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Réviser la Constitution avec le mandat unique : Talon force la main aux Béninois par séduction

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Suppression d’institutions dites budgétivores, officialisation du processus de déconcentration avec la nomination des 12 préfets de départements, la réunification des protestants méthodistes du Bénin… Ce sont autant d’actes qualifiés de courageux par plusieurs citoyens, qu’a posés le promoteur de la Rupture et du Nouveau départ en moins de trois mois de gestion du pouvoir d’Etat. En dépit de ce que beaucoup d’autres de ses compatriotes crient et s’indignent de ce qu’il n’aborde pas les priorités, Patrice Talon n’en a cure. Il fonce droit. Mais au finish sur ces chantiers, considérés comme des patates chaudes, il a fini par avoir l’adhésion populaire et des lauriers même si on ne doit pas occulter quelques grincements de dents. Des actes « courageux » certes, mais on peut se demander s’ils n’ont pas été priorisés pour un intérêt. D’aucuns diront que c’est dans l’intérêt supérieur de la Nation mais ce qu’il ne faut pas aussi perdre de vue, Patrice Talon, au-delà de ce qu’il est devenu politique, est un opérateur économique, donc un capitaliste bon teint.

Il n’est donc pas un enfant de chœur que le retour sur investissement ne doit pas préoccuper. Il n’a de cesse de rappeler d’ailleurs qu’il est un compétiteur né, et quand il tient au résultat, il l’obtient. Il ne serait donc pas exclu que cet « entêtement » du chef de l’Etat à aller loin dans certains dossiers épineux cache quelque chose. En début de mandat, Patrice Talon tape dans la fourmilière et réussit là où ses prédécesseurs ont reculé pour des calculs politiciens. Il faut se méfier des miroirs aux alouettes, car il se susurre déjà que ce sont des conséquences positives du mandat unique. « Lorsqu’on a qu’un seul mandat à faire, on peut oser prendre certaines décisions parce qu’on a plus à négocier le vote des populations et donc pas de calculs politiciens », ventilent déjà dans l’opinion, certains thuriféraires du pouvoir en place.

…sur fonds de discours flatteur en plus

Lorsqu’il recevait en début de semaine écoulée le rapport de la Commission chargée de proposer les pistes de réformes, le président de la République n’a pas caché son « jusqu’auboutisme » dans ce processus de révision constitutionnelle et institutionnelle. Il a anticipé même sur la campagne communicationnelle nationale qu’il devrait y avoir autour du sujet. Pour ceux qui l’ont bien suivi, Patrice Talon embarque déjà tout le monde. Si par le passé, en tout cas, sous le Général Mathieu Kérékou et particulièrement sous le président Yayi Boni, on a fait échec au processus, y compris Patrice Talon lui-même, aujourd’hui que c’est lui qui est au pouvoir, il faut y croire et y donner un blanc-seing, semble-t-il dire. Morceau choisi : « (…) J’ai foi que nous serons tous les promoteurs de ce que nous allons soumettre au peuple béninois afin que le vote des Béninois soit favorable. Nous qui sommes éclairés, nous avons un rôle essentiel, c’est d’aider nos populations à comprendre le bien fondé des réformes que nous allons lui soumettre. Je voudrais croire que désormais, à partir de la révision que nous allons opérer dans les prochaines semaines, que cela va ouvrir le champ aux révisions nécessaires qui ne manqueront pas de s’imposer à notre société et à nos structures politiques parce que jusqu’à maintenant, réviser la Constitution, toucher la Constitution est objet de beaucoup d’inquiétudes et de soupçons. Ma prière est que nous soyons définitivement débarrassés de cette vue des choses qui nous empêche d’évoluer quand bien même l’évolution s’avère nécessaire (…) ». Patrice Talon l’a bien dit avant son élection : il n’a qu’un seul mandat de 5 ans à faire à la tête du pays. Mais dans un contexte où il envisage la révision de la loi fondamentale en dépouillant la fonction présidentielle de beaucoup de ses attributs et en insistant sur le mandat unique, dont un modèle n’existe pas dans la sous-région, il faut la vigilance, l’éveil et la veille citoyennes. En lieu et place de la brosse à reluire ou des opérations de charme de Talon, il faut un débat national sincère pour des réformes durables.

A. Jacques BOCO

aCotonou

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