Réformes politiques et institutionnelles : La différence entre Talon et Yayi

Réformes politiques et institutionnelles : La différence entre Talon et Yayi

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La commission Joseph Djogbénou mise en place par le président Patrice Talon est la troisième du genre installée dans le cadre des réformes constitutionnelles en République du Bénin. Dans la forme, les acteurs n’ont vraiment pas changé, mais la vision tranche fondamentalement avec le passé sous Yayi Boni.

Le débat sur la réforme politique et institutionnelle a été perçu, ces dernières années, comme un projet urgent à réaliser. Si l’ancien Président Yayi Boni n’avait pas exprimé son envie sans ambages de réviser la loi fondamentale pour s’éterniser au pouvoir, la question aurait pu être vidée depuis longtemps. Tellement l’envie des constitutionnalistes et acteurs politiques de toucher cette loi fondamentale était prégnante. A chaque fois qu’ils ont été sollicités, ils y sont allés toujours avec la bonne foi et le même engagement de réfléchir sur les pistes de réformes pour une gouvernance politique et institutionnelle viable. On se souvient de la première commission Ahanhanzo Glèlè mise sur pied en 2008. Y ont pris part, certains acteurs clés qu’on retrouve dans la commission mise sur pied vendredi 06 mai 2016 par l’actuel Président de la République Patrice Talon. Il s’agit, pêle-mêle de Théodore Holo, Elisabeth Pognon, Victor Topanou, Robert Dossou et Maurice Ahanhanzo Glèlè. Un intéressant rapport général a été produit à l’époque par le Professeur Théodore Holo (rapporteur général). Les grands chantiers de réformes ont été abordés et même dépouillés par cette commission. Une seconde équipe (avec pour membre Joël Aivo) a été montée par Yayi Boni et a produit un rapport qui a exploré également des pistes tout aussi intéressantes pour le projet de réforme constitutionnelle. Pendant les instants tumultueux du bras de fer constitutionnel, l’ancien Chef de l’Etat Yayi Boni a également mis sur pied la commission Koussé pour réfléchir sur la Cour des comptes. Un rapport a été également produit à cet effet. La science ne ment pas. Mais derrière ces initiatives, les soupçons d’une révision opportuniste étaient pesants. L’ex-chef de l’Etat était guidé par le souci d’opérer ces réformes pour s’accrocher au fauteuil présidentiel. Son plan a été déjoué sans qu’il n’abandonne jamais son projet. Sinon, il faut reconnaître que les premières commissions avaient déjà exploré les pistes essentielles. Celle présidée par Joseph Djogbénou n’aura pas vraiment à inventer la houe, sauf qu’elle prendra en considération les sujets soumis par le chef de l’Etat actuel dont la vision diffère fondamentalement de celle de son prédécesseur. Dans la suite, tous ces rapports produits pourront servir de base pour l’œuvre de réforme entamée cette fois-ci. L’esprit semble le même. Les personnalités tout aussi à quelques différences près se connaissent pour avoir travaillé par le passé. Mais est-ce que la démarche sera la même ? Répondre par la négative ne sera pas exagéré.

Les commissions se suivent, mais ne se ressemblent pas

S’il est vrai que du point de vue de la démarche, les objectifs n’ont pas sensiblement changé, on reconnaît que sur plusieurs plans, la Commission Djogbénou se différencie des anciennes commissions. La feuille de route démontre même clairement que les ambitions de l’actuel Président divergent dans le fond de celles du Président Yayi Boni. L’actuel projet de réforme tranche avec les anciennes sur plusieurs points. Il s’agit entre autres du mandat unique, l’élection des Présidents des institutions par leurs pairs, la suppression de la Haute cour de justice, le financement des partis politiques avec fixation d’une allocation minimum de 0.5% des ressources propres de l’Etat. Ces points, même s’ils seront soumis à débat au cours des trente jours de travaux, marquent dans le fond et dans la forme, une rupture sans pareil avec le passé. Il semble que les fondements même sont en train d’être repensés et réétudiés pour une stabilité politique et institutionnelle assurée. Désormais, le Président ne sera plus tout puissant, mais sera encadré par des institutions qu’on espère fortes. Les hommes n’ont pas vraiment changé, la science, les principes seront les mêmes. Mais, la vision a fondamentalement évolué. Cette fois-ci, c’est différent et le projet rencontrera moins de résistances.

Hospice Alladayè

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