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Suite à la nomination de Jean -Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères:Les inquiétudes de Lionel Zinsou

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La nomination de Jean-Marc Ayrault à la tête du ministère des Affaires étrangères de la France donne de l’insomnie au candidat à la présidentielle béninoise, Lionel Zinsou. Jadis rassuré par la présence de son mentor, Laurent Fabius au gouvernement français, le candidat est désormais inquiet. Son allié a été remplacé par un ami du président Nicéphore Soglo et de Emmanuel Golou, tous en campagne pour mettre fin au système Yayi Boni dont Lionel Zinsou est le dauphin.

Le remaniement ministériel intervenu en France perturbe la quiétude de Lionel Zinsou, candidat à la présidentielle du 06 mars au Bénin. En effet, la nomination de Jean-Marc Ayrault en lieu et place de Laurent Fabius au Quai d’Orsay, provoque l’ébullition dans le camp du candidat Lionel Zinsou. Deux faits majeurs l’illustrent. D’abord, Lionel Zinsou qui était rassuré du soutien tout au moins moral, de son ancien patron, Laurent Fabius, n’est plus sûr d’en bénéficier. A propos de ses expériences professionnelles, n’est-il pas désigné « plume de Laurent Fabius » ? Ce titre de Secrétaire assumé par Lionel Zinsou au cabinet de l’ex patron du Quai d’Orsay lui conférait une proximité auprès des autorités françaises. Le deuxième fait, c’est la nomination de Jean-Marc Ayrault, qui n’est pas un proche du premier ministre béninois. Au lendemain du remaniement ministériel qui a vu débarquer Laurent Fabius du gouvernement français, les inquiétudes se sont accrues chez Lionel Zinsou, candidat de Léhady Soglo, de Me Adrien Houngbédji et de Yayi Boni. C’est sans nul doute la raison pour laquelle, à la veille de l’ouverture officielle de la campagne électorale, Lionel Zinsou s’est dépêché à Paris pour rencontrer le président François Hollande. De mémoire des Béninois, jamais un Premier ministre ou ministre d’Etat n’a été reçu par un président français à la manière d’un chef d’Etat. Et pourtant ce fut le cas avec Lionel Zinsou, le premier ministre béninois, candidat à la succession du président Yayi Boni. Cette visite pourrait être traduite comme une démarche à l’endroit du président français pour s’assurer de son soutien, malgré le changement intervenu dans son gouvernement. Le départ de Laurent Fabius ne rassure pas Lionel Zinsou. Il faut dire donc qu’avec l’arrivée au Quai d’ Orsay de Jean-Marc Ayrault, ancien premier ministre et désormais Ministre des affaires étrangères, la France risque d’avoir un autre regard sur la présidentielle au Bénin. De plus, ce qui renforce les inquiétudes de Lionel Zinsou, c’est l’amitié qui lie Jean-Marc Ayrault à l’ancien président de la République Nicéphore Soglo, farouchement contre la candidature de Lionel Zinsou.

Ancien maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault a développé de très forts liens avec Nicéphore Soglo, ancien maire de Cotonou, en répondant notamment à son invitation pour une visite officielle au Bénin, visite au cours de laquelle le professeur Albert Tévoédjrè, Médiateur de la République a été sollicité pour conférer au nom du Président de la République l’honneur d’une prestigieuse décoration à celui qui devait devenir quelques mois plus tard premier Ministre du premier gouvernement de François Hollande. De toute évidence, ce signe du destin ne manquera pas d’avoir une certaine influence sur le cours des événements au Bénin dans les prochaines semaines…!

Jean-Claude Kouagou

Ayrault vu par Tévoédjrè

« Nous saluons votre parcours professionnel d’enseignant d’une langue exigeante en grammaire, en stylistique et en logique rhétorique. Ce choix d’enseigner l’allemand pour un jeune français né juste après la seconde guerre mondiale porte en lui-même un sens. Choisir en effet la connaissance approfondie et l’enseignement de l’allemand est un acte de foi en l’avenir de l’Europe, une option pour la « genossenschaft » après la tragédie des régimes de destruction humaine. Cela montre déjà votre ouverture et votre vocation de socialiste militant, reconnu par son entourage et très vite appelé, et constamment renouvelé, aux fonctions de maire, de député et d’animateur majeur de la vie politique française. Vous faites en effet partie des personnalités importantes de l’espace politique français et la ville de Nantes dont vous êtes le premier citoyen est, pour tous les Africains, une cité dont la simple appellation résonne au plus profond de l’âme et qui a une portée symbolique et émotionnelle toute particulière en raison de son histoire séculaire avec le continent noir. Maire de cette commune de grande réputation depuis plus d’une vingtaine d’années, vous y avez inspiré et soutenu l’idée de la création d’une Maison de l’Afrique en vue de promouvoir, sans complexe, préjugé ni sentiment de culpabilité, et sur la base d’une fraternité retrouvée, un partenariat plus serein entre l’Afrique noire et la France. Cette initiative majeure, parce qu’elle contribue aux efforts visant à restaurer la dignité de l’Homme africain en lui permettant, comme l’appelait jadis de ses vœux Aimé Césaire, « d’entrer sur la grande scène de l’Histoire », mérite notre sincère reconnaissance.

Oui, Monsieur le Maire, la criminalisation de la servitude doit se poursuivre, car l’homme humilié par l’homme n’est pas voulu de Dieu, ni d’aucune vraie culture de civilisation humaine. C’est aussi la raison pour laquelle nous vous remercions pour le courage et la lucidité avec lesquels vous avez porté et présenté conjointement avec Christiane Taubira le 22 décembre 1998 à l’Assemblée nationale française, la Loi qui reconnaît la traite négrière transatlantique et l’esclavage comme crimes contre l’humanité. Par cet engagement, vous avez gagné l’estime et la reconnaissance de tous ces millions de Noirs qui se battent depuis toujours et aujourd’hui encore pour se faire respecter et se tenir debout pour résister et conquérir le progrès. Ils vous considèrent, depuis lors, comme un des leurs, en tout cas comme un frère en humanité.Vous continuez par ailleurs, à travers le Conseil municipal de votre ville, le travail pédagogique d’enracinement dans les esprits de tous ceux qui auraient tendance à l’oublier, de cette douloureuse histoire et de ce passé tragique, à travers l’implantation à Nantes du premier mémorial en Europe dédié à l’abolition de l’esclavage. (…) Le combat pour redonner à l’homme sa dignité n’est donc pas terminé et nous devons faire prendre conscience aux jeunes générations que d’autres formes d’esclavage doivent encore nous mobiliser. Aimé Césaire nous a prévenus : « Je ne suis pas antifrançais, je suis martiniquais… Comme il y a des hommes hyènes, des hommes panthères, je serais un homme cafre, un homme hindou de Calcutta, un homme de Harlem qui ne vote pas…je suis de la race de ceux qu’on opprime. » Ceci rappelle que nous restons tous lecteurs attentifs de Jean Richepin :« Je l’imagine seul, las de tout, plein d’ennuis, cherchant un frère en vain par tout ce morne espace, ainsi qu’un juif qui passe et qui toujours repasse, dans ce monde étranger où rien n’est fait pour lui. »Tels sont, Monsieur le Député-maire, le sens et la portée que le Président de la République voudrait qu’ensemble nous imprimions à la présente cérémonie qui nous permet de vous honorer légitimement ainsi que votre délégation, sans oublier votre épouse, Madame Ayrault, que nous saluons respectueusement et sincèrement et à qui nous adressons nos hommages et notre gratitude. Et alors maintenant, Monsieur Jean-Marc Ayrault, Député, Maire de la Ville de Nantes, au Nom du Président de la République, Grand maître de l’Ordre, et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Commandeur de l’Ordre national du Benin. »

Extrait du discours prononcé à Cotonou le 02 septembre 2011, pour célébrer Jean-Marc Ayrault.

Actu Bénin

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