Quinquennat de la rupture :Talon ira-t-il au bout de son mandat ?

Quinquennat de la rupture :Talon ira-t-il au bout de son mandat ?

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Plus qu'une candidature de vengeance, le règne de Patrice Talon est devenu aujourd'hui un règne de contrainte. A cette allure le mandat présidentiel du magnat du coton risque d'être écourté non pas par coup de force mais par simple volonté de se décharger.

06 avril 2016, 06 juillet 2016, il aura fallu seulement trois mois au premier magistrat pour se réhabiliter et reprendre toutes ses anciennes affaires perdues en 2013 à la suite de sa brouille avec le Président Boni Yayi. Mettre fin à la réquisition des usines de la Sodeco, apurer les dettes de plusieurs dizaines de milliards de l'Etat vis - à-vis de la Sodeco, remettre en selle l'Association Inter - professionnelle du coton (AIC) et Bénin Contrôle, remettre en cause les contrats de Sttb et de Segub afin de placer ses propres sociétés pour contrôler le Port Autonome de Cotonou, voilà le pari gagné par Patrice Talon en seulement trois mois de gouvernance. Pour plusieurs observateurs du landerneau politique béninois, c'est mission accomplie pour l'ennemi public numéro 1 de Boni Yayi depuis qu'il aurait refusé de cautionner le troisième mandat du chantre du Changement et de la Refondation. Ainsi, craignant qu'il vienne au pouvoir pour se venger d'avoir été écarté des affaires et surtout d'avoir subi des représailles politiques et économiques depuis qu'il a quitté le pays dans la malle arrière d'une voiture pour rejoindre le Nigeria, Patrice Talon s'est plutôt occupé de lui-même. Il est aujourd'hui un homme comblé qui contrôle le coton, le premier produit d'exportation du Bénin, et le Port Autonome de Cotonou, le poumon de l'économie nationale. En un mot, les affaires du richissime opérateur économique sont florissantes.

C'est maintenant que le plus dur commence pour Patrice Talon qui ne sait plus comment meubler les 4 ans 8 mois qui lui restent à faire à la tête du pays. Pour preuve, le locataire du Palais de la Marina bouge très peu à l'intérieur du pays, la plupart des chantiers ouverts sous Boni Yayi sont à l'arrêt faute de financement, il a mis plus de 4 mois avant de se rendre en visite de travail au Nigeria, pourtant premier partenaire économique du Bénin, l'exécutif fonctionnait sans boussole, puisqu'il a mis plus de quatre mois avant de se doter d'un programme d'action de gouvernement, la dette intérieure attend toujours d'être apurée, le panier de la ménagère reste désespérément vide. Pour nombre de béninois, le Président Talon est venu pour se servir et non pour servir le peuple. Ce qui fait dire à d'aucuns que Patrice Talon pourrait démissionner avant la fin de son mandat. Conformément à l'article 50 de la constitution : " En cas de vacance de la Présidence de la République par décès,  démission ou empêchement définitif, l'Assemblée nationale se réunit pour statuer sur le cas à la majorité absolue de ses membres. Le président de l'Assemblée nationale saisit la Cour constitutionnelle qui constate et déclare la vacance de la Présidence de la République. Les fonctions de Président de la République, à l'exception de celles mentionnées aux articles 54 alinéa 3, 58, 60, 101 et 154 sont provisoirement exercées par le président de l'Assemblée nationale...". Ce qui signifie que Adrien Houngbédji pourrait devenir le prochain Président de la République pendant trois mois au cas où Patrice Talon décidait d'abandonner le pouvoir. Les vacances que le Président Talon et son gouvernement se sont offerts après seulement quatre mois de travail, sont la preuve que l'homme n'est pas un fou du travail à l'image de l'infatigable Boni Yayi. Le pouvoir fatigue et ennuie déjà Patrice Talon comme pour donner raison à un de ses fidèles soutiens aujourd’hui qui affirmait qu'il vient pour "Surgir, agir et disparaître". Quelqu'un pourrait ramasser le pouvoir présidentiel dans les tout prochains jours si la vacance est constatée.

Le dernier chantier de Talon

La révision de la constitution constitue sans aucun doute le plus gros chantier du mandat de la Rupture. Mais au delà du débat sur le mandat unique, les vrais motifs pourraient être ailleurs. En effet, une fois sa fortune reconstituée, le président de la République courra-t-il le risque de laisser le pouvoir à un président aussi puissant que Yayi qui pourrait remettre en cause son mandat et lui rendre la vie difficile ? Assurément non.  Ne soyons donc pas surpris de voir que notre nouvelle constitution réduise au maximum les pouvoirs du Chef de l’Etat pour assurer une retraite paisible à Patrice Talon.   Une fois ce chantier réussi avec succès, il pourra déposer le tablier avant même la fin du mandat et aller jouir de sa fortune.

Anthony Vasquez


Matin Libre

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