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BEHANZIN : les conséquences désastreuses d’un non retour sur la terre de Danxomè

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Le royaume de Danxomè situé aujourd’hui en République du Bénin, un Etat de l’Afrique de l’Ouest, a connu sous le roi Béhanzin deux années de guerre anticoloniale contre la France de 1892 à 1894. Il perdit la bataille et décida de se rendre. Le non respect de l’entente entre lui et le commandant de l’armée coloniale qui consistait à le conduire auprès de son homologue français pour une redéfinition des relations entre la France et le Danxomè, sera fatal à l’Europe en général et à la France, en particulier.

A la mort de son père le roi Glèlè (1859-1890), Kondo alors chef des guerres, prit le pouvoir sous le nom fort de Gbêhinzin bo Aïdjrèrè qui signifie en fongbé : « l’univers tient l’œuf que la terre désire, indexe, évalue ou mesure » et son emblème était leRequin. Le nom indiquait qu’il est la réplique de ce que la France pense de la terre de Danxomè. Son emblème montrait l’étendue de la résistance qu’il opposera. Son règne ne durera que quatre ans. La France, outillée depuis la conférence de Berlin de 1885 qui a entériné le partage de l’Afrique entre les nations européennes, profita de la brouille entre Béhanzin et son frère Toffa1er (1874-1908) roi de Porto-Novo pour attaquer le royaume de Danxomè. Elle gagna la bataille, et célébra un simulacre de victoire car Béhanzin entra dans le maquis et devint insaisissable. Face aux pressions, aux manipulations et aux exactions contre son peuple, Béhanzin prit la décision de se rendre.

Dans son livre intitulé « Le Roi Béhanzin : du Dahomey à la Martinique» Patrice Louis s’est interrogé : BEHANZIN – POURQUOI L’ALGERIE ? Cette question suscite d’autres à savoir : Pourquoi Béhanzin, voulait-il à tout prix revenir sur la terre de Danxomè ? Était-il seulement guidé par l’instinct de revenir pour reprendre le trône de son royaume ? Pourquoi la France n’avait-elle pas respecté son engagement de le faire rencontrer son homologue français ? En tentant d’élucider tant de questionnements, nous en viendrons à comprendre le pourquoi de la destination de l’Algérie.

Le roi Béhanzin est arrivé en Algérie après maintes démarches auprès de différentes personnalités de son entourage vers les autorités françaises. Dans le film « L’exil du roi Béhanzin » (du réalisateur Martiniquais), on peut percevoir l’importance des pressions qu’il exerçait à travers amis, proches du pouvoir et même dans la presse pour obtenir son retour en terre de Danxomè. ‘’Il faut que je retourne à Danxomè’’… si je n’y retourne pas, la France essuiera une honte indescriptible… La pression devenait si forte que pour résoudre définitivement cette question, la France décida de l’envoyer en Algérie qui selon elle, serait aussi une terre africaine qui devrait satisfaire ce roi devenu trop exigeant et encombrant.

Il ne s’agit pas de regarder la personne de Béhanzin, mais celle de ces 18 000 hommes et femmes d’origines Mahi, Yoruba, Nago, Aja, Houéda, Aïzo, Holi, Fon, Ouatchi, et même Allemands enrôlés de gré et ou de force, qui ont combattu à ses côtés. Ces milliers de femmes intrépides qui s’étaient sacrifiées, et à la fin de cette résistance, celles qui étaient rentrées dans l’errance, en proie à la folie et autres démences, avaient perdu tout espoir de reconstituer leur vie, leur royaume et leur identité.

Trois jours avant la rencontre de Goho (lieu où est érigée aujourd’hui la majestueuse statue du roi Béhanzin à Abomey), le roi avait reçu sur sa demande, la visite de Dodds à Cadadadji dans son bunker (1km environ d’Ahouangbétissa), où il accepta de se rendre à lui contre la garantie de le conduire à son homologue français. Une fois cet accord conclu, Béhanzin se prépara pour ce voyage. Selon la tradition, un voyage est un évènement important qui se prépare spirituellement afin qu’il se déroule dans de bonnes conditions.

En langue fongbé Ahouangbétissa signifie ‘’sous l’arbre de compte rendu de guerre’’ et Ahouangblétissa avec une différence d’une lettre ‘’L’’ signifie ‘’ sous l’arbre de la défaite’’. Le premier était le nom de cette place avant ce jour de Janvier 1894 l’avant-veille du jour de départ du roi pour l’exil. Le second nom est celui que cette place gardera jusqu’à ce jour et le figuier qui s’y trône est toujours là.

Tôt le matin, avant le premier chant du coq, un petit groupe de cinq hommes avait traversé le petit village et s’était arrêté à son entrée. La démarche spéciale arquée du roi trahissait sa présence au milieu du groupe. Ils creusèrent un trou dans lequel ils déposèrent d’abord un mortier (vase en bois pour piler des substances) au fond du trou, et y mirent quelques produits d’origine végétale et minérale. Le roi demanda que l’on consulte les oracles. L’un d’eux prit dans ses mains quatre cauris et le roi posa la question : suis-je assuré de partir et de revenir ici à Danxomè sain et sauf après ce voyage ? Celui qui avait les cauris, les jetèrent au sol. L’interprétation de ce premier jet fut Non. Le roi ordonna qu’il les reprenne, reformula la question et lui demanda de les lancer à nouveau. La réponse fut à nouveau Non. Le roi regarda l’assistance et hocha les épaules. Il se trouvait dans une situation irréversible puisqu’il avait donné son accord à Dodds et reconnaitra officiellement sa défaite au cours d’une cérémonie qui se déroulera dans quelques heures dans ce village à la place AHOUANGBETISSA. L’instant était donc très grave. Il demanda une troisième fois que l’on jette les cauris. La réponse une troisième fois fut toujours Non. Le roi demanda que l’on apporte la graine du rônier. Il prit celle-ci, la montra aux quatre points cardinaux et la déposa dans le trou. En langue fongbé, le nom de ce fruit est ‘’agonkoui’’ qui signifie littéralement « la graine du non retour ». Béhanzin dit : si je ne revenais pas à cet endroit par la faute de la France, alors elle connaitra en sept ans, et sept fois sept années, une cassure comme un verre qui tombe sur une pierre, et elle essuiera une honte indescriptible. Le trou fut fermé et le groupe quitta les lieux pour la suite.

La décision du roi de partir en France n’était donc pas prise sans précaution. La soumission de Béhanzin à Dodds s’était réalisée en trois étapes et en trois jours : la rencontre de Cadadadji où il conclut l’accord de faire conduire en France, le grand rassemblement qui correspondait à la cérémonie appelée (whouikloklo lire o ouvert) qui signifie littéralement le lavage de l’épée. Cette cérémonie matérialise la fin de la guerre. Ce fut au cours de cet évènement qu’il publia la célèbre chanson qui est aujourd’hui sous la plume du professeur Jean PLIYA « le discours d’adieu de Béhanzin ». La dernière étape sera celle de Goho qui marqua le début officiel du voyage. Ce furent autant d’évènements qui levèrent l’équivoque que le roi s’était rendu de son gré et non capturé.

Quand Béhanzin fut conduit à Cotonou, et que les supérieurs de Dodds lui intimèrent l’ordre de le diriger plutôt vers la Martinique au lieu de la France, Dodds (un métis) regretta profondément ce refus de la France car il portait déjà Béhanzin dans son cœur, admirait son courage, sa détermination et entre les deux officiers de guerre, il n’y avait qu’une seule parole. Ne pas le reconnaitre serait une malhonnêteté intellectuelle envers cet officier qui d’ailleurs à renoncer de conduire Béhanzin en Martinique. Le manque de parole, le non respect des engagements et le mépris pour le Noir, feront payer à l’Europe la monnaie de la pièce Française.

Paul Marshall nous rappelle qu’« un peuple ne peut progresser s’il n’a pas le sens de son passé, s’il ne le regarde en face, s’il n’assume pas son histoire ».

Le rônier avait poussé grossi et grandi à l’entrée du village de Kpètèkpa Ahouangblétissa avant d’être abattu récemment en 1983 par ignorance de la population. Aujourd’hui, si l’on effectue des fouilles à cet endroit, il est fort possible, d’exhumer les restes de cet arbre.

Le roi mourut en décembre 1906 en Algérie sans revenir à cet endroit. Sept ans après, 1914, un couple autrichien en Autriche, fut assassiné ce qui fut la goutte d’eau qui déborda le vase, la première guerre mondiale éclata. La France fut mise en lambeaux. Elle connut des moments de tribulation et d’intenses douleurs. Sept fois sept années à compter du jour de la mise en terre du rônier, les prémices de la deuxième guerre mondiale grondèrent à nouveau comme un ouragan, l’Europe fut secouée et la France se cassa comme un verre qui tombe sur une pierre.

Des allemands avaient combattu aux côtés de Béhanzin. Quand les français les capturaient, ils furent traités avec une férocité indescriptible et Béhanzin le savait. En sept ans et sept fois sept années, l’Allemagne brisa la France. L’univers tient l’œuf que la terre évalue : Béhanzin.

Dans le village de Kpètèkpa et sur sa place centrale rebaptisée AHOUANGBLETISSA, il eut un grand rassemblement ce janvier 1894 où chants glorieux et danses avaient soulevé la poussière. L’article qui sera consacré à cet événement apportera des puzzles qui manquaient à la reconstitution de cette phase de la résistance de Béhanzin.

Histoire du Danxomè Auteur : Toussaint AHOMAGNON

L’informateur Théodore HOBOUSSI, punissait chaque fois que l’auteur était distrait pendant qu’il racontait avec beaucoup de conviction. Il disait aussi : l’histoire est têtue. Les hommes passeront et rien ne restera caché sous ce soleil. Ton pays le Dahomey est une grande nation et quiconque cherchera à la mépriser payera cher son imprudence. Son père Azantounwé faisait parti des personnes qui étaient avec le roi ce Janvier 1894.

Comment un tel dispositif peut-il provoquer une guerre au-delà des mers ? À cette question, l’informateur répond par d’autres questions :

Pourquoi ce petit poste radio sur lequel vous captez différents pays ne vous étonne pas au même titre que le dispositif ? Les éléments qui composent votre poste radio ne sont-ils pas tirés de la terre ? Béhanzin avait l’intention de punir la France pour le traitement qu’elle avait fait aux allemands pendant les combats. Presque comme une mission, Abomey vengeait toujours ses amis.

Le dispositif était prévu pour protéger la zone contre toute intrusion de personne capable de venir perturber la cérémonie qui devra marquer la fin de la guerre – les honneurs que le roi comptait rendre à ses derniers amis fideles et aux âmes des combattants disparus. Le dispositif se mua en machine de guerre (bombe à retardement) quand les oracles avaient répondu par un NON à son retour.

J’ignorais pourquoi il tenait à transmettre ce récit. J’étais trop jeune. Mais aujourd’hui, en suivant des émissions de débats télévisuels africains et des films documentaires sur ce type de colonisateur qui est la France, la nécessité de porter ces informations aux africains décidés de remettre en cause les résultats de la conférence de 1885 à Berlin. Chaque colonisateur a son caractère, son sens de l’éthique et son mode d’action qu’il est impérieux de connaitre et de prendre en compte dans les négociations pour des questions de développement de nos nations.

guidebenin

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29 COMMENTAIRES

  1. Vous voulez insinuer que le Bénin doit se sentir moralement responsable du déclenchement de la 1 ère guerre mondiale avec ses conséquences désastreuses. C’est un passif trop lourd à porter là mon ami

    • Nous rapportons ce que nous avons appris et les preuves sont là.
      Nous voulons dire à quel point nous sommes capable d’agir pour changer les choses
      La responsabilité n’est pas plus lourde que celle liée à l’esclavage
      Nous avons aussi une science que nous pouvons démystifier et utiliser pour nous développer.
      De même qu’il n’existe pas de peuple sans culture de il n’existe pas de peuple sans sa science.
      Ne pas tenir sa parole est une mauvaise chose n’est ce pas.

  2. « La force de vaincre ne réside pas seulement ds la puissance des muscles,mais aussi en absence de crainte. » hommage au roi pour son audace et sa témérité. Fier d être Dahoméen

  3. Cette histoire me permet juste de comprendre que la France n a jamais tenu parole. Il suffit de voir le niveau de dveloppement des pays dont elle est colonisatrice pour s en convaincre.

    • Oui un livre est en chantier pour fournir plus de détail et de précisions. A la parution de l’article des réactions venant de partout à travers le monde ont permis d’avoir des informations pour affiner le récit.
      C’est pour la jeunesse qu’il convient de faire ce retour sur le passé.
      POURQUOI FAIT ON L’HISTOIRE ?

  4. plus aucun de nos roi actuels c’est à dire nos présidents africains n’ont plus la culture de se donner pour sauvegarde r ce qui reste à conserver comme valeur, mais préfère voir ce peuple tué torturé et finir pour que eux ils s’éternisent aux pouvoirs ,même s’il faille gouverner sans peuple. ces français aussi mauvais qu’ils sont ont dépouillés l’Afrique de ces bons hommes outre Behanzin, nous penserons à d’autre résistances dont Thomas Sankara ,puis ce fut le tour du libyen Kadhafi. Mais j’ai bien envie de leur demander où ils lorsque Sassou Nguesso du Congo et d’autres présidents Africain continuent de briguer allègrement des mandats.pour certains 35ans,ou pour d’autres 40ans non stop. Réfléchissons en et disons à la jeunesse que nous avons le devoir patriotisme vis à vis de nos nations et non chercher à se remplir les poches ou chercher à aller s’installer dans d’autres continent comme ce que nous observons aujourd’hui. Et de là-bas se contanter de critiquer.

  5. voil, un peuple ki ignore vraiment son histoire, se perd……savoir ou connatre son histoire pour assumer.C’est ce ke ns voulons de vous la jeunesse bninoise.

  6. Fierté partagée. La jeunesse qui ne connaît pas histoire n’a rien à défendre. Comment peut-on défendre un pays où l’héritage de son père si l’on ne connaît pas son histoire.? Si vous avez aimé cette histoire alors organiser une excursion pour connaître le lieu et l’emplacement du ronir. Nos historiens plagient les récits blancs aventuriers et une histoire n’est pas déjà racontée dans un livre f’ un blanc alors elle n’existe pas. Alors ces aventuriers étaient en mission pour le colonisateur. Notre jeunesse connaisse mieux bastille alors que Zogbo à Cotonou est le quartier où (et je connais l’endroit) les amazones ont surpris et égorgé des offres français. Sans connaître cett l’histoire comment nos soeurspourront elles trouver le courage de gagner autrement la vie que de se livrer à la debauche

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