Supposée entrevue de réconciliation Talon-YAYI: Les non-dits d’une rencontre insidieuse

Supposée entrevue de réconciliation Talon-YAYI: Les non-dits d’une rencontre insidieuse

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Le Chef de l’Etat béninois sortant et son successeur semble affûter leurs armes pour fumer le calumet de la réconciliation. Depuis le début de cette semaine, ils sont les deux à faire la une et les seuls pratiquement à être au centre des discussions. Mais, au-delà des différents messages adressés à la fin de cette rencontre sur la terre ivoirienne, il y a mieux que ce qui est rendu officiel.

Le Président de la République du Bénin, Patrice Guillaume Athanase TALON en pourparlers avec son prédécesseur Thomas Boni YAYI en présence de leurs deux modérateurs, le Président ivoirien Alassane Dramane OUATTARA et son homologue togolais Faure GNASSINGBE. La rencontre qui aurait duré un peu plus de trois heures d’horloge n’a laissé personne indifférent ; tant au Bénin que dans le reste du continent car les médias ivoiriens en ont grand écho.

Selon les déclarations de ces personnalités aux hauts rangs, c’est une rencontre de courtoisie et d’amitié qui aurait permis à l’actuel Chef d’Etat béninois de réitérer son engagement en vue de bien conduire le navire Bénin. Occasion pour l’ancien de féliciter, pour une deuxième fois en moins d’un mois, son successeur au fauteuil présidentiel installé au Palais de la Marina dans la ville de Cotonou.

Mais pourquoi avoir choisi une médiation et surtout pourquoi avoir opté pour le Président togolais et celui ivoirien ? C’est en fait la plus grande et inquiétante des questions. Comme on le soulignait supra, la rencontre est plus que la façade miroitée dans les médias.

Selon les informations de sources bien proches du cabinet du chef de l’Etat ivoirien, grand instigateur de ladite rencontre, il était question pour les deux hommes, jadis amis, d’aborder certains dossiers de « malversations » qui avaient eu cours sous le régime de Thomas Boni YAYI afin que ce dernier bénéficie d’une certaine grâce car à l’allure où vont les choses, il risque de payer les frais de ces actes. Au nombre des dossiers, l’affaire ICC-Services sous la première mandature de l’homme qui a fait beaucoup de dégâts et même causée des morts dans nombreuses familles béninoises. En plus de ce dossier, il était également question, selon bien sûr nos informations, des dossiers des machines agricoles, de Cen-Sad et bien d’autres connu des Béninois aussi.

Cerise sur le gâteau, c’est l’affaire des concours jugés frauduleux sous le régime défunt du docteur de Tchaourou. Qu’il vous souvienne que le premier conseil des ministres du régime du nouveau départ a entrepris certain nombres d’actions et a abrogé plus d’une douzaine de décrets pris par le gouvernement de l’ancien régime. De ces décrets remis en cause figure celui des concours organisés dans le premier trimestre de l’année 2015. En attendant donc l’annulation, ce que demandent bon nombre de citoyens béninois compte tenu de son caractère jugé frauduleux, le gouvernement Talon a préféré jouer sur les termes en employant « la suspension ». Il aurait donc fallu une telle décision pour que l’ancien président de la République sorte ses « griffes ». Pour lui, il est aberrant d’engager une telle rupture.

Au cours donc de cette « rencontre ivoirienne », Thomas Boni YAYI aurait demandé au Président TALON de « mettre de l’eau dans son vin » afin de ne pas foutre en l’air ses dix ans de gouvernance et de «sacrifice pour la nation ». Tout en se réjouissant de la suspension, ce qui laisse présager un bel espoir, Thomas Boni YAYI aurait exhorté son ami, tombé en disgrâce sous son mandat, de « faire le tout pour le tout afin que ces emplois soient préservés » et que ce concours lui aurait permis d’essuyer, en quelque sorte, les larmes de certains citoyens de la République. Aussi, auraient-ils abordé, sous les regards de leurs médiateurs, la question liée à la préservation de l’héritage politique de Thomas Boni YAYI.

Quelques minutes avant la fin de cette rencontre, l’ancien locataire de la Marina, Thomas Boni YAYI aurait imploré l’indulgence de son successeur pour un « oui » afin qu’il ait un poste à l’échelle internationale. Rien ne pouvant désormais se faire sans son « ok final », Yayi a très tôt compris qu’il ne pouvait pas faire le « dur » aux risques de passer tout son temps de retraite sur les carreaux.

Au fond, la rencontre, loin de définir l’intérêt général de la nation béninoise, s’est appesantie uniquement sur la préservation des intérêts des individus qui ont participé à cette rencontre. Pour Thomas Boni YAYI, c’est de tout faire pour ne pas être rejeté par le peuple béninois et d’œuvrer également pour un poste international. Pour le Président Patrice Guillaume Athanase TALON, c’est de « resserrer » les liens d’amitié qui liaient les deux hommes. Sur ce, on se demande si Patrice TALON est élu pour se réconcilier avec son « ami » ou pour servir le peuple qui a porté son choix sur lui avec 65% des suffrages exprimés dans la journée du 20 mars 2016 ? De toutes les façons, le président Talon ne devrait pas se laisser berner par un ancien Chef d’Etat qui peine aujourd’hui à trouver ses marques. Cinq ans sur le fauteuil présidentiel, ça passe très vite.
Josaphat FINOGBE

aCotonou

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