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30 milliards pour juguler la crise énergétique : Nécessité d’aller au-delà de la location des groupes électrogènes

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Sans énergie électrique, point d’investissement, point de croissance économique et donc point de développement. L’on peut ainsi comprendre l’empressement avec lequel gouvernement de Patrice Talon tente de maîtriser la situation de délestage qu’il a héritée. Le plus important, face aux cris des populations qui en souffrent énormément, c’est de trouver en urgence un palliatif, et ce quel que soit le coût. Et pourtant…

De fin décembre 2016 pour zéro délestage, le gouvernement de la Rupture pour le Nouveau départ a revu à fin octobre le délai. En conséquence, des « mesures urgentes » ont été prises « pour juguler la crise énergétique ». En effet, à la faveur du conseil des ministres du 20 juillet 2016, il a été décidé, après approbation de deux communications du ministre de l’Energie, de l’Eau et des Mines (photo à la une), la réhabilitation des centrales électriques de Natitingou, Parakou et Porto-Novo et la location de deux centrales thermiques de 100Mw et 50Mw à installer à Maria-Gléta. Le coût estimatif de ces deux mesures sur le budget national est de 30 milliards FCfa. Or, déjà au Conseil des ministres du 04 mai 2016, toujours après communication du même ministre de l’Energie, de l’Eau et des Mines, le gouvernement a mentionné que « pour faire face à la crise énergétique qui secoue notre pays, il s’avère nécessaire d’exploiter au maximum les groupes électrogènes « Mri » et « Aggrekko » en location et d’assurer pour la période allant du 25 avril au 31 juillet 2016, la disponibilité en gas-oil évaluée à environ 13 millions de litres par trimestre ». Aussi, a-t-il annoncé d’ « acquérir des capacités supplémentaires par centrales mobiles de location pour assurer la fourniture stable de 200 Mwh…, réhabiliter les centrales de la Sbee en arrêt depuis plusieurs années en vue de la production de 47 Mwh, installer des centrales photovoltaïques dans le cadre du deuxième compact du Mca pour une production de 45 Mwh ». On y voir de près, ces mesures laisse transparaître la détermination de cette nouvelle équipe gouvernementale d’aller très rapidement à bout de la crise énergétique. C’est à saluer, sauf que dans l’ensemble, tout se résume pratiquement à de la location de centrales et de groupes électrogènes. 30 milliards FCfa à débloquer pour contenir juste la crise énergétique. Le problème ne se poserait pas si c’est sur une courte durée. Mais quand on ligne entre les lignes, aucune solution durable avant deux ans outre ce qui est prévu dans le cadre du Millenium challenge account II (Mca). Pour preuve, dans le communiqué du conseil des ministres du 4 mai dernier, l’exécutif envisage d’« installer une centrale thermique de 120 Mwh sur financement de la Banque islamique de développement (Bid) et de la Banque ouest africaine de développement (Boad) ». Mais le même communiqué précise que c’est à partir de décembre 2018 que va démarrer la sélection des producteurs privés qui fourniront « 120 Mwh d’énergie thermique sur le site de la Centrale de Maria Gléta » et « 20 Mwh d’énergie photovoltaïque dans la partie septentrionale du Bénin ». Le gouvernement a ajouté qu’ « un comité de pilotage a été mis sur pied pour le suivi et la réalisation de ces projets ».

Et pourtant…

Opter pour diverses sources d’énergie électrique, c’est ce qui est souhaité et d’actualité dans le monde. Le Bénin n’aura qu’à rattraper juste un train en marche. De toutes les mesures citées supra, le projet le plus consistant à réaliser par le gouvernement c’est celui relative à l’installation d’une centrale thermique de 120 Mwh par des entreprises et ce, à Maria Gléta. 120 Mwh, ce n’est pas peu. C’est d’ailleurs la plus grosse puissance. Mais vu l’importance de l’infrastructure à réaliser, on peut se demander pourquoi le gouvernement ne privilégie pas cette piste. Le groupe oui, mais quand on se souvient de la sulfureuse affaire des groupes électrogènes il y a un peu plus de 10 ans et le fait que ces engins n’ont qu’un effet atténuant, le gouvernement du président Talon aurait vu juste en travaillant parallèlement et de façon diligente sur la piste de la centrale thermique. C’est un projet hérité du régime défunt et c’est heureux que le gouvernement de la Rupture n’y ait pas prononcé sa suspension comme c’est d’actualité. Cependant au lieu de faire une fuite en avant en reportant la phase de concrétisation du projet à 2018, ne serait-il pas plus judicieux d’y aller en même temps ? Le ministre ou le nouveau gouvernement semble ne pas disposer de certains détails sur ce projet dont l’appel d’offres de pré-qualification avait été lancé il y a un peu plus d’un an avec à la clé des soumissionnaires. Finalement, on est en où avec cette procédure initiale qui devrait permettre au Bénin de réaliser le projet énergétique à moins coût, jamais réalisé ? La « suspension » a-t-il pris par là surtout qu’il y a quelques semaines les pré-qualifiés sont connus ? Pourquoi mettre autant d’argent dans la location de groupes quand on sait que les fonds pour la construction de la centrale sont disponibles ? Pourquoi ne pas chercher à finaliser le dossier d’appel d’offres tout en faisant diligence pour le dédommagement des riverains et en libérant le site au plus vite? Le gouvernement dans le récent correctif budgétaire n’a-t-il pas pris en compte le volet dédommagement, plus du milliard de FCfa ? Est-il sûr que si cela ne se fait pas aujourd’hui, cela n’aura pas des implications inattendues dans deux ans ? Les partenaires ne pourraient-ils pas geler ces ressources mises à la disposition du Bénin quand elles ne seront débloquées que dans deux ans ? Quand on sait que la construction de la centrale va durer près de deux ans, l’Etat devrait accélérer plutôt la procédure pour qu’on ne perde ce financement. C’est un défi pour l’Etat béninois parce que l’emprunt serait même à un taux de 2% sans engager la garantie de l’Etat. Il urge d’explorer cette option plus bénéfique, plus durable pour le pays que d’engloutir plusieurs milliards de nos francs pour juste déplacer un problème. C’est ce que je crois.

Jacques BOCO

aCotonou

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