Un an après son installation:L’Assemblée nationale en pleine mutation

Un an après son installation:L’Assemblée nationale en pleine mutation

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Le Parlement béninois est en pleine mutation, un an après son installation. Mais ce qui préoccupe le peuple est ailleurs.

L’élection de Patrice Talon à la tête du pays à l’issue du second tour de l’élection présidentielle du 20 mars 2016 a provoqué de nombreux bouleversements politiques. Après la valse des déclarations de soutien faites par la plupart des grandes forces politiques l’ayant soutenu ou pas, de même que le discours de réconciliation de façade de l’ex-chef de l’Etat Yayi Boni, la vie politique se conjugue entre les premières décisions du gouvernement du Nouveau départ, et les bouleversements qu’on observe à l’Assemblée nationale. Connu pour son génie, Patrice Talon a très tôt fait appel à des célébrités au Parlement comme Candide Azannaï, Joseph Djogbénou, Sacca Lafia, considérés comme les idéologues de la Rupture, les uns aussi remuants que les autres, pour former son premier gouvernement. Trois grosses pointures que le chef de l’Etat a voulu récompenser pour leurs rôles dans son élection et dont le départ de l’Assemblée nationale, ajouté aux manœuvres de ralliement au nouveau pouvoir, a plongé l’institution dans une ère de mutation et de recomposition. De tous les départs, c’est celui de Joseph Djogbénou qui a fait plus effet, en raison du poste très stratégique de président de la Commission des lois qu’il occupait. Pour lui succéder dans cette fonction, le chef de l’Etat a préféré un magistrat, Alexis Agbélessessi, qui a renoncé à un bien rôle secondaire dans le bureau de l’Assemblée en sa qualité de 2ème secrétaire parlementaire pour se positionner comme candidat à la succession de l’avocat, Joseph Djogbénou. La Rupture comptant sur ses désormais nombreux soutiens à l’Assemblée offre, sans coup férir, à Alexis Agbélessessi la présidence de la Commission des lois. L’issue du processus n’a pas surpris, car il n’y a pas eu match. Mais il laisse derrière lui la place du 2ème secrétaire parlementaire qui sera âprement disputée par Dakpè Sossou et Léon Basile Ahossi, après le retrait de Louis Vlavonou. Les deux protagonistes entament les négociations au Parlement. Le premier a marqué des points dans les différents groupes, tandis que le second n’a pu faire autant, bénéficiant seulement du soutien de son alliance, l’Union fait la Nation et de celui de quelques au sein des Fcbe.

Le duel !

Après un premier report le lundi 23 mai pour faute de consensus qui devrait être établi entre les deux concurrents se réclamant de la Rupture, l’élection s’est tenue finalement le mardi, soit 24 heures plus tard. Les deux candidats se sont présentés, mais c’est Dakpè Sossou qui l’emporte par 58 voix contre 20. L’ancien maire de Lokossa fait partie du bureau de l’Assemblée nationale. Un acte de consécration pour son inconditionnel soutien aux côtés du chef de l’Etat. Comme on peut s’en rendre compte, l’Assemblée nationale vit au rythme de quelques chamboulements, qui n’épargnent pas les groupes parlementaires. Il y en a une multitude qui n’arrive pas à résister au vent de la Rupture. Après avoir été les premiers soutiens inconditionnels du régime défunt, ils se disent prêts à chanter les louanges de l’actuel chef de l’Etat, Patrice Talon. Candidat malheureux à la dernière présidentielle, Aké Natondé récupère des députés démissionnaires des groupes parlementaires nés des entrailles des Fcbe pour constituer un autre qui se rapproche du chef de l’Etat. Un de plus pour la majorité parlementaire qui comptait déjà dans ses rangs des barrons du régime Yayi, qui s’identifie, à l’Assemblée, au Nouveau départ. Est-ce le même esprit qui a guidé Barthélémy Kassa à reconstituer son groupe « République et solidarité nationale » qui avait volé en éclats ? Bien malin qui pourra répondre. Peu avant tout cela, c’est le député Marcel de Souza qui a annoncé les couleurs. Après ses nombreux désaccords avec l’ex-chef de l’Etat, il sera proposé par ce dernier pour présider la Commission de la Cedeao. Il a aussitôt sauté sur l’occasion en renonçant à son mandat à l’Assemblée nationale. Ce cadeau de l’ex-chef de l’Etat à son beau-frère a définitivement tué les espoirs du Professeur Jean-Pierre Ezin, dont le nom a été abondamment cité pour occuper ce poste.

Le peuple a la tête ailleurs

Pendant ce temps, le peuple, surexcité lors de l’élection, est enclin à l’espoir que demain sera meilleur, sans toutefois s’empêcher de mettre la pression sur celui auprès de qui il attend beaucoup. Tout comme ce peuple, les organisations des travailleurs attendent du nouveau pouvoir et s’interdisent de déclencher les hostilités pour réclamer de meilleures conditions de vie et de travail. On assiste à une sorte de trêve sociale dans l’Administration et dans l’opinion jusqu’à expiration du délai de grâce dont on ne connait pas encore la durée, mais qui sera de toute façon courte. S’il y a des sujets sur lesquels l’opinion des Béninois n’est pas favorable à Patrice Talon, c’est le maintien aux postes des affidés de l’ancien régime. Les Béninois estiment que le nouveau régime doit aller plus vite, mais il répond par la prudence dans l’action et les décisions. Or, les jours passent et les cinq ans s’égrènent. Les problèmes les plus cruciaux à savoir la crise énergétique, l’emploi des jeunes, la mévente, la baisse des activités portuaires, les inondations et la recrudescence de l’insécurité attendent d’être résolus. Les malfrats ont repris du poil de la bête, frappant sur tout territoire, ôtant la vie à des citoyens et emportant des faramineuses sommes d’argent. Même si la population manifeste une certaine sympathie à l’égard du nouveau président, parce que rassurée qu’il obtiendra des résultats encourageants après avoir refait une nouvelle fondation pour une gouvernance exemplaire, elle ne saurait s’empêcher de se poser la question suivante : à quand la fin de cette galère ? Et puis, à propos des premiers chantiers ouverts par Patrice Talon à savoir réduction du train de vie de l’Etat, la lumière sur les concours frauduleux, les audits sur la gestion du régime défunt, les réformes institutionnelles et politiques, le remboursement de certaines dettes dans la filière coton, tout en exprimant la volonté du régime du Nouveau départ de rendre justice ou de réparer le préjudice causé par la gouvernance catastrophique de Yayi Boni, beaucoup attendent de voir leur aboutissement pour se convaincre de leur bien-fondé ou apprécier la qualité des travaux. Il est vrai que les plus optimistes sont nombreux, mais l’opinion peut changer si le peuple estime que ses attentes ne sont pas comblées. L’opinion était une donnée mesurable et à géométrie variable, elle vous désert et se montre méfiante, voire sévère à votre égard. Patrice Talon ne devrait pas s’en émouvoir, puisqu’il bénéficie d’une affection inégalable de la part de la population qui, en grande partie, est en phase avec ses premières décisions.

Fidèle Nanga

Actu Bénin

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