Ces femmes qui font des métiers d’hommes 3 : Dans l’univers des...

Ces femmes qui font des métiers d’hommes 3 : Dans l’univers des vitrières béninoises !

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Elles exercent et s’imposent aujourd’hui dans ce métier traditionnellement masculin : celui de la vitrerie-aluminium. Bien qu’elles soient en nombre limité dans des ateliers installés un peu partout sur le territoire national, elles sont aujourd’hui respectées par leurs collègues, et suscitent l’admiration de leurs proches. Toutefois, les choses n’ont jamais été faciles pour ces dernières au cours de leur parcours et leur quotidien dans des milieux « masculins ». Dans le présent numéro de votre rubrique « Ces femmes qui font des métiers d’hommes », nous vous embarquons au cœur des réalités que vivent ces femmes qui se sont fait une place dans cette profession « masculine ».

Sossou Augustine Franckyta est la seule vitrière béninoise disposant d’une entreprise de vitrerie-aluminium à Cotonou. La « patronne » vitrière qui a installé son atelier à quelques mètres après le carrefour « 16 ampoules », affirme être passionnée des « métiers d’hommes » depuis son jeune âge. « Personnellement, j’aime les métiers d’hommes depuis mon enfance surtout tout ce qui concerne le bâtiment. J’aime tout ce qui a trait à l’homme. Raison pour laquelle, j’avais choisi la peinture auto au début mais finalement, j’ai opté pour la vitrerie », a laissé entendre dame Franckyta.« Les métiers ont-ils un sexe ? », s’interrogeait-elle. Et à elle-même de répondre « il n’y a point de métier dans lequel la femme ne peut réussir.

Certes, certains métiers sont durs mais il faut juste s’engager et travailler dur ». En réalité, si “vitrière” ou encore “plombière” sonnent bizarre à nos oreilles, c’est que les clichés liés au genre des métiers nous sont imposés dès le plus jeune âge. Et ces stéréotypes nous empêchent parfois d’exercer le métier de nos rêves. Elles, par contre, se sont affranchies pour aller vers ce métier qui les a tout le temps passionnés. Au caractère bien trempé, elles sont femmes et le revendiquent (sans en abuser). Plus précisément, le métier ne les empêche point d’exhaler leur féminité bien qu’il s’agit d’un métier d’homme. Ce ne sont ni des féministes, ni des garçons manqués. Ce sont des filles audacieuses, ouvertes, capables de supporter des piques parfois inconscientes, tenaces. Ce métier de vitrerie se féminise davantage de nos jours au Bénin et bénéficie de plus en plus d’une image moins sexuée.

« C’est un métier qui m’a toujours passionné bien que j’étais une femme et que je savais que seuls les hommes l’exerçaient habituellement. Donc après plusieurs hésitations, j’ai dû m’engager. J’étais tellement sidérée chaque fois que je voyais des vitriers à l’œuvre. Donc, j’ai dû braver toutes les critiques éventuelles pour entamer la formation grâce à l’aide de mon grand-frère », nous confie Mounirou Mouinatou, jeune vitrière à Agblangandan, actuellement mère d’un mignon garçon.

Un apprentissage pas trop aisé…

« Le premier jour de mon apprentissage, je ne savais pas ce qui m’attendait. J’ai laissé les bancs et je voulais apprendre ce métier d’homme. Je suis allé et j’étais la seule femme dans un groupe de plus de 40 apprentis. Je portais le numéro 06. La collaboration n’a pas du tout été facile. Çà a été très difficile pour moi. Il fut un moment donné, j’ai dû abandonner l’atelier pendant des semaines pour réfléchir profondément avant de me réengager. La chance que j’avais était que je faisais partie des premiers apprentis de l’atelier et j’avais plus d’autorité sur ceux qui sont venus après moi. Ce qui m’a facilité la tâche durant mon apprentissage qui a duré un peu moins de 4ans », relate Franckyta qui ne regrette pas aujourd’hui son choix. Comme on pouvait s’y attendre, les vitrières comme toute femme qui s’aventure dans une profession « masculine » n’a jamais la tâche facile dans la société béninoise. Si pour beaucoup, c’est le patron même qui harcelle ou abuse d’elles, d’autres sont traitées de « femmes de patron » sans même en rêver. « J’avoue que le début n’a pas été facile du tout. J’ai su tout de suite que le boulot n’était pas pour les femmes car cela exigeait beaucoup d’efforts physiques. Sur une trentaine d’apprentis, jetais la seule femme. Mais après six mois, je me suis adapté sans peine », affirme Mouinatou. Outre le climat de méfiance au sein des ateliers, elles sont mal perçues par des collègues et surtout dans la société. Pour Luc Gankpin, enseignant d’espagnol, il faut toujours douter de la fidélité de ces genres de femmes. « Des clients vont vers elles souvent pour les avoir et non leur prestation. On leur paie une importante somme pour un petit service et elles cèdent sur le coup »,fit-il savoir. Toute chose que balaie du revers de la main, Frankyta et Mounirou Mouinatou, toutes deux, vitrières. « J’ai eu la chance d’avoir un patron qui se respecte en qui je suis reconnaissante aujourd’hui. Il m’a tenu dur comme tous les autres », confie Franckyta. Et à Mouinatou d’ajouter que cela a toujours été le dernier de ses soucis.

Souvent soutenues dans leur choix…

« Les parents m’ont accompagné et soutenu dans ce choix.C’est un choix personnel et les amis n’avaient rien à y voir. Dans la famille, j’avais une tante qui faisait déjà de la calligraphie, un métier d’homme. J’ai aussi une jeune cousine qui a choisi ce même métier. Donc je ne suis pas la seule à opter pour un choix du genre dans la famille », s’est réjouie la seule vitrière béninoise disposant d’une entreprise de vitrerie aujourd’hui. Cependant, toutes les filles n’ont pas eu cette chance. Beaucoup ont, très tôt, été découragées et elles ont déserté le forum. « Des amis me découragèrent surtout en me faisant comprendre que je ne trouverais point de mari ou qu’il m’accuserait toujours d’infidélité. Mon papa a beaucoup apprécié mon choix et m’a soutenu mais malheureusement, il n’est pas resté longtemps à mes côtés. Il est décédé il y a à peine six mois », regrette Mouinatou.

Le métier et la vie amoureuse….

Si les femmes militaires n’ont pas la chance d’être courtisées par beaucoup d’hommes, les vitrières, elles, se trouvent débordées de mecs. « Au contraire, beaucoup d’hommes étaient amoureux de moi, d’autres étaient séduits en me voyant à l’œuvre. Mais je me disais toujours que mon métier doit passer avant tout car on m’a appris que n’importe quelle fille, qui privilégie les relations amoureuses au détriment de son métier, ne se tire jamais d’affaire. Mais hormis cela, on réussit toujours », déclare toute souriante, Mounirou Mouinatou, vitrière et mère d’un enfant alors qu’elle attend toujours son diplôme de fin de formation. Même son de cloche chez Franckyta qui affirme « mon métier n’empêchait pas les mecs de s’approcher de moi. En fait en apprentissage, je n’avais qu’un seul mec qui me soutenait. Dans le foyer, tout se passe bien ».Et de poursuivre, « je pense que j’ai finalement réalisé mon rêve déjà. Je voulais percer et réussir dans ce métier et je l’ai fait. Beaucoup de clients me font confiance non seulement parce que je suis une femme mais surtout en raison de la qualité de mes prestations. » Pour Mouinatou, son plus grand rêve est d’aller installer son entreprise en Côte d’ivoire.

Un conseil aux hésitantes…

« Choisissez vos métiers loin des préjugés ! Malheureusement, je connais beaucoup de femmes qui n’ont pas eu ce courage. Beaucoup de filles sont passés par mon atelier mais la majorité s’en est retirée sans achever la formation. Bof c’est un métier d’homme, c’est vrai, c’est compliqué. Des difficultés, il y en a tellement que beaucoup se découragent et se replient. Moi je pense qu’il faut qu’elles tiennent jusqu’au bout. C’est un métier que j’ai choisi et que je ne regrette pas aujourd’hui. Cela fait déjà des années que je suis dedans. Je ne rêve même pas quitter ce métier un jour pour un autre. Je ne voudrais plus être la seule femme disposant d’une entreprise de vitrerie-aluminium au Bénin », conseille Sossou Frankyta Augustine.

Aziz BADAROU

Matin Libre

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