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Rôle et place des Premières dames au Bénin: Quelle sera la marque de Claudine Talon ?

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C’est toute une philosophie qui encadre le statut de Première dame au Bénin. Elle représente généralement l’image de toutes les femmes du pays et inspire admiration et respect. Depuis l’avènement du renouveau démocratique, le pays vient d’inscrire dans les annales de son histoire, le nom de sa quatrième. Quelle sera la ligne de conduite de celle qui incarne au féminin ‘’le Nouveau départ’’ pendant les cinq prochaines années ? Claudine Gbénagnon Talon emboîtera-t-elle le pas à l’une ou l’autre de ses aînées, qui se sont montrées certaines actives, d’autres effacées ?

« Derrière un grand homme, se cache une femme », dit l’adage. C’est une réalité en ce qui concerne le président de la République du Bénin derrière qui, à l’instar de ses homologues des autres pays, se cache une Première dame, connue sous le vocable de ‘’First Lady’’ en zone anglophone.

Le Bénin vient d’enregistrer sa quatrième Première dame depuis l’avènement du renouveau démocratique. La première, Rosine Vieyra Soglo, épouse de Nicéphore D. Soglo (1991-1996), la deuxième, l’épouse de feu général Mathieu Kérékou, Marguerite Kérékou (1996-2001 et 2001-2006). Ensuite, celle du président du régime défunt, Boni Yayi, Chantal de Souza Yayi, (2006-2011 et 2011 à 2016). La nouvelle, c’est Claudine Gbénagnon Talon, dont le mari est entré en fonction, mercredi 6 avril dernier.
Si chacune d’elles marque les mandats présidentiels de leurs époux en contribuant, à leur manière, à écrire les pages de l’histoire du pays, un dénominateur commun les identifie. Toutes ont une certaine influence sur la méthode de gestion de leurs époux présidents et leurs voix comptent en matière de gouvernance du pays. A travers leurs capacités d’influence, elles peuvent épater le peuple ou le décevoir, selon les événements et les circonstances. D’une manière ou d’une autre, ces femmes hors du commun peuvent opter pour la discrétion, comme elles peuvent aussi être ‘’amoureuses’’ des bains de foule. Deux options se présentent aux Premières dames. Soit, elles s’investissent dans les activités politiques, soit, dans les œuvres sociales. Les caractéristiques qui les distinguent généralement, ont noms la générosité, l’amour, le sens de l’écoute, mais aussi de la réserve. Ces femmes qui sortent du lot des épouses peuvent également paraître orgueilleuses ou énigmatiques aux yeux de certains, chaleureuses et porteuses d’innovations pour d’autres.
Qu’elles soient actives ou non, effacées, discrètes ou encore dévouées, leur élégance, leur charme et leur titre séduisent souvent le public. Elles incarnent à la fois, admiration et respect. Les Premières dames représentent généralement la fierté du pays.

Un statut non défini

Au Bénin, elles n’ont pas une existence officielle, au sens de la Constitution ou de la loi. Seul un ensemble de coutumes et de pratiques encadre leur rôle. «Le Bénin n’a pas encore constitutionnalisé le rôle de Première dame. Aucun texte ne définit encore clairement les attributions qu’elles doivent avoir», précise le sociologue, Dodji Amouzouvi.
Même si la Loi fondamentale du Bénin ne fait pas mention spéciale de son rôle ou de sa place au sein de la société, la tradition l’a cimenté dans les mœurs et la valorise pour le fait qu’elle représente la première des citoyennes du pays, l’image de toutes les femmes béninoises. Une attention particulière lui est généralement accordée. De ce fait, elle bénéficie de certains privilèges qui la confortent dans ses actions socio-éducatives et sanitaires. Sa présence aux côtés de son mari est souvent remarquable lors des déplacements à l’intérieur du pays ou des voyages d’Etat. Même si la ‘’First lady’’ ne bénéficie pas officiellement d’un statut au Bénin, elle n’en a pas moins des obligations.
Rosine Vieyra Soglo l’a bien compris durant le mandant de son mari, Nicéphore Dieudonné Soglo, qu’elle est parvenue à faire prendre des décisions salutaires en faveur des populations. Elle fut un maillon essentiel du dispositif politique de son mari et a réussi à faire bouger des lignes. C’est elle qui fonda, en mars 1992, le parti ‘’ la Renaissance du Bénin (Rb)’’, pour soutenir l’action gouvernementale de son époux alors au pouvoir. De son vrai nom, Rose Marie Honorine Vieyra, elle a su imposer son point de vue, en dirigeant avec conviction ce parti, avant de laisser le flambeau à son fils, Léhady Vinagnon Soglo. Dans la même veine, elle a mis sur pied la fondation ‘’Vidolé’’, dont elle est la présidente. Femme politique et parlementaire remarquable, influente et redoutable, elle s’est beaucoup investie dans les œuvres sociales via sa fondation, en apportant une assistance aux mères de triplés.
Sous les couleurs de la Rb, elle fut députée en 1995. Depuis ce temps, elle a connu les différentes législatures jusqu’à ce jour. Avocate de formation, doyenne d’âge de l’Assemblée nationale du Bénin, elle n’a pas froid aux yeux lorsqu’il s’agit de dénoncer les complots et injustices politiques. Celle qui fait partie des ténors de la classe politique béninoise, totalise plus de quinze ans dans l’Opposition. Aucune femme dans l’histoire politique du Bénin ne l’a encore égalée à ce jour.
Contrairement à Rosine Soglo, Marguerite Kérékou était une ‘’First lady’’ plutôt effacée. Véritable mère de famille, l’épouse de feu général Mathieu Kérékou, a fait montre de son efficacité mais dans la discrétion. Elle aimait peu apparaître dans les médias et n’avait pas exercé un rôle trop public. N’empêche qu’elle fut une confidente sûre de l’ancien président de la République.
Après elle, le Bénin a connu Chantal de Souza Yayi qui s’est montrée quelque peu visible en politique, avec la création du parti le Front républicain pour une alternative citoyenne (Frap), présidé entre-temps par son frère aîné, Marcel de Souza. Elle avait bénéficié d’une équipe au sein de l’administration présidentielle, et a mené des actions relativement encadrées et à caractère caritatif, dans les domaines de la santé et de l’éducation. Elle était également présente lors des soirées et dîners officiels et accompagnait aussi, à l’occasion de certains voyages d’État, son époux, Thomas Boni Yayi. Mais sa détermination n’a pas duré longtemps. Les manœuvres politiciennes ont tôt fait de réduire son champ d’action, voire émousser son ardeur. Elle semblait ne pas avoir eu suffisamment les coudées franches pour connaître des déceptions et encaisser des coups sur le terrain politique. Elle s’est retirée avant de s’éclipser finalement de la scène publique. Pour autant, Chantal de Souza Yayi ne manque pas de mérite.
Mais au-delà de ces valeurs, quel devrait être le rôle d’une Première dame au Bénin ? A l’heure du Nouveau départ, le Bénin va-t-il mettre une croix sur la ligne de conduite de celles connues jusqu’ici ? A l’ère de la Rupture, les citoyens sont plutôt méticuleux.

Dans quelle catégorie de Première dame s’inscrira Claudine Talon ?

C’est pendant la période électorale de mars 2016 que les Béninois ont vraiment découvert la nouvelle ‘’mère de la nation’’. Elle était aux côtés de son époux, alors candidat à l’élection présidentielle, lors des différentes randonnées électorales. La nature ayant exaucé leurs vœux, l’élu de son cœur a été porté à la plus haute fonction de l’Etat. Et les Béninois découvriront davantage cette dame qui occupe la place de la première citoyenne du pays. Pour le moment, sa propension pour la simplicité et le calme apparent qu’elle affiche, constituent quelques indices certains de la personnalité qu’elle incarne. Sera-t-elle une personnalité influente, combattante, ardente défenderesse des couches marginalisées ? Va-t-elle s’engager dans la politique ? Saura-t-elle combler les attentes de ses concitoyennes ? Saura-t-elle faire mieux que ses « aînées » dans ce noble rôle ? Le peuple saura mieux l’apprécier sur le terrain du social et/ou de la politique et fera son bilan au bout du quinquennat 2016-2021.

Attentes des citoyens

«Nous souhaiterions que Claudine Talon prenne réellement à cœur les préoccupations des femmes et qu’elle se penche sur la situation des enfants déshérités et de ceux de la rue», propose Paulin Alloma, conducteur de taxi-moto.
Gift Danvidé, professeur d’anglais, partage également cet avis. «Nous avons l’impression que les femmes sont souvent marginalisées. La nouvelle Première dame doit œuvrer en faveur de la promotion du leadership féminin».
Tout en appréciant le côté simpliste et naturel de Claudine Talon, Bérénice Worou, auditeur de formation, suggère également qu’elle inscrive les besoins des femmes dans son programme.
Bijou Boco, agent de sécurité, recommande à la nouvelle Première dame d’être une bonne femme, une bonne mère et une bonne épouse et d’incarner le bon exemple. « Elle doit éviter les erreurs commises par celles qui l’ont précédée, en prodiguant de sages conseils à son mari pour le développement du Bénin», suggère-t-il.
Pour leur part, les sociologues tracent la voie à suivre par la première citoyenne du pays. Selon Dodji Amouzouvi, la Première dame joue deux rôles essentiels. Un rôle apparent et celui de sous-marin. Pour les cinq années à venir, Claudine Gbénagnon Talon, «doit surtout éviter la politique, avoir la tête froide et le cœur chaud afin de bien accompagner son mari durant son mandat présidentiel ‘’qui ne sera pas de tout repos’’ », propose-t-il. Il salue tout de même sa force de caractère pour avoir réussi à amener son époux à ce niveau. L’essentiel à faire par l’actuelle Première dame, selon lui, est de s’impliquer dans le social. «Nous attendons qu’elle milite en faveur des misérables, des déshérités, des femmes ; qu’elle soit un exemple pour les femmes béninoises et qu’elle soit leur vitrine sur le plan africain et mondial ». En plus de cela, elle doit être à l’écoute, avoir un cœur maternel, être au-dessus de la mêlée pour pouvoir garder un secret, ajoute-t-il.

Maryse ASSOGBADJO

aCotonou

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