Suite de l’affaire « 18 kilos de cocaïne »:Talon-Ajavon : la polémique

Suite de l’affaire « 18 kilos de cocaïne »:Talon-Ajavon : la polémique

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Après huit jours d’une garde à vue harassante, Sébastien Ajavon, très éprouvé, a été libéré à la suite d’une longue comparution devant la justice à Cotonou, vendredi 4 août 2016. C’est plutôt un dénouement heureux, car l’affaire, qui avait entretemps emballé tout le pays, aurait pu le faire basculer dans un chaos indescriptible.
L’homme d’affaires Sébastien Ajavon entame, désormais, une nouvelle étape de sa carrière politique. Il l’a échappé belle, pourrait-on dire, à l’issue d’une semaine, où le magnat de la volaille, empêtré dans une scabreuse affaire de cocaïne, a frôlé l’emprisonnement. Il est, certes, libéré. Mais réussira-t-il à se relever de ce, presque, faux pas ? Que reste-t-il de son avenir politique, après cette agitation qui a pu ternir sa réputation d’homme d’affaires ? Qu’en est-il de ses relations avec Patrice Talon, actuel chef de l’Etat ? Pourquoi à part les syndicalistes, les barons de la classe politique, à l’exception du président Nicéphore Soglo, lui ont semblé tourner dos ? Beaucoup de questions resteront en suspens, tant l’arrestation de l’homme de Djeffa a pris de court tout le monde, et surpris plus d’uns. D’ailleurs, la cause de son arrestation n’est pas établie par la justice. Cependant, loin de toutes polémiques stériles, l’affaire et son ébruitement nous en apprennent sur la personnalité et la psychologie du patron de Cajaf comon. Premier enseignement : avec l’affaire « 18 kilos de cocaïne » trouvés à bord d’un des conteneurs destinés à sa société, tout le monde a compris que Sébastien Ajavon, patron des patrons béninois, n’est pas un homme politique, au sens formel du terme. Ce court, mais très agité, épisode qu’il vient de vivre, démontre à merveille, que le magnat de la volaille n’est pas un « politicien », avec tout ce que cela contient comme charge émotionnelle, de maîtrise de soi, de la gestion de la colère, ou d’ailleurs, d’une distance vis-à-vis des faits. Car, dans le drame qu’il vient de subir, sa stratégie de défense, ses choix et actes n’ont pas rassuré. D’où, l’emballement médiatique qui a suivi. Car, en politique, chaque faux pas est payé cash. Connu et parfois redouté pour son franc-parler, Sébastien Ajavon n’use souvent pas de langue de bois. Or, cela dessert souvent en politique, monde du secret, réputé pour ses coups bas. Fallait-il donc que l’homme d’affaires monte au créneau, à l’ébruitement de l’affaire, à Bénin Marina Hotel ce 28 octobre fatidique, après l’interpellation de trois de ses employés ? Voilà, la question que bon nombre de ses compatriotes se posent. Très en colère lors de sa conférence de presse le vendredi 28 octobre 2016, il n’hésita pas à faire la déclaration de trop. « Si Yayi n’a pas pu me faire çà, ce n’est pas vous qui allez me le faire », déclara-t-il. Ce fut peut-être la goutte d’eau qui fit déborder le vase. En effet, il était encore possible, à ce moment-là, d’éviter l’agitation stérile et tout le vacarme qu’on a eu à subir.

Le silence stratégique de Talon

D’aucuns estiment qu’un seul coup de fil à qui de droit aurait suffi à dégonfler le ballon de baudruche. Et, même si la justice devrait statuer après, ce ne serait qu’en cas de force majeure et en dernier recours pour sortir la situation de l’impasse. Selon plusieurs spécialistes en communication politique, cette façon de défier l’Etat n’a certainement pas plu au Palais de la Marina. D’où une première conclusion rapide : il y a de l’eau dans le gaz. Peut-être que les deux leaders de la coalition de la Rupture ne s’entendent plus. Sinon, l’affaire aurait pu connaître une toute autre trajectoire. Ce qui est sûr, l’homme d’affaires aurait pu bénéficier d’un soutien franc et public de la part de celui à qui il a reporté ses voix lors de la présidentielle passée. Mais, à l’analyse, le chef de l’Etat s’est mué dans un silence stratégique. Malgré, les pressions et incessants appels de pied des sympathisants du magnat de la volaille, Patrice Talon, qui par un soir en face de la diaspora béninoise en France, a presque juré d’être le premier promoteur de Sébastien Ajavon, n’a pipé mot. Laissant la justice aller jusqu’au bout.

Wilfrid Noubadan

aCotonou

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