Commercialisation des produits pétroliers au Bénin :La Sonacop appelée à disparaître

Commercialisation des produits pétroliers au Bénin :La Sonacop appelée à disparaître

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La Société nationale de commercialisation des produits pétroliers (Sonacop) est une société anonyme unipersonnelle avec pour actionnaire principal l’Etat béninois. Elle a pour objet, l’importation, le stockage et la distribution de produits pétroliers et leurs dérivés. Son capital est de 3 milliards de FCfa. Cette entreprise d’Etat est très malade et son mal a sa source loin d’une certaine mauvaise gestion souvent évoquée. L’état des lieux présente une société totalement moribonde sans aucun espoir de résurrection, quelles que soient les capacités et compétences de son premier responsable. Voici les maux dont souffre la Sonacop…

Plus de 40 milliards de FCfa de dettes vis-à-vis de toutes les structures (banques, fournisseurs, prestataires, impôts et taxes, douanes, Cnss …) ; une quatre-vingtaine de dossiers pendant devant la justice ( il faut préciser que les affaires « Etat béninois contre Cpi de Séfou Fagbohoun » ; « Sonacop contre le groupe Odific de Saturnin Agbota » ne sont pas vidés) ; un effectif de 397 agents avec une moyenne d’âge de 46 ans (au 31 déc. 2014) et une masse salariale moyenne mensuelle de 117millions de FCfa ; un tissu administratif vieillissant (72% de l’effectif ont plus de 40 ans) ; un dispositif de gestion lourd et inefficace ; absence de commissaires aux comptes avec pour conséquence la non certification des comptes depuis plus de dix ans ; etc. Voilà quelques caractéristiques de la Sonacop depuis plusieurs années. La Sonacop, c’est aussi une trésorerie insoutenable de -5.324.164.829F Cfa au 31 décembre 2013 ; des dépôts en mauvais états ; des camions-citernes pourris ; des équipements techniques désuets ; un fonds de roulement qui, au 30/06/1999, était évalué à près de 21,7 milliards de FCfa, s’est détérioré et est devenu négatif de près de -10,5 milliards de FCfa, soit une dégradation de 32,2 milliards de FCfa. Le prochain patron de cette société est sûr d’hériter d’une entreprise qui ne respecte pas les délais de livraison par les fournisseurs et qui a des difficultés à honorer à l’échéance, ses engagements vis-à-vis des fournisseurs, engendrant des crédits relais qui plombent davantage sa trésorerie. Autres maux, ce sont le management et la méthode inadaptés aux exigences de la gestion moderne des entreprises ; l’inexistence prolongée des organes légaux de gouvernance ; un personnel démotivé et vieillissant qui manque de formation continue. À la Sonacop, comme c’est mentionné dans un rapport, c’est la culture d’entreprise de type bureaucratique avec des procédures d’approvisionnement lentes et inadéquates. La précision importante à faire est que les dettes de la Sonacop sont évaluées à 31,2 milliards de FCfa et à la veille de la réquisition en mars 2006 à 36,174 milliards de FCfa après régularisation.
Cette société est mourante, mais dispose de certains atouts à base desquels l’Etat peut repartir et lui assurer un avenir meilleur. Elle a une clientèle, surtout étatique restée fidèle (pas forcément toutes les structures de l’Etat). Son expérience de 40 ans de présence et d’occupation de terrain lui a permis d’avoir un réseau de distribution le plus étendu du territoire (126 stations, selon des documents officiels). La Sonacop dispose du plus grand moyen logistique pour le stockage et a des capacités avérées de certains cadres dans des domaines précis du secteur pétrolier. La position des dépôts et des installations de la Sonacop sur l’étendu du territoire national et leur capacité à servir les pays de l’Hinterland font aussi sa force.

D’où est parti le malheur de la Sonacop ?

A sa création, la Sonacop avait une mission précise. Tout marchait bien et d’ailleurs, la demande n’était pas aussi forte. L’Etat a ensuite libéralisé le secteur de commercialisation des produits pétroliers en donnant des agréments à plusieurs importateurs. Là, encore, la Sonacop jouissait d’une parfaite santé. Pour preuve, en Juin 1999, à la clôture de la Sonacop, avec l’ouverture de son capital à hauteur de 55% au Groupe CPI de Séfou Fagbohoun, la situation financière de l’Entreprise était très bonne. Les fonds propres et assimilés s’élevaient à plus de 26 milliards de FCfa ; les actifs immobilisés étaient évalués à près d’un demi-milliard de FCfa. La société disposait encore d’une liquidité surabondante avec comme avoirs, dans les banques de la place, évalués à plus de 37 milliards de FCfa avec un fonds de roulement qui s’élevait à 21,7 milliards de FCfa.
Mais au 31 décembre 2005, au moment où la société Cpi de Fagbohoun bouclait six (6) ans de gestion, les capitaux propres se sont détériorés de près de 20 milliards de FCfa, passant de plus de 14 milliards de FCfa à un passif estimé à plus de 6 milliards de FCfa. Les résultats des exercices 2004 et 2005 ont été négatifs respectivement de -6,29 milliards de FCfa et -8,891 milliards de FCfa. Les documents à notre disposition indiquent que le fonds de roulement qui au 30 juin 1999 était évalué à près de 21,7 milliards de FCfa, s’est détérioré avec une dégradation de 32,2 milliards de FCfa. Comme indiqué plus haut, les dettes de la Sonacop sont évaluées à 31,2 milliards. Ceci, à la veille de la réquisition en mars 2006. A tout cela, il faut ajouter la domination du secteur informel qui contrôle plus de 80% de la part du marché béninois en essence, 18 à 20% de gas-oil, et 20 à 25% de lubrifiant.

Un renouveau est-il encore possible à la Sonacop ?

Des audits ont été commandités et des rapports déposés avec des recommandations. Globalement, les experts ont retenu qu’il faut fermer cette société et créer une nouvelle. D’après nos sources, le cabinet Deloitte a proposé, dans son rapport de 2013, qu’il faut mettre en place une nouvelle société dénommée : Société nouvelle des approvisionnements et de commercialisation des produits pétroliers (Sonacop). Le rapport d’audit de gestion est déjà validé par le conseil d’administration depuis mai 2014. Entre autres recommandations, il y a la révision de la loi 88-005 du 26 avril 1998 portant création, l’organisation et le fonctionnement des entreprises publiques et semi-publiques ; la tenue régulière des Assemblées générales (ordinaires et extraordinaires) ; la nomination des commissaires aux comptes ; la dérogation à la loi 2009-02 du 07 août 2009 portant code des Marchés publics et des délégations de services en République du Bénin ; la baisse de la pression fiscale pétrolière ; l’adoption du projet de la nouvelle convention collective générale du travail de la Sonacop ; le suivi de l’affaire Etat béninois contre Cpi pour son dénouement à la cour d’Appel de Cotonou ; la mise en œuvre systématique des procédures de Marchés Publics en l’occurrence la procédure simplifiée de demande de cotation.

Le plan d’urgence proposé par Irénée Agossa

L’actuelle équipe dirigeante, sur la base de la situation actuelle de la maison et compte tenu des différents rapports, a élaboré un plan d’urgence en attente d’être validé et mis en œuvre. Nos investigations nous ont permis de tomber sur un document dans lequel Irénée Agossa, actuel Directeur général de la Sonacop a fait des propositions. Pour lui, il faut redonner à la Sonacop son autonomie financière et renforcer son caractère d’entreprise stratégique de service public. Il suggère qu’il faut recapitaliser la Sonacop à hauteur de 20 milliards de FCfa. Il a pour objectifs de moderniser les installations de l’entreprise conduisant à une augmentation des frais de passage ; un accroissement de 20 à 60% des ventes ; sortir la société de la tierce détention et contribuer au budget national à hauteur d’environ 40 milliards de FCfa. A cet effet, le Dg pense qu’il faut avoir une marge bénéficiaire d’au moins 90 FCfa au litre ; un rythme d’approvisionnement régulier à des prix compétitifs et une gestion prévisionnelle rigoureuse des approvisionnements. Par ailleurs, il importe, selon lui, de reconquérir une bonne part de marché occupé par l’informel à travers une stratégie de maîtrise des flux aux fins d’assainir le marché pétrolier. « Il s’agit de la maîtrise du flux de la source d’approvisionnement de l’informel en vue de réduire son volume d’activités dans un cadre règlementaire exceptionnel en étroite collaboration avec la Douane », précise ledit plan. L’administration actuelle insiste sur le fait qu’il faut maîtriser le flux des tickets- valeurs de 2006 au 31 décembre 2014 sur la trésorerie de la Sonacop à travers leur remplacement progressif par les cartes carburant sur une période de 2 ans à compter de mars 2015 et mettre à disposition d’un montant de deux 2 milliards au moins pour améliorer le gap de la trésorerie au niveau de Ecobank et favoriser les relâches à hauteur de 1000 m3 par produit.

Félicien Fangnon

Les étapes d’approvisionnement

1. Stock d’alerte signalé ;
2. Informer le Directeur général (Dg) ;
3. Dg envoie demande d’autorisation au Comité de trésorerie (Ct) pour le lancement d’un appel d’offre ;
4. Le Ct se réunit pour autoriser le Dg ;
5. Les organes de passation des marchés publics gèrent les appels d’offres ;
6. Les Dossiers d’appel d’Offres sont dépouillés ;
7. Les organes de passation des marchés publics rendent compte au Dg ;
8. Le Dg informe le Ct ;
9. Le Ct approuve le Pv de dépouillement et autorise le Dg à notifier le marché à l’adjudicataire ;
10. L’adjudicataire répond au Dg pour confirmer sa capacité à fournir les produits ;
11. Un contrat est élaboré et cosigné par le Dg , la Personne responsables des marchés publics et l’adjudicataire ;
12. La Direction Financière/Sonacop saisit la banque pour la mise en place des instruments de couverture financière ;
13. La banque met en place un Credoc ou une Lc ;
14. La Sonacop attend la livraison par l’adjudicataire ;
15. En cas de défaillance de l’adjudicataire, la procédure de rupture du contrat est lourde.

Durée minimale : deux (02) semaines

Actu Bénin

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