Ces femmes qui font des métiers d’hommes 4 : Dans l’univers des...

Ces femmes qui font des métiers d’hommes 4 : Dans l’univers des mécaniciennes !

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Mettant   de  côté,  leur  féminité  et  au  mépris  des  contraintes  et  réalités  de  la  société   béninoise, elles exercent et s’imposent aujourd’hui dans ce métier traditionnellement  masculin : celui  de  la  mécanique. Contrairement aux vitrières, femmes militaires et autres, les mécaniciennes sont très rares à Cotonou et environs. Cependant, elles inspirent aujourd’hui respect de la part de leurs congénères masculins et suscitent l’admiration de leurs proches. Toutefois, les choses n’ont jamais été faciles pour ces dernières au cours de leur parcours et leur quotidien dans des milieux « masculins ». Dans le présent numéro de votre rubrique « Ces femmes qui font des métiers d’hommes », nous vous embarquons au cœur des réalités que vivent ces femmes qui se sont fait une place dans cette profession « masculine ».

A quelques mètres du carrefour « Le Berliet » (Route de Porto-Novo), à peine m’apprêtai-je à garer ma moto qu’une jeune mécanicienne, se porta vers moi, une « clé à pulpe » en main. « Votre moto a quel problème, monsieur ? », me lança-t-elle tout de suite. Stupéfi é et en même temps séduit, je suis resté un moment admiratif de ce que je voyais ! La jeune fi lle, S. Rahimatou, 17 ans environ n’éprouvait aucun gène à exercer ce métier même au bord d’une grande voie comme celle d’Abattoir. Ses vêtements imbibés d’huile à moteur témoignaient de son amour pour ce métier « masculin ». Ainsi, l’on se rend donc à l’évidence qu’il n’y a point de métier dans lequel la femme ne peut réussir. « Rahimatou dût prendre congé de moi, puisque je tardais à me prononcer, tout en me lançant: « Si vous finissez de me regarder, faites-moi signe, je viendrai réparer votre moto ! Moi, je n’ai pas le temps à perdre ! Si vous n’avez jamais vu une mécanicienne, prenez du plaisir à me contempler pendant que je m’occupe des clients». Son engagement et sa détermination au travail me laissaient sans mot. Un autre mécanicien, la cinquantaine, la gronda et vint vers moi. C’était son père.

Je ne veux pas qu’on me voit à la télé…

Après avoir exposé le motif de ma présence à l’atelier, Rahimatou refusa catégoriquement de dire quoi que ce soit. « Je ne veux pas sortir à la télé ! », fit-elle savoir. Rassurée par son père qu’il ne s’agit pas d’une affaire de caméra, elle décida alors de me faciliter la tâche. «Je n’ai pas choisi de faire ce métier parce qu’on y gagnait de l’argent mais parce que j’en étais chaque jour passionné quand je voyais mon père à l’œuvre. Ma grande sœur est beaucoup plus douée dans la mécanique que moi mais elle vient d’avoir un joli bébé », a affi rmé Rahimatou. En effet, les deux fi lles du vieux mécanicien ont embrassé le métier de leur géniteur et s’y plaisent bien ! « Le métier m’a plu simplement. En fait, beaucoup de fi lles font déjà la coiffure, la pédicure-manucure, la couture et les fi lles ne voient que ces métiers à exercer ! J’ai voulu donc faire la différence en allant vers un métier d’homme : la mécanique-peinture », laissa entendre Sonia Houéto, peintre-mécanicienne à Tokplégbé dans un garage situé derrière le Ceg Littoral. Cette dernière est dans sa sixième  année d’apprentissage.

Le regard de la société…

« Cela importe peu pour moi ! J’ai fait mon choix et nul n’a le droit de me juger. Beaucoup me disent que j’ai choisi un métier d’homme et que cela ne m’honore point mais moi je fais toujours la sourde oreille. Le plus important pour moi, c’est de réussir ma vie sans me prostituer ou encore voler », répond Sonia. En réalité, très peu de femmes résistent aux critiques dans ces milieux « masculins ». La conséquence est qu’elles rebroussent très tôt chemin et invitent d’autres à renoncer à apprendre un métier sont nombreux, ces hommes qui jurent de ne jamais fonder une famille avec une mécanicienne. « Mari ? C’est le dernier de mes soucis. Si un homme ne veut pas de moi pour mon métier, bon débarras », renchéri Rahimatou S. En toute franchise, cela s’apparente parfois à un rêve quand on voit une femme, clé en main, se glisser sous une voiture ou une moto dans l’intention de la réparer. Le comble aujourd’hui est que la mixité professionnelle est plus que jamais une évidence au Bénin, malgré les contraintes et réalités. La réussite n’a donc pas qu’un visage d’homme mais aussi celui de femme. Il faudra donc biser ces images conventionnelles liées aux professions en fi nissant avec les clichés « métiers d’hommes », « métiers de femmes » qui minent l’économie.

Un apprentissage sans complaisance mais…

Difficile de les trouver à Cotonou mais elles sont présentes dans les rues de Porto-Novo. Dame Victorine a installé son garage au quartier Adjati à quelques mètres après le Commissariat d’Adjarra. Pour elle, son apprentissage n’a pas été du tout aisé surtout en dehors du garage. « Parfois quand tu passes, les femmes se moquaient de toi, les hommes te regardaient autrement. Mais actuellement, nous avons infl uencé beaucoup de femmes qui font de la mécanique. La mécanique est un métier qui m’a toujours passionnée. J’ai toujours aimé bricoler et faire les métiers d’hommes. J’avais des copains qui étaient mécaniciens et j’ai toujours voulu être comme eux», confi e-t-elle. Si Rahimatou n’a aucun souci à se faire car travaillant dans l’atelier de son père, dame Victorine n’avait pas la conscience tranquille durant sa formation. Selon ses confi dences, ses sous-patrons voulaient tous d’elle et ses parents ont dû lui conseiller de se raser régulièrement la tête. Ce qu’elle fi t durant les trois premières années de son apprentissage.

Souvent soutenues dans leur choix…

Elles sont souvent soutenues dans leur choix par leurs parents uniquement et rarement quelques amis. Au caractère bien trempé, elles sont femmes et le revendiquent.Plus précisément, le métier ne les empêche point d’exhaler leur féminité. Ce ne sont ni des féministes, ni des garçons manqués. Ce sont des fi lles audacieuses, ouvertes. Ce métier de la mécanique se féminise davantage de nos jours au Bénin et bénéfi cie de plus en plus d’une image moins sexuée.

L’atelier et la vie amoureuse…

« Qui voudra d’une fille toujours sale ? », ceci est assurément la  perception de plusieurs hommes. Par contre, beaucoup sont ceux qui croient en ces dernières, en leur capacité à participer à la vie du foyer. Adidjatou est la sœur de Rahimatou. Elle est aussi mécanicienne et mère d’un enfant. Abandonnée depuis la grossesse par le père de son enfant, Adidjatou confi e que ce dernier lui a toujours recommandé de quitter la mécanique. Toute chose qui laisse croire qu’elle aurait perdu son amour à cause de son métier. « Il me disait qu’il ne pouvait pas dire à ses parents que sa femme était une mécanicienne. Or moi, j’ai souffert durant des années pour apprendre ce métier », se désole-t-elle. La chance a peut-être souri à dame Victorine qui, elle, vit avec son mari depuis bientôt dix ans. Elle est mère de trois enfants, selon ses propos. Pour elle, le métier n’a eu aucune infl uence ou impact sur sa vie amoureuse ou encore de ménage.  « Beaucoup d’hommes voulaient me prendre pour épouse mais lui (son mari), il a gagné. On s’entend parfaitement et les enfants sont fi ers de leurs parents », s’est-elle réjouie. Quant à Sonia, peintre-mécanicienne, elle pense se marier d’ici deux ans avec un homme avec qui elle entretient une passionnante vie amoureuse depuis 7 ans.

Un conseil aux hésitantes…

« Etre femme et gérer un garage n’est pas chose facile. Mais il faut y croire et croire en soi. Parce que, pour moi, ce n’est pas une affaire de femme ou d’homme, l’essentiel, c’est de prouver et de savoir ce qu’on fait. Ce n’est pas facile, mais il faut s’imposer. Les femmes sont souvent dans les domaines de la coiffure, de la pédicure, de la manucure, mais je les invite à embrasser ce métier (la mécanique, ndlr) car il est noble», prodigue dame Victorine.

Aziz BADAROU

Matin Libre

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