de cerner l’immensité de la tâche à abattre pour redorer le blason de l’école béninoise, les problèmes surgissent et tout semble pourtant échapper au compétiteur né. Du reclassement des professeurs certifiés Ace à la polémique née du resserrement de la carte universitaire en passant par la crise à l’Université d’Abomey-Calavi sans oublier les différentes menaces de boycott de la prochaine rentrée des classes, le secteur de l’éducation est perçu aujourd’hui comme, une équation difficile à résoudre, une patate chaude dans les mains de Patrice Talon.

Des réformes sont annoncées mais ne sont visiblement pas encore à la hauteur des défis à relever dans le secteur éducatif au Bénin. Les récentes menaces des acteurs du système semblent faire perdre les pédales au gouvernement de la Rupture. En effet, après trois mois de gestion de l’Etat, l’éducation n’aura pas été une véritable priorité du fait que la plupart des actions posées sont en faveur de l’amélioration de la croissance économique. Ainsi, la politique préventive des crises dans le secteur éducatif a été simplement reléguée au second plan. Si l’année académique 2015-2016 a été paisible, la première rentrée sous l’ère de la Rupture s’annonce déjà très mouvementé. « Nous les avons observé et nous leur avions dit que la lune de miel prendra bientôt fin entre nous. Alors, les lunes de miel ont pris fin et nous allons désormais nous faire entendre », a menacé hier, au cours d’un sit-in, la porte-parole du Collectif des enseignants Agents contractuels de l’Etat (Ace) des formations payantes des Ecoles normales supérieures, Mathurine Sossoukpè. Il fallait se rendre à la Tour administrative ce lundi, 08 août 2016, pour attester de la fin de la lune de miel entre le gouvernement du Nouveau départ et les acteurs du système éducatif. D’un côté, les appelés du service militaire du secteur de l’enseignement protestaient devant le bâtiment du ministère de la fonction publique pendant que de l’autre côté du ministère de l’enseignement secondaire, les professeurs certifiés Ace menaçaient de paralyser l’école béninoise dès la rentrée prochaine. De quoi donner déjà de l’insomnie à Patrice Talon et son équipe. Lorsqu’on sait que la question de reversement des enseignants vacataires est toujours sur tapis de même que celle relative aux primes indiciaires de 1,25, il y a de quoi rester perplexe et pessimiste.

Resserrement de la carte universitaire : la brouille !

Pour avoir osé annoncer la confection d’une nouvelle carte universitaire dont la finalité sera de comprimer les universités publiques de création récente autour de des universités d’Abomey-Calavi et de Parakou, l’équipe gouvernementale de Talon a dû se heurter à une farouche opposition des universitaires et des populations. L’érection de ces nouvelles universités étant le fruit de rudes et longues batailles que mènent les représentations syndicales universitaires du Bénin dans l’optique de solutionner la question de massification des effectifs des universités. « Il ne s’agit donc pas d’une création fantaisiste comme on tente de le faire croire quand bien même on leur trouve un caractère politique », avait déclaré le Professeur Fulgence Afouda du Synarès. Le gouvernement a dû fléchir par la suite en décidant désormais de procéder au resserrement de la carte universitaire en regroupant les nouvelles universités autour de quatre (04) universités. Si la vision du gouvernement est de réduire le nombre d’universités publiques de manière à ce que les ressources humaines soient utilisées de manière efficace au service de la formation des intellectuels de qualité, la population voit autrement la question.  « Cette vision a-tout-le moins réductrice, ignore les réalités objectives de chez nous, foule grossièrement aux pieds, les efforts consentis par les populations. C’est pourquoi, elle est tout simplement inadmissible », s’indigne le professeur Fulgence Afouda, secrétaire général du Synares. Toute chose qui démontre que le Nouveau départ n’a toujours pas trouvé le remède qu’il faut à l’éducation.

Crise à l’Uac : Talon peut-il sauver les meubles comme l’avait fait son prédécesseur ?

La situation critique sur le campus universitaire d’Abomey-Calavi a simplement atteint son paroxysme sous l’ère du Nouveau départ. Par la décision rectorale N°070-16/UAC/SG/VR-AARU/SA portant sanctions disciplinaires, vingt-et-un (21) responsables étudiants ont été temporairement exclus de la Faculté des lettres, arts et sciences humaines (Flash) pour cinq (05) ans à compter de l’année académique 2015-2016. Ceci pour organisation du boycott des compositions à l’Université d’Abomey-Calavi. Et comme pour abattre l’animal qui agonisait déjà, le Conseil pédagogique a, par arrêté rectoral N°484-2016/UAC/SG/CR/SP en date du 28 juillet 2016, prononcé l’invalidation de l’année académique 2015-2016 à la Flash. Si pour beaucoup, les carottes sont définitivement cuites, le dernier recours de la communauté estudiantine pour sauver les meubles reste le Chef de l’Etat. Si par le passé, l’ex président a réussi à sauver de justesse l’année sur le campus tout en ramenant les deux camps à la table de négociation, le chantre du Nouveau départ pourrait-il réussir ce coup ? La question mérite d’être posée au regard de la position inflexible des autorités rectorales qui mettent d’ailleurs au défi la première autorité du pays ! De toute façon, le compétiteur né devra sortir de sa discrétion pour solutionner définitivement ladite crise…

Absence du dialogue social : on anticipe moins sur les crises !

Les rencontres gouvernement/Centrales et confédérations syndicales sont passées à la trappe depuis l’avènement de la Rupture. Les partenaires sociaux du secteur éducatif dénoncent aujourd’hui une absence de dialogue social et menacent de déclencher des mouvements corsés de protestation et de paralysie. « J’ai comme l’impression qu’on nous méprise, nous les acteurs sociaux et c’est sur les ondes que nous allons apprendre certaines déclarations tapageuses », a affirmé Dieudonné Lokosou de la Csa-Bénin pour déplorer le fait que les responsables syndicaux ne soient pas associés à certaines décisions capitales. Et à Paul EssèIko de la Cstb d’affirmer « Au plan du dialogue social, c’est la catastrophe même ». Des menaces en perspectives déjà sur la prochaine reprise des classes et qui doivent interpeller Patrice Talon et son équipe afin que des mesures urgentes et idoines soient prises même s’il faut recourir aux stratégies du régime défunt pour sauver l’école béninoise.

Aziz BADAROU


Matin Libre

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