Accueil Politique

Réflexion de Jocelyn Nenehidini sur la situation à la Sonapra : la fin et la faim justifient-elles les moyens ?    

0
PARTAGER
Vous avez été nombreux à m’interroger face à l’avalanche de déclarations syndicales sur la liquidation de la SONAPRA. Tous pour vous surprendre que ce soit aujourd’hui que nos syndicats rivalisent de déballages pour vous convaincre du OUI ou du NON. Vous avez eu les mêmes questions : Comment en êtes-vous arrivés là ? Allez-vous laisser Talon remplacer la SONAPRA par ses sociétés ?
En vérité, ce qui est arrivé était prévisible et annoncé. La SONAPRA devait réussir son tournant de 2008 ou périr. Longtemps accusée d’avoir limité sa mission de promotion agricole au coton, elle s’est vue déshabiller de ses 10 usines par Boni Yayi pour habiller la SODECO. Tout comme le fit le PRPB en 1987 en retirant les mêmes usines des CARDERs, pour les confier à la SONAPRA.
Déshabiller Pierre pour habiller Paul n’est pas donc nouveau dans l’histoire du coton béninois. Pas plus que la liquidation de la SONAPRA, précédée par celles de la SONAGRI et de la SONACEB en 1982. La nouveauté, c’est l’incapacité de la SONAPRA à négocier son virage vers d’autres spéculations, elle qui pourtant, avant d’hériter du coton en 1987 des CARDERs, avait largement convaincu les marchés mondiaux par ses offres commerciales de café, de cajou, de karité, de piment, de tabac, de ricin, de noix palmistes, comme le lui commandait sa mission originelle.
Les usines cédées 20 ans après leur entrée à la SONAPRA, il fallait qu’elle revienne à ses premières amours après avoir offert le coton comme exemple de secteur productif créateur de richesse aux opérateurs privés, comme le lui exigeait l’option du libéralisme économique prise par la Conférence nationale. La résistance a été longue sur la modalité de cession. Kérékou a conservé le rôle central de la société d’Etat. Jusqu’en 2006. Mais en 2008, Yayi a franchi le Rubicon. De façon irréversible, comme il l’a appris à ses dépens, au point de conduire Talon au coup d’essai politico-électoral qui l’a conduit à la Marina.
De 2008 à 2012, la SONAPRA a péché par son incapacité à opérationnaliser son premier Plan d’Actions Quinquennal pour le développement de filières nouvelles approuvé en 2006 par le gouvernement de Kérékou. La gestion du DG Bio G. Sina pourtant proche de Yayi, n’a pas servi à lever les ressources nécessaires au financement de ce PAQ 2006. De politique politicienne en saupoudrage opérationnel, la société a perdu 4 ans à tourner en rond, jusqu’à ce qu’elle redevienne en 2012, l’instrument du rétropédalage de Yayi vers le coton qu’il avait cédé depuis 2008.
De 2012 à 2016, sous les DG Bako et Ichola, la SONAPRA a encore une fois servi de moulin à vent, tournant dans le vide d’une politique sans contenu, à faire semblant d’être redevenue la société qu’elle était. Le syndicaliste qui a dit que les usines d’égrenage sont revenues à la SONAPRA s’est trompé. Ou plutôt il ignore les fondamentaux d’une société cotonnière. Avec forcément des résultats financiers décevants.
Et les syndicats dans tout ça ? Pendant ces 8 années, de 2008 à 2016, ils ont passé leur temps à faire atalakus à Yayi et aux DG politiciens pour avoir leur part de promotion politique et professionnelle, et en se contentant de vivre sous la perfusion des subventions du trésor public, alors que leur société performait hier à alimenter les caisses de l’État, voire à payer les salaires en temps de vaches maigres. Au lieu de dire non à des DG passagers et préoccupés à se faire des butins de guerres électorales, les responsables syndicaux sont devenus des tribuns politiques, harangueurs de foules, lanceurs de slogans populistes aux côtés des DG politiques, renards flatteurs pour avoir le fromage aux becs des corbeaux.
Pendant ce temps, la société coulait, accumulant pertes sur pertes constatées par les conseils d’administration. Pendant que certains cadres démissionnaient ou partaient en disponibilité administrative, persécutés qu’ils étaient par de gloutonnes côteries. Aujourd’hui on veut quoi ? Que Talon déverse des milliards dans ce même environnement ?
Non, on l’accusera demain d’être responsable d’une nouvelle banqueroute. La SONAPRA devait être liquidée. Même si Lionel ZINSOU gagnait en avril 2016, il ferait pareil, lui qui s’étonnait que la société soit si peu inquiète de dévaler comme un camion-titan sans frein descendant en marche arrière du 10ème de Tanguiéta.
Les sociétés de Talon pour prendre la place de la SONAPRA ? Lesquelles ? Celle créée par Yayi 2 ans après son accession au pouvoir ? Non. Ça, c’est déjà du passé. Passons à autre chose. Un autre cadre organisationnel et institutionnel. Pas pour la SONAPRA seule, dont on parle trop. Mais avec les autres liquidés : CARDERs, ONS, ONASA, CAIA, etc…
Quid du Liquidateur ? Il est exactement comme un morguier. Il ne tue personne. Mais il est assis sous son arbre attendant que vous lui apportiez vos cadavres. Nos pleurs, nos hontes, nos colères devraient s’exprimer en réunion de famille pour le deuil, les obsèques et la succession, l’héritage. Avec les chefs de familles. C’est donc moins au Liquidateur qu’à nos autorités que les syndicats devraient s’adresser…
 
Par Jocelyn Nenehidini,
Chargé de Mission Engagements Commerciaux et Logistique, à Sonapra


Source : pressej.info

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here