Réconciliation entre le nouveau et l’ancien présidents:Yayi-Talon : Qui veut vraiment la paix ?

Réconciliation entre le nouveau et l’ancien présidents:Yayi-Talon : Qui veut vraiment la paix ?

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Depuis 2014, les initiatives en faveur de la réconciliation entre Yayi Boni et Patrice Talon n’ont cessé d’être prises. Mais, contre toute attente, l’ancien président Yayi Boni n’a jamais traduit dans les actes sa volonté de fumer le calumet de la paix avec son ami d’hier Patrice Talon.

Les missions de bons offices à l’endroit de Patrice Talon et de Yayi Boni ont été menées depuis 2014 par des autorités de haut niveau dans le monde. De l’ancien président sénégalais, Abdou Diouf à l’ancien ministre des affaires étrangères de la France, Laurent Fabius en passant par le président François Hollande, les initiatives n’ont pas manqué pour favoriser la paix au Bénin. Aujourd’hui encore, sur les mêmes préoccupations de retour à la paix durable avec les mêmes acteurs que sont Yayi Boni et Patrice Talon, les présidents ivoirien Alassane Dramane Ouattara et togolais, Faure Essozimna Gnassingbé offrent leur médiation aux deux hommes tombés en disgrâce à partir de 2012. A la vérité, la médiation entre Patrice Talon et Yayi Boni ne devrait plus avoir cours. En effet, après la brouille entre les deux hommes, les procès qui ont suivi, et qui se sont soldés par la victoire de Patrice Talon, l’ex président Yayi Boni, dans un message, s’est adressé au peuple en mai 2014. Au terme de toute la litanie, les Béninois gardent un seul mot de ce message : pardon. (Lire ci-dessous, le message de 2014). Le chef de l’Etat d’alors, Yayi Boni avait sans ambages affirmé qu’il avait pardonné à Patrice Talon, Olivier Bocco et demandé à la justice de libérer les personnes incarcérées dans le dossier de tentative d’empoisonnement et de coup d’Etat. Patrice Talon reconnu pour sa discrétion et qui jusque-là ne s’était jamais prononcé ouvertement sur le fond de ces affaires politico-judiciaires, en rompant le silence le 17 août 2015, affirme lui-aussi qu’il a pardonné et qu’il aspire à la réconciliation effective (Lire un extrait de l’interview). A partir du moment où les deux hommes en conflit décident, l’un après l’autre, de pardonner, pour l’intérêt supérieur de la nation, qu’est-ce qui peut être encore à l’origine de cette guéguerre et qui continue de mobiliser des énergies pour une réconciliation ?

La peur bleue

Le 24 août 2015, Patrice Talon, dans une deuxième sortie consécutive sur les antennes de radio France internationale, dévoileson intention de briguer la magistrature suprême en succédant à son ennemi, Yayi Boni. Cette aspiration de l’opérateur économique, un « compétiteur-né », donne du tournis au président sortant Yayi Boni qui est pris d’une peur bleue. Alors que Patrice Talon préconise des méthodes favorables à la paix, Yayi Boni prône la haine en violant manifestement le contenu de son message de pardon adressé à la nation en mai 2014. Les attaques contre Patrice Talon se sont exacerbées quand l’homme a formalisé sa candidature pour la présidentielle de 2016. Mais, à l’opposé, Patrice Talon reste tranquille. Il ne répond pas aux attaques. Dans l’opinion publique sa cote de popularité grimpe et le spécialiste de l’importation des intrants du coton gagne en estime. Pour affronter et faire échec au dauphin de Yayi Boni, le candidat Patrice Talon et plusieurs autres candidats dont Sébastien Ajavon, Abdoulaye Bio Tchané, Pascal Irénée Koupaki, général Robert Gbianetc se sont constitués en une coalition dénommée coalition de la Rupture. Tous ces candidats essuient aussi la colère viscérale du président sortant qui fait feu de tout bois, les traitant de tous les noms d’oiseaux. Cette attitude de Yayi Boni, profondément décriée et condamnée par le peuple, s’est traduite par un vote sanction au profit des candidats de la Rupture en général et de Patrice Talon en particulier. Puis, le 6 avril 2016, le peuple béninois et le monde entier devraient assister à une passation de charges entre deux ennemis. Bon gré mal gré, Yayi Boni passe le témoin à Patrice Talon qui, aussitôt après son investiture, forme son premier gouvernement de 21 membres. Les 4 départements du septentrion s’en sortent avec 4 ministres. Cette répartition inégale des postes ministériels ulcère le tube digestif de l’ex président Yayi Boni qui trouve un motif de campagne. Retranché dans son village à Tchaourou, il parcourt les localités du Nord tenant des propos peu courtois et à la limite déstabilisants pour le nouveau régime. Face à de tels agissements, le président Patrice Talon a opposé un silence cynique provoquant davantage la haine de Yayi Boni. Un tel ancien président est indigne des Béninois qui ont connu par le passé d’anciens chefs d’Etat tels que la légende Mathieu Kérékou, le technocrate Nicéphore Soglo sans oublier ceux qui les ont précédés à la tête de l’Etat béninois. La rencontre d’Abidjan est une énième tentative de réconciliation. Espérons que Yayi Boni s’assagisse et que les félicitations reviennent à Ouattara et Gnassingbé !

Jean-Claude Kouagou

Le nord n’est une milice pour personne…

Depuis quelques semaines, certains compatriotes courent devant ce que l’on peut appeler un tigre en carton. Cette peur bleue relève du constat selon lequel des citoyens béninois continuent allègrement la campagne, malgré l’élection d’un nouveau président de la République, sillonnant plaines et montagnes pour dire leurs pudeurs et leurs sincérités à eux. Ce qui libère du coup le sentiment que ceux qui s’égosillaient, pour la plupart, autour du candidat Lionel Zinsou avaient leur angle secret de préoccupation. Ce dernier a montré déjà le degré de sa grandeur en se prosternant devant le vainqueur. Acte qui mérite d’être salué sans relâche.
Là n’est pas encore l’essentiel. Le vrai problème est la gaucherie de la démarche qui consiste à croire en une quelconque subversion au sein de l’Etat ou en une phobie des uns contre les autres. Erreur ! En dehors du fait que le Bénin est à un point avancé de brassage socio-ethnique, il était suffisamment temps que le dernier des citoyens comprenne qu’une arme remise à un Béninois devienne du coup un pot de fleurs. C’est une culture, elle ne s’explique pas de façon cartésienne. Elle est pourtant là, inflexible, inchangeable. Les récentes consultations électorales qui ont marqué une fois encore l’alternance politique devraient servir de référence pour les incrédules chevronnés. La mémoire nationale garde encore une gamme de tentatives sans issue. Qui l’ignore a le droit d’interroger les archives. Elles sont également là. Le septentrion n’est une armée privée de quiconque. Que cela soit écrit, comme le dirait le Pharaon. Mieux vaut changer nos désirs séparatistes que l’ordre socioculturel du Bénin. Dans les veines béninoises coule une paix liquide qui deviendra de l’acide dans les mains de ceux qui tenteront de l’extraire.

Victor Dangnon (Coll)

Extrait de l’interview de Patrice Talon du 17 août 2015

A vous écouter, on remarque que malgré son pardon et la médiation des Présidents Hollande et Abdou Diouf le Président Boni Yayi vous en veut encore ?

Je pense tout simplement que la tension met du temps à tomber. Je peux comprendre. Mais pour ma part, il est temps de tourner cette page.

Faut-il comprendre, Patrice Talon, que vous n’en voulez pas ou n’en voulez plus au président Yayi Boni ?

J’avoue que j’ai beaucoup souffert de cette situation, mais le temps fait son œuvre. Aujourd’hui, je n’ai plus de blessures, d’autant que je tire beaucoup de satisfactions de l’apaisement du climat socio politique consécutif au bon déroulement des élections et à l’abandon du projet de révision de la constitution. Peu importent les efforts, les souffrances et les sacrifices qui ont été consentis et qui sont déjà oubliés. Je suis désormais un homme heureux et fier de son pays. Moi aussi j’ai pardonné et j’aspire maintenant à la réconciliation effective et à la concorde.

Oui vous dites que vous avez pardonné, mais qu’en serait-il des procès en cours entre vos sociétés et l’Etat béninois ?

Je vous fais une confidence. Je ne soumettrai jamais mon pays au paiement d’une condamnation financière punitive. J’en ai fait la preuve par le passé en renonçant à plus de 4 milliards de FCFA de dommages et intérêts accordés par la justice béninoise en ma faveur.

A vous entendre on sent une certaine sérénité. Patrice Talon, maintenant que vous êtes serein, dites-nous néanmoins quelques mots sur les affaires de tentative d’empoisonnement et de tentative de coup d’Etat ?

Est-ce bien nécessaire ? Voulez-vous remuer le couteau dans les plaies ? Le contexte actuel ne me paraît pas favorable à un retour en arrière.

Mais M. Talon on ne vous a jamais entendu sur le fond de ces affaires. Ne pensez-vous pas que nos compatriotes ont besoin de vous entendre ?

Oui bien sûr, ce n’est pas l’envie qui me manque. Mais tout est encore fragile. De toutes les façons, l’histoire devra s’écrire.

Extraits du message de pardon de Yayi en mai 2014

Béninoises, Béninois,
Mes chers compatriotes,
(…)
Au terme de plusieurs procédures judiciaires, la Chambre judiciaire de la Cour Suprême, la plus haute Juridiction de notre pays, par ses arrêts n°2013-26/CJ-P du greffe et n°2013-27/CJ-P du greffe en date du 2 mai 2014 a cassé les décisions rendues par la chambre d’accusation de la Cour d’Appel de Cotonou sur les affaires de tentative d’empoisonnement et d’attentat à la sûreté de l’Etat confirmant ainsi le maintien des poursuites à l’encontre des inculpés.
Mes chers compatriotes,
Pendant que les procédures judiciaires suivaient leur cours, les plus hautes autorités de la République française, pays de refuge de messieurs Patrice Talon et de Boko Olivier, ont décidé de s’engager à trouver une issue favorable à ce dossier en vue de permettre à notre pays, en quête de prospérité, de jouir de la paix et de la quiétude conditions propices à la réalisation de cet objectif.
A cet effet et à l’initiative de son Excellence monsieur François Hollande, président de la République Française, Son Excellence Monsieur Abdou Diouf ancien Président de la République sœur du Sénégal, Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie, Grand Homme d’Etat connu pour son leadership de qualité, a été saisi de ce dossier en qualité de médiateur avec l’appui du gouvernement français, notamment en la personne de mon très cher ami, l’éminent Ministre d’Etat Français des Affaires Etrangères et du Développement International, Monsieur Laurent Fabius.
De même, dans sa médiation, le Président Abdou Diouf s’est attaché les services de Monsieur Hugo Sada, ancien éminent Directeur des Affaires Politiques et des Droits de l’Homme à l’Oif en qualité d’émissaire. Je dois reconnaître que ce dernier, par ses qualités humaines et intellectuelles a su travailler avec discrétion, sérénité, perspicacité et efficacité, réussissant ainsi avec bonheur sa mission. J’ai eu l’occasion de me rendre compte personnellement de ses grandes qualités au terme des deux visites qu’il m’a rendues à Cotonou dans le cadre de sa mission.
A l’issue de cette médiation, en ma qualité de Père de la Nation, je vous informe aujourd’hui, mes très chers compatriotes que Monsieur Patrice Talon a adressé à son Excellence le Président Abdou Diouf, une correspondance dans laquelle il regrette sincèrement et profondément le fait qu’il ait pu nuire d’une manière ou d’une autre au Président de la République dans sa tentative de défense de ses intérêts. Il dit aussi regretter l’activisme politique qui a été le sien durant cette situation et s’engage à y mettre fin.
Le Président Diouf vient de me confirmer qu’il a reçu un tel message de Monsieur Patrice Talon.
Sur cette base, dans l’intérêt supérieur de notre pays et de la priorité que j’ai toujours accordée à l’intérêt général, j’ai décidé en mon âme et conscience et en toute liberté, de pardonner.
Ce pardon s’adresse à messieurs Patrice Talon, Boco Olivier et à tous les détenus impliqués dans les dossiers d’association de malfaiteurs et de tentative d’assassinat par empoisonnement du Président de la République d’une part, et d’attentat à la sûreté de l’Etat, d’autre part.
Le pardon accordé, je serais reconnaissant aux systèmes judiciaires de mon pays des dispositions appropriées qui seront prises en rapport avec mes avocats que je remercie du fond du cœur pour leur professionnalisme, en vue de rendre la liberté à tous les détenus et garantir à tous, la liberté de circulation aussi bien dans notre pays que dans le reste du monde.
J’invite donc ces derniers où qu’ils se trouvent à travailler pour la construction de notre Patrie commune, le Bénin, dans le strict respect des lois de la République, de la morale, de l’éthique et de la bonne gouvernance et préserver la bonne image légendaire de notre Nation.
Je réitère ma disponibilité et ma sollicitude entières et constantes à l’endroit des intéressés tout comme à celui de tous mes concitoyens.
(…)
Mes Très Chers compatriotes,
J’exhorte chaque béninoise et chaque béninois à tourner définitivement la page de cette affaire et nous atteler ensemble à la résolution des problèmes quotidiens auxquels notre Peuple est confronté. Cette affaire doit être derrière nous tous.


 

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